Pleins feux sur la Guillotière à Lyon

Un homme en terrasse posté devant une affiche dénonçant l'insécurité dans le quartier de la Guillotière à Lyon
Un homme en terrasse posté devant une affiche dénonçant l'insécurité dans le quartier de la Guillotière à Lyon ©AFP - PHILIPPE DESMAZES
Un homme en terrasse posté devant une affiche dénonçant l'insécurité dans le quartier de la Guillotière à Lyon ©AFP - PHILIPPE DESMAZES
Un homme en terrasse posté devant une affiche dénonçant l'insécurité dans le quartier de la Guillotière à Lyon ©AFP - PHILIPPE DESMAZES
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Les habitants et les commerçants de la Guillotière, quartier populaire de Lyon, ne cessent d’alerter les pouvoirs publics sur l'insécurité croissante du quartier. On s'interroge donc sur le rôle de la police avec Gilbert Berlioz, ancien éducateur et diplômé de sciences politiques.

Depuis plus d'un an, les habitants et les commerçants de la Guillotière, quartier populaire du centre de Lyon, ne cessent d'alerter les pouvoirs publics. Le quartier est devenu dangereux, les agressions se multiplient. L'attaque au mois de juillet de trois policiers, pris à partie par une échauffourée, a fini par convaincre le ministre de l'Intérieur d'envoyer la cavalerie. Une nouvelle compagnie de CRS est venue ramener le calme et vendredi dernier, Gérald Darmanin a annoncé des résultats très positifs depuis. L'accalmie est-elle cependant durable ? La police est-elle la seule responsable de cette tranquillité publique? Décryptage de ces enjeux ce matin avec Gilbert Berlioz, ancien éducateur, diplômé de sciences politiques, consultant au sein du cabinet Cress.

CRS contre délinquance

Selon Gilbert Berlioz, avec les CRS occupant le terrain, cette utilisation de la police est une solution efficace à court terme. Les CRS déployés par le ministre de l’intérieur n’ont pour autant pas pour vocation de rester et devront retourner dans leur caserne. D’autres réponses s’imposent selon notre invité : "Il y a d'autres services publics d'État que la police. Et puis il y a toutes les politiques sociales dans son champ, et pour reprendre la main sur des problématiques aussi complexes, il y a à la fois de l'administratif, de l'économique, du sanitaire, de l'éducatif. Il faut des réponses concertées (…) Si vous voulez mon avis, il y a un risque à ce que la police s'isole dans son intervention".

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Des chiffres et de l’autosatisfaction

Depuis le mois d'août, 7347 individus ont été contrôlés dans le quartier de la Guillotière, 421 interpellations et 152 étrangers en situation irrégulière placés en rétention administrative ou assignés à résidence. La litanie du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en visite le vendredi 9 septembre dernier à la Guillotière, a de quoi impressionner. Gilbert Belioz pense lui que les chiffres impressionnant du ministère de l’intérieur n’ont pas de rapport direct avec la délinquance, leurs effets sur celle-ci méritant d’être prouvés.

Selon l’ancien éducateur, "c’est un effet d’affichage. Maintenant, contrôler des identités est une chose. Agir sur la délinquance, c'en est une autre. Ensuite, je pense qu'on a tort de mélanger la délinquance (…) et les étrangers en situation irrégulière et d'autres types de problèmes qui sont différents, qui ne sont pas de même nature. Et je crois que mélanger la situation administrative de personnes sur le territoire français et les passages à l'acte de délinquance sont un peu hasardeux".

Autre fierté du ministère de l’intérieur : l’augmentation du taux d’élucidation des crimes et délits dans le quartier. Ce taux seraient passés de 39% à 71% grâce au renfort de 300 policiers. Mais ce qui inquiète les techniciens sur la question des chiffres comme Gilbert Berlioz c'est la confiance qu'in devrait leur accorder : "on a un problème de fiabilité et de robustesse des chiffres qui sont annoncés, c'est que la police sort des chiffres qui sont peut-être justes, mais on aimerait savoir comment ils sont construits, par qui ? Ça me permet de dire qu'on avait en France un Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales qui a été fermé en 2020, qui a bien fonctionné pendant 20 ans, de 2000 à 2020, et qui étaient, toutes choses égales par ailleurs, à la délinquance ce que l'INSEE était à l'économie, donc un observatoire national indépendant qui produisait des données. Cet observatoire a été fermé et a été intégré au Service statistique ministériel de la sécurité intérieure. Donc, il y a moins de transparence sur les chiffres. Je ne veux pas faire systématiquement riper la question de la délinquance sur les chiffres de la délinquance. Mais quand on parle de 60 % d'amélioration de la part de l'élucidation, c'est 60 % de combien ? Et ça, on aimerait le savoir. D'autre part, que je sache et je peux me tromper, il faut être modeste. La Guillotière, ce n'est pas un territoire bien défini, c'est un territoire aux frontières floues".

L’escalade de la violence

"Aujourd'hui, malheureusement, très, très souvent dans des quartiers difficiles, il y a une coalition des acteurs locaux contre la police. On ne va pas pouvoir longtemps faire : la police contre la population," nous explique Gilbert Belioz.

Avant de revenir sur l’escalade de la violence : "Les personnes en face ont des parcours migratoires difficiles. Ils ont traversé la Libye. Ils ont passé la Méditerranée sur un canoë, donc ils ont une expérience de la violence qui n'est pas la mienne par exemple. Mais ces personnes étaient armées et jusqu'à maintenant personne n'a tiré sur un policier. On en est encore aux bagarres. Je le dis parce que je pense qu'il y a encore une réserve dans les altercations avec la police (…) un gradient supplémentaire sera quand ces personnes-là vont sortir des armes et tueront des policiers. Ce que je ne souhaite pas, évidemment. Mais on en est sur le chemin. On a une escalade en miroir, on peut raconter la fin du film".

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