Mosaïque d'une entrée de maison à Pompéi
Mosaïque d'une entrée de maison à Pompéi ©AFP - ANDREAS SOLARO
Mosaïque d'une entrée de maison à Pompéi ©AFP - ANDREAS SOLARO
Mosaïque d'une entrée de maison à Pompéi ©AFP - ANDREAS SOLARO
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La ville de Saint-Dizier, en Haute-Marne, inaugure un dispositif expérimental artistique conçu par la RMN Grand Palais. De quoi redynamiser un territoire en perte d’attractivité ? On en parle avec notre invité Léa Donguy, doctorante en géographie de l'art à l’Université d’Artois.

Avec
  • Léa Donguy Géographe, chercheuse à l'Université d'Artois

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Saint-Dizier en Haute-Marne, une ville du Grand Est qui perd régulièrement des habitants et dont le taux de chômage dépasse les 20 % pour atteindre 33 % chez les jeunes. Cette ville, symptôme de la désindustrialisation, essaye d'engager une nouvelle dynamique de croissance et de changer son image. La ministre de la Culture en personne se déplace dans la ville en ce vendredi 9 septembre pour inaugurer le MUSE Saint-Dizier, un nouveau projet culturel innovant. On en parle ce matin avec notre invité Léa Donguy, doctorante en géographie de l'art à l’Université d’Artois.

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Une nouvelle étape dans la démocratisation de l’art ?

L’idée du nouveau "MUSE immersif" de Saint-Dizier est de permettre aux habitants de Saint-Dizier de découvrir des expositions nationales sans se rendre à Paris. Le projet découle en réalité d’une reconstruction d’une salle inactive de deux cents mètres carrés. La première exposition ouverte aux visiteurs concerne Pompéi, un thème assez porteur pour drainer un public assez large.

Le maire de Saint-Dizier n’en est pas à sa première démarche de développement culturelle dans sa commune. Déjà l’année dernière, de grands chefs-d’œuvre étaient projetés sur des panneaux publicitaires de la commune avec des œuvres reproduites de Klimt et de Renoir.

Mais est-ce vraiment de l’art ?

Le Muse s’apprête à accueillir une nouvelle exposition tous les six mois - la prochaine concernera la Joconde – avec des œuvres majoritairement numériques qui, selon Léa Donguy "ne sont pas des œuvres, il s'agit de reproductions et c'est vraiment l'enjeu. Il y a aussi deux aspects dans le projet Muse. Le projet de musée immersif où là, on est sur un projet de scénographie visuelle et sonore. Et il y a le projet Muse Découverte qui là est vraiment de l'ordre de la reproduction numérique d'œuvres, avec toute une série d'explications pédagogiques et didactiques autour". Il n’y aura pas donc de véritables œuvres dans ce Muse mais des reproductions diffusées via des rétroprojecteurs. D’aucuns pourraient penser le concept un peu facile sachant que les habitants de Saint-Dizier n’auraient pas plus accès aux collections nationales des musées français avec le Muse, contrairement à Metz ou Lens, avec le musée Pompidou dans le premier cas et le Louvre Lens dans le second.

Selon Léa Donguy "il y a une espèce aussi de volonté dans des territoires où on ne sait plus trop quoi faire, d'utiliser la culture un peu comme un outil magique (…) ce rôle magique de la culture qui est utilisé dans des villes ou dans des territoires qui sont en déprise (…) et c'est vrai qu'il y a en fait ici des ambitions et des enjeux conjoints entre une politique ministérielle qui serait un peu plaquée et (…) des ambitions locales. Et il y a vraiment l'idée, et ça va être l'enjeu pour le maire de Saint-Dizier, d'inscrire cet équipement-là dans le territoire qu'il administre".

"En tout cas, c'est sûr que c'est une vision de la culture qui est élitiste et un peu civilisatrice (…) mais je pense aussi qu'il y a une dimension consumériste. C’est-à-dire que l'on produit et reproduit à l'infini les mêmes scénographies qu'on va transposer un peu partout. D'ailleurs, le projet de musée va avoir lieu à Saint-Dizier, mais aussi à Maubeuge, dans les Hauts de France et à Barentin en Normandie. Donc on prend le même dispositif, on le duplique et ça devient un objet de consommation qui est marqueur aujourd'hui d'une consommation non pas de l'art, mais d'une consommation esthétique (...) c’est-à-dire une consommation de sensations et d'expériences sensibles. Là, on a poussé le curseur jusqu'à enlever les œuvres pour ne garder que le sensationnel, le spectaculaire".

Le Muse de Saint-Dizier réussira-t-il à ramener une population éloignée de l’art à s'intéresser de nouveau à elle, même sans œuvres véritables ? Réponse dans quelques mois.

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration
Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée