Des enfants d'un collège prioritaire en banlieue de Rennes, 2019. ©AFP - Damien MEYER
Des enfants d'un collège prioritaire en banlieue de Rennes, 2019. ©AFP - Damien MEYER
Des enfants d'un collège prioritaire en banlieue de Rennes, 2019. ©AFP - Damien MEYER
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Résumé

Ce matin, les Enjeux territoriaux inventent des solutions pour mettre fin à l‘infernal triptyque de la pauvreté, du décrochage scolaire et du chômage qui piège les habitants des quartiers populaires. Propositions à suivre dans un instant.

avec :

Hakim El Karoui (Essayiste et consultant, fondateur de la société Volentia, senior fellow à l'Institut Montaigne).

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ll existe trois types de quartiers pauvres : les quartiers post-industriels du nord et du nord-est de la France, les quartiers excentrés des petites ou moyennes villes et les quartiers métropolitains, ceux des périphéries des grandes villes et notamment de Paris dont les 3 400 000 habitants sont confrontés en plus des habituelles difficultés en termes de scolarité et d’emplois, à des problématiques de délinquance et de drogue.

Hakim El Karoui est essayiste et consultant, senior follow à l’Institut Montaigne. Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, il est l'auteur avec Oliver Klein d’un rapport pour l’institut Montaigne L’avenir se joue dans les quartiers populaires.

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L'avenir se joue dans les quartiers populaires

Constat

Selon lui, les banlieues souffrent d'un biais de représentation : "on croit qu'on fait beaucoup pour les habitants des banlieues alors qu'on fait très peu. La réalité, c'est qu'il y a beaucoup d'argent qui sort des quartiers pauvres pour financer la solidarité nationale, beaucoup plus qu'il n'en rentre pour assurer aux habitants un niveau de vie décent. Ils accumulent les difficultés et notamment financières". En effet, dans les quartiers pauvres, 42% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté contre 14% pour le reste du pays.

On apprend dans le rapport de Hakim El Karaoui qu'il manque aujourd'hui 1 milliard d'euro par an de service public : professeurs des écoles, agents de police,... Pour l'essayiste, c'est un paradoxe : "il y a beaucoup plus de délinquance dans les quartiers pauvres qu'ailleurs mais il y a moins de forces de l'ordre." En Seine-Saint-Denis, il y a 20 fois plus de crimes et délits que dans l'Indre. Pourtant, il y a deux fois moins de policiers et de gendarmes.

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Quelles mesures mettre en place ?

Proposer un plafond de 40% maximum de logements sociaux implantés dans les villes permettrait de répartir la pauvreté : "ça arrange beaucoup de monde que ce soit toujours les mêmes communes qui accueillent les logements sociaux. Certaines d'entre elles en ont jusqu'à 70 % : c'est une concentration colossale de pauvreté."

Et surtout, pour Hakim El Karaoui, ce sont les enfants les premières victimes des quartiers populaires. Il explique que la socialisation dès la petite enfance compte énormément, "et encore plus avec des parents qui n'ont pas la même culture que le pays d'accueil." Quand des quartiers pauvres recensent beaucoup de personnes issues de l'immigration (entre 20 et 30% et jusqu'à 50% en Seine-Saint-Denis), "l'interaction entre une institution pour les enfants et les familles qui viennent d'arriver est essentielle car elle permet de les insérer dans le système français" ajoute l'essayiste. Pourtant, faute de budget, il y a six fois moins de crèches dans les quartiers populaires que dans le reste de l'Hexagone.

Hakim El Karoui propose de favoriser l'encadrement des enfants par les travailleurs sociaux ou les professeurs. Dans les quartiers pauvres, ajoute-t-il, "il n'y a pas d'adultes : les parents travaillent beaucoup et avec des horaires décalés."

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Désaffiliation et réintégration

Hakim El Karaoui alerte sur l'urgence d'agir des pouvoirs publics au sein des quartiers pauvres. Il explique les risques encourus si l'on continue à ignorer ces territoires. On retrouve par exemple l'islamisme, que l'essayiste décrit comme "une offre idéologique proposée à des jeunes dans un moment de d'intégration." Il ajoute "la première étape de l'intégration, c'est la désaffiliation : on quitte la culture de ses parents pour rejoindre la culture majoritaire. C'est un chemin rempli d'obstacles et d'embûches et l'islamisme vient dire aux jeunes à ce moment-là qu'une autre idéologie est possible. Et le succès de l'islamisme dans les quartiers populaires, c'est l'idée que la 'République ne veut pas de vous, la France ne veut pas de vous. Nous, on est prêts à vous accueillir. On va donner un sens à votre vie et on va vous insérer dans une communauté."

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Alors pour lutter contre l'islamisme, la répression n'est pas le premier choix. Pour Hakim El Karaoui, c'est la socialisation par l'école qu'il faut améliorer.

Références

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Lucas Lazo
Collaboration
Elisa Verbeke
Collaboration
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée