Mathieu Klein et Anne Hidalgo, respectivement maires de Nancy et Paris.
Mathieu Klein et Anne Hidalgo, respectivement maires de Nancy et Paris. ©AFP - THOMAS LO PRESTI
Mathieu Klein et Anne Hidalgo, respectivement maires de Nancy et Paris. ©AFP - THOMAS LO PRESTI
Mathieu Klein et Anne Hidalgo, respectivement maires de Nancy et Paris. ©AFP - THOMAS LO PRESTI
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La campagne socialiste d'Anne Hidalgo peine à mobiliser. Justement, de quels relais le PS dispose dans les territoires? Le parti n’a pas disparu, il a consolidé son ancrage dans les grandes villes, entérinant un virage vers un parti de notables et d’électeurs urbains et diplômés.

Avec
  • Rémi Lefebvre professeur de sciences politiques à l'université de Lille 2 et chercheur au Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS).

Aujourd’hui, les enjeux territoriaux vous proposent le troisième volet de leur collection d’émissions destinée à rythmer la campagne présidentielle. Avec Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l'université de Lille 2 et chercheur au Centre d'Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales (CERAPS)

En 2017, Benoît Hamon arrive en 5ème position des élections présidentielles avec 6,4% des voix. Soit le plus faible score obtenu par un candidat socialiste sous la Ve République depuis l’élection de 1969. En ce moment, la candidate et maire de Paris Anne Hidalgo ne dépasse pas les 1,5% d'intention de vote dans les sondages , la plaçant après Jean Lassalle et au même niveau que Florian Philippot.

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Être maire de Paris et candidate à la présidentielle est plutôt un avantage, comme le montre Rémi Lefebvre "l'essentiel de l'activité des candidats, c'est faire des événements pour rencontrer les électeurs. Les candidats ont besoin de relais et de militants locaux." À cela s'ajoute une certaine facilité à obtenir des parrainages.

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Mais attention, si l'on pense que ces réseaux d'élus constituent un avantage majeur pour les candidats, la réalité est plus complexe. "Est-ce-que ce réseau d'élus est directement mobilisable ?" interroge Rémi Lefebvre. Il ajoute "la plupart des maires ont été élus dans des postures apolitiques, mettant peu en avant leur identité partisane. Ils jouent la figure du notable rassembleur au niveau local. En réalité, les élus s'impliquent peu dans la campagne parce que s'impliquer politiquement dans une campagne nationale, c'est aller à rebours de l'image de leader apolitique qu'ils essaient de construire au quotidien" à l'image de certains maires ruraux.

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Le déclin des bastions roses

À l'instar des banlieues rouges communistes de l'est parisien, certains territoires notamment du nord de la France ont constitué de véritables bastions socialistes. Mais ces territoires ne sont plus aujourd'hui les vitrines de ce socialisme municipal. Depuis 2014, de nombreuses villes moyennes sont passées aux mains de la droite, voire de l'extrême-droite "les socialistes ont gardé une forme de prépondérance en interne, en termes de militants et d'élus, mais ils ont considérablement décliné" ajoute le professeur.

Lorsque François Hollande est élu en 2012, jamais le PS n'avait dirigé autant de villes, de départements et de régions. À tel point que pour la première fois de son histoire, le parti bénéficiait de la majorité au Sénat. Mais en 2014, "c'est une énorme débâcle locale pour le PS qui va perdre plus de 200 villes, suivie par une énorme débâcle aux élections départementales et régionales" explique Rémi Lefebvre. Dans le Nord-Pas-de-Calais, le parti socialiste perd des villes importantes comme Roubaix, Tourcoing ou Dunkerque, "le système politique construit par le PS s'effondre littéralement."

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Les grandes villes à gauche

Après avoir perdu les villes moyennes, le parti socialiste a toutefois su conserver les grandes villes, comme Nantes ou Rennes. C'est ce que l'on pourrait nommer le socialisme municipal. Rémi Lefebvre se montre sceptique sur ce modèle de gestion des villes "il n'y a pas d'énormes différences en termes de politique urbaine dans les villes dirigées aujourd'hui par le PS et les villes de droite. Il y a des nuances (écologie), mais concernant la politique économique et d'attractivité, ce sont les mêmes modèles qui sont développés."

L’électorat de gauche est surtout concentré dans les territoires urbains, ce sont des “catégories plutôt diplômées, ayant un certain un certain niveau de vie, mais surtout un capital culturel fort” Rémi Lefebvre le justifie “cette population a fortement bénéficié du PS.”

Le PS ne garde pas ses électeurs

Lorsque le PS perd une ville, il la perd souvent pour toujours. Le parti ne parvient pas à fidéliser des militants lorsqu'il est dans l'opposition. Ces derniers sont très souvent attachés au parti pour des raisons alimentaires, c’est à dire les rétributions symboliques ou matérielles du militantisme. “Le parti laisse complètement se déliter : il n'est plus à ses militants donc il ne repose plus que sur des ressources institutionnelles. Quand il perd ses ressources institutionnelles, il s'effondre” finit le professeur.

L'équipe

Baptiste Muckensturm
Baptiste Muckensturm
Mydia Portis-Guérin
Réalisation
Lucas Lazo
Collaboration
Elisa Verbeke
Collaboration
Max Schneider
Collaboration
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée