Parc National des calanques de Marseille
Parc National des calanques de Marseille
Parc National des calanques de Marseille ©AFP - BORIS HORVAT / POOL
Parc National des calanques de Marseille ©AFP - BORIS HORVAT / POOL
Parc National des calanques de Marseille ©AFP - BORIS HORVAT / POOL
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Résumé

Les Enjeux territoriaux prennent la direction des calanques, entre Marseille et Cassis sur la côte méditerranéenne. Le parc national a décidé pour cet été d’en réguler l’accès en obligeant les promeneurs à réserver leur place à l’avance. Réguler ou discriminer ?

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Le vert des pins, le turquoise de la mer, le blanc de la roche et le soleil dru du Midi qui écrase le tout ; bienvenue dans les calanques de Marseille ! Mais cet été ne croyez pas que tous vous pourrez accéder à ces criques ; celle de Sugiton, au sud de Luminy, à peu près à mi-chemin entre Marseille et Cassis ne sera ouverte qu’aux promeneurs ayant réservé leur place gratuite sur une plateforme dédiée et dûment munis de leur QR code. La fréquentation sera limitée à 200 ou 300 personnes par jours et des vigiles s'assureront du bon respect de ces mesures.

Ecologie

Cette décision est écologique mais aussi politique et sociale. En effet, l'érosion provoquée par les multiples passages sur les chemins déchausse petit à petit les pins. Chaque été, ce sont plus de 1000 personnes par jours qui visitent les lieux, majoritairement des promeneurs locaux mais aussi quelques touristes. "La question de l'hyper fréquentation est un vrai problème" ajoute Cécilia Claeys.

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8 min

Filtrage social

Effet pervers

Ce genre de filtrage est commun aux parcs naturels nord-américains. Appliquer cette solution a un territoire français de surcroît périurbain "peut induire un certain nombre d'effets pervers qui ne vont pas dans le sens des fondements mêmes des parcs nationaux français tels qu'ils sont définis incluant le libre accès à la nature" alerte la sociologue. Selon elle**, "ce genre d'effort environnemental tend à être davantage contraignant pour les classes plus populaires."**

Musée "vert"

Cécilia Claeys développe "cette iniquité de répartition de l'effort environnemental entre les classes sociales est liée au fait que les règles de fréquentation de la nature sont fixées selon certaines normes sociales et culturelles qui sont les normes des classes supérieures et des classes moyennes cultivées. On se retrouve finalement face aux mêmes problématiques plus anciennes du rapport à la culture."

Dans les années 1990, l'anthropologue Bernard Kalaora parle des loisirs en nature comme le "musée vert" : "c'est à dire que les classes supérieures ou moyennes cultivées vont imposer une façon de fréquenter la nature, comme la culture qui est basée sur un rapport intellectualisé à la nature. Une revendication basée sur le recours au silence, une symbolique importante dans ce rapport à la culture, à la nature : un peu comme dans un musée" décrypte la sociologue.

Alternatives

Ce qui interpelle Cécilia Claeys c'est que "cette politique vise à réduire un accès sans proposer d'alternatives," alors que dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille, perdure une faible politique en matière de loisirs urbains. De plus, depuis les années 1920, certains tronçons du littoral sont privatisés et donc moins fréquentés. Pour la sociologue une des alternatives serait alors de rendre accessible ces espaces à tous.

Une autre possibilité serait de rouvrir la piscine de Luminy à Marseille, à l'abandon depuis plusieurs années. Cette piscine était équipée d'une piscine olympique, d'un solarium et d'un plongeoir. Il faut préciser que la pratique des hauts plongeons est fortement plébiscitée par les jeunes des quartiers périphériques, qui l'exercent dans les rochers des calanques : "cette piscine a fermé et n'a jamais été remise au service d'une population marseillaise qui aurait besoin de cet espaces de loisirs" finit Cécilia Claeys.

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Elisa Verbeke
Collaboration