Le Paris du futur ©Getty - Feldman
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Résumé

Du mardi 31 mai au vendredi 3 juin se tient le conseil de Paris : une séance consacrée aux enjeux climatiques et notamment à la révision du Plan climat. L'occasion pour les enjeux territoriaux de réfléchir aux mesures à prendre pour adapter la ville aux nouvelles conditions climatiques.

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Avec Franck Lirzin, ingénieur, auteur de Paris face au changement climatique, à paraître le 3 juin 2022 aux Editions de l’Aube.

Paris-Marseille

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Paris en 2050 sera beaucoup plus chaud, le climat devrait ressembler à celui que connaît Marseille aujourd'hui : un été sur deux sera caniculaire, les jours froids vont disparaître et il n'y aura plus de neige. Les hivers seront relativement doux, mais avec beaucoup plus de pluie et donc des risques de crues augmentés. "On voit que le climat migre d'environ 300 kilomètres par décennies en remontant progressivement vers le nord. Londres aura le climat de Barcelone" annonce Franck Lirzin.

Mais à la différence de Marseille qui a été conçue pour affronter les climats méditerranéens : "on retrouve dans l'architecture beaucoup de techniques pour rafraîchir les villes, avec des habitats troglodytes dans certaines régions, des murs très épais, des volets ou des systèmes pour empêcher la chaleur de pénétrer dans les bâtiments. Paris, elle, n'a jamais vécu dans un climat qui ne soit ni trop chaud ni trop froid" relève l'ingénieur, "Paris sous Haussmann, c'est beaucoup d'esthétique, mais ce n'est pas une ville qui sait gérer son climat et qui sait se rafraîchir." Par exemple, les premières réglementations sur le rafraîchissement des bâtiments datent de 2020.

Modifier le bâti

Il faudra probablement modifier la plupart des bâtiments haussmanniens pour pouvoir les préserver de la chaleur en isolant les murs ou en installant des pare-soleils sur les fenêtres, mais aussi "il faudra renoncer aux toits en zinc qui sont une catastrophe d'un point de vue thermique, en les blanchissant ou en les végétalisant." De la même manière, dans le quartier Montparnasse, les grands immeubles aux baies vitrées des années 1960, qui deviennent des "grandes serres" une fois l'été venu.

Pour Franck Lirzin, les arbres sont la principale solution : "ils font de l'ombre, donc ils protègent de la chaleur. Et la nuit, l'évapotranspiration, ils fonctionnent comme des climatiseurs géants qui font remonter la chaleur vers le ciel." Il déclare : "la meilleure façon de rafraîchir les rues et la ville, c'est de planter le plus possible des platanes, des marronniers... et les installer dans un dans un véritable écosystème, avec de l'eau et d'autres plantes pour recréer des forêts urbaines."

Quid de la climatisation ?

La climatisation va être l'enjeu majeur de ces prochaines décennies, plus que le chauffage dont les besoins vont baisser de façon mécanique. Pourtant, si tout le monde climatise son appartement, la température de Paris augmenterait de deux degrés, ce qui aggraverait les canicules. Il faudrait plutôt créer "des réseaux collectifs de froid" explique Franck Lirzin. "Aujourd'hui, ces réseaux sont exclusivement dédiés aux surfaces tertiaires, aux musées, aux grandes surfaces, mais pas au résidentiel. Il y aura un enjeu très fort pour créer tous ces systèmes de géo-ingénierie pour pouvoir rafraîchir les bâtiments et les quartiers et d'éviter que se multiplient des climatisations individuelles." Pour Franck Lirzin, ces innovations doivent aussi être mises en place dans le Grand Paris.

Et dans certains quartiers, notamment dans l'ouest ou dans les arrondissements plus récents comme le vingtième, le dix-neuvième ou le douzième, des méthodes de rafraîchissement ont déjà été mises en place. Il faut dire que la France et la mairie de Paris "ont été parmi les premières au monde à se préoccuper de ces questions d'adaptation climatique et à mettre en place des politiques avant-gardistes. Les enjeux sont bien perçus" déclare l'ingénieur, avant de finir "la grande difficulté reste la mise en œuvre : ce sont des investissements très importants qui nécessitent une mobilisation collective. Aujourd'hui, on est très loin d'être en capacité de répondre à ces enjeux."

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Elisa Verbeke
Collaboration