Première estimation à 20H sur le parvis de la tour Eiffel à Paris le 24 avril 2022
Première estimation à 20H sur le parvis de la tour Eiffel à Paris le 24 avril 2022 ©AFP - Thomas COEX
Première estimation à 20H sur le parvis de la tour Eiffel à Paris le 24 avril 2022 ©AFP - Thomas COEX
Première estimation à 20H sur le parvis de la tour Eiffel à Paris le 24 avril 2022 ©AFP - Thomas COEX
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La réélection d'Emmanuel Macron dessine une nouvelle carte électorale. Que laisse-t-elle entrevoir du côté des territoires en faveur du président, comme ceux qui sont en faveur de Marine Le Pen?

Avec
  • Hervé Le Bras Démographe, historien, directeur d'études à l'EHESS et chercheur émérite à l'INED, titulaire de la chaire territoire et population à la Fondation Maison des sciences de l’homme, il réalise une chronique pour le mensuel Zadig, "La France à la carte"

Avec Hervé Le Bras, démographe, historien, directeur d'études à l'EHESS et chercheur émérite à l'INED.

La nouvelle carte du macronisme ressemble à celle du premier tour, mais aussi à celle d'il y a 5 ans : "il y a une coupure entre la France de l'ouest et du sud-ouest, et une France nord-est, au dessus de la ligne Le Havre, Belfort et pays de la Méditerranée" explique le démographe. Hervé Le Bras remarque également que "Macron a repris du terrain dans des territoires comme l'Alsace et l'est de la France".

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13 min

De plus en plus, la carte est conditionnée par la différence entre villes et zones rurales. Au 1er tour, Marine Le Pen avait déjà obtenu plus de 30% des voix dans les communes de moins de 2500 habitants, 15% dans les villes de 10 000 à 100 000 habitants, 12% dans celles de plus de 100.000 et 5,5% à Paris : "ce sont des différences très fortes et il semble qu'elles se soient accentuées au second tour."

Le vote blanc a aussi progressé lors de cette élection, notamment dans le sud de la France : en Dordogne, dans les Hautes-Pyrénées, ou dans le Cantal où il a dépassé les 10%, contre seulement 1,5% au premier tour.

Le vote Mélenchon

Outre-mer, campagnes et villes

Dans les outre mer, la demande du candidat à ses électeurs de ne pas voter pour le rassemblement national n'a pas été entendue. Alors que dans les zones rurales du sud-ouest de l'Hexagone, nombre des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont préféré le vote blanc au bulletin Emmanuel Macron.

Que sont devenus les 22% d'électeurs de Mélenchon ? Dans les grandes villes, le report de ses voix s'est largement porté sur Macron : "il y a eu un vote de barrage, un vote de front républicain" affirme Hervé Le Bras. Mais entre les villes et les zones rurales, les différences se creusent. A l'instar de la Corse qui a placé Marine Le Pen en tête, une première dans l'histoire politique de l'ile.

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Contestation insulaire

Le rejet d'Emmanuel Macron en Corse et dans les outre-mer met en lumière une relation conflictuelle avec l'Etat. Pour Hervé Le Bras, la crise sanitaire a été mal supportée dans les outre-mer ; en Corse, c'est la mort d'Yvan Colonna qui n'a pas été digérée.

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La région PACA

Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Marine Le Pen est arrivée en tête des votes avec 50,5% des voies, et dans 5 des 6 départements de la région. Un chiffre bien au-delà des résultats de 2017 "comme partout", précise Hervé Le Bras, mais dans une zone de force du rassemblement national.

Les Alpes-Maritimes n'ont donc pas voté pour l'extrême-droite, "c'est lié à la ville de Nice qui est très importante." Traditionnellement, la seule grande ville du sud qui fait barrage à l'extrême droite est Marseille. Mais cette année, "Nice s'est alignée comme d'autres grandes villes telles que Grenoble, Lyon ou Strasbourg, avec un fort vote pour Macron, alors que le vote pour le Front national y est traditionnellement fort."

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Le vote Zemmour

Lors du résultat du premier tour des élections, "la carte de Zemmour est extraordinairement proche de celle de Jean-Marie Le Pen en 1984." déclare Hervé Le Bras. Par exemple, Eric Zemmour a fait de très bons scores dans les stations balnéaires telles que Saint-Tropez (20%) ou dans le 16ème arrondissement de Paris.

Eric Zemmour a plutôt réussi dans les zones de force du Rassemblement National comme le nord-est et la Méditerranée, ce qui a renforcé le vote Le Pen au second tour.

Elections législatives

Prévoir la carte des législatives grâce à celle du second tour est difficilement réalisable selon Hervé Le Bras : "on se retrouve dans une configuration que l'on a connu en 2015, avec trois forces politiques. Cette configuration est assez délicate du point de vue des élections à scrutin uninominal à deux tours."

Ce mode de scrutin bénéficie au centre : "Si c'est un duel qui est au centre, entre Macron et l'extrême droite, il peut bénéficier des reports de gauche. Si c'est un duel qui est centre gauche à ce moment-là, il bénéficie des reports d'extrême droite."