Un livreur passe à vélo devant un entrepôt de livraison urbain Gorillas.
Un livreur passe à vélo devant un entrepôt de livraison urbain Gorillas.
Un livreur passe à vélo devant un entrepôt de livraison urbain Gorillas. ©AFP - Tobias Schwarz
Un livreur passe à vélo devant un entrepôt de livraison urbain Gorillas. ©AFP - Tobias Schwarz
Un livreur passe à vélo devant un entrepôt de livraison urbain Gorillas. ©AFP - Tobias Schwarz
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Résumé

Dark stores ou drive piétons, ces mots hantent les rues parisiennes. En français, on pourrait parler d’entrepôts de livraison ou de restaurants fantôme. Il s'agit des espaces nécessaires au commerce alimentaire en ligne. Sont-ils l’avenir de nos rez-de-chaussée urbains ?

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Avec François Mohrt, urbaniste à l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR).

Les dark stores comme Gorillas, sont installés dans les quartiers denses et résidentiels. Si leur apparition est récente, on en décompte déjà plus de 80. Les magasins aveugles en français, sont des boîtes de distribution de produits de consommation depuis les applications en ligne, avec un délai de livraison très rapide (15 minutes) : "la préparation dans l'entrepôt dure cinq minutes. Puis un livreur va vous les livrer en dix minutes" explique François Mohrt.

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A la différence, les drive piétons sont au contact des clients. Il en existe deux types : ceux accolés aux magasins, "ça a commencé en 2018 avec Casino et Carrefour, qui ont dédié une de leurs caisses au drive piéton. Actuellement, il y en a environ 200" ; et ceux nommés "solo", des petits locaux de moins de 100 mètres carrés où l'on vient chercher sa commande, qui "est préparée dans un entrepôt en banlieue parisienne qui vient livrer trois à quatre fois par jour le petit local" ajoute l'urbaniste. Cela permet aux citadins éloignés des hypermarchés d'avoir accès à une grande diversité de produits.

Enfin, on trouve une vingtaine de dark kitchens, en français cuisines aveugles, comme Frichti par exemple. Installées dans des anciens commerces, ces restaurants sont fermés au public et uniquement dédiés à la livraison. "Cela a émergé dans les années 2015 et s'est beaucoup développé depuis le premier confinement" affirme François Mohrt.

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Le confinement, tremplin des dark stores

Les achats en ligne ont commencé en 2000 et se sont développés au fur et à mesure des années. Aujourd'hui, certains secteurs de vente existent uniquement sur internet (tickets de train, d'avion, de concerts,...) ; "un certain nombre de magasins ont souffert de ce commerce en ligne, comme les librairies. A Paris en 2000, on en comptait 1.000 contre 600 aujourd'hui."

Le seul secteur qui n'était que peu touché par le commerce en ligne était celui de l'alimentation. Entre 5 et 7% des Parisiens commandait leurs achats alimentaires sur le web avant 2020. C'est lors du premier confinement que ce chiffre bondit et passe à 30%.

Les dark stores dérangent

Les riverains protestent

Cela fait six mois que la ville de Paris reçoit une trentaine de plaintes par semaine au sujet des dark stores et des dark kitchens. Ces commerces sont souvent implantés dans des bâtiments d'habitation et sont ouverts de 6h du matin jusqu'à 2h du matin le week-end. A cela s'ajoutent les attroupement de livreurs, "qui se pressent devant le magasin et sont bruyants".

Implantation illégales

Les dark stores sont souvent implantés illégalement :  "quand on s'installe dans un local en rez-de-chaussée, si on veut changer la destination de ce qu'il y a dans le local, il faut en faire la demande à la direction de l'urbanisme. Or, certains ne l'ont pas fait" affirme François Mohrt.

Voies protégées à Paris

Sur les 2 000 kilomètres de voies parisiennes, 300 kilomètres d'entre elles sont commerçantes et s'y trouve la moitié des commerces parisiens protégés : "sur ces voies là, un commerce ne peut pas se transformer en autre chose qu'un commerce, par exemple. C'est le cas de la rue de Rennes, du boulevard Saint-Germain ou des Champs-Elysées" explique l'urbaniste.

Une soinxantaine de rues sont composées uniquement de commerces de bouches, on retrouve la rue Daguerre, Montorgueil ou la rue des Martyrs. Ces voies font l'objet d'une protection encore plus forte, "un artisan boucher, poissonnier, fromager, boulanger ne peut pas se transformer en autre chose qu'un artisan. Un boucher peut devenir un boulanger. Il ne peut pas devenir un marchand de chaussures" ajoute-t-il.

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Les supérettes pullulent à Paris

Il y a vingt ans, on décomptait 500 supérettes à Paris, 800 en 2010 et 1050 aujourd'hui, "il y a une multiplication de ces Franprix et de toutes les marques du groupe Casino qui représentaient 70% de l'offre de la grande distribution à Paris il y a 10 ans, avec Naturalia, Monoprix, Franprix, Leader Price..."

Face à la concurrence des dark stores, les groupes Carrefour et Casino s'allient avec ces nouvelles marques qui s'appellent Gorillas ou Cajou.

Pour le moment, il n'existe que 300 à 400 darkstores, ce qui est assez peu comparé aux 7000 commerces alimentaires et 5000 commerces indépendants ; "forcément, il va y avoir une consolidation de ces enseignes. Comme ce qui s'est passé avec les vélos en libre-service, on a vu toutes sortes d'enseignes qui proposaient ces vélos. Maintenant, il n'y a plus que trois ou quatre opérateurs" finit François Mohrt.

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée