Savenay, Loire-atlantique, Pays de la Loire, France, 2019
Savenay, Loire-atlantique, Pays de la Loire, France, 2019
Savenay, Loire-atlantique, Pays de la Loire, France, 2019 ©AFP - Loic Venance
Savenay, Loire-atlantique, Pays de la Loire, France, 2019 ©AFP - Loic Venance
Savenay, Loire-atlantique, Pays de la Loire, France, 2019 ©AFP - Loic Venance
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Résumé

Intermarché compte aujourd’hui un magasin tous les 17 kilomètres. Depuis le 15 février, les enseignes Casino ont relancé leurs café-paroles avec boissons et journal offerts tôt le matin. La grande distribution va-t-elle prendre la place des bistrots ?

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Avec Jean-Laurent Cassely, journaliste, co-auteur avec Jérôme Fourquet de La France sous nos yeux, aux éditions du Seuil

Les supermarchés sont, chez Houellebecq ou Annie Ernaux des espaces de vie et des lieux de promenade. On les appelle café-paroles ou blabla-caisses. Ce sont de nouveaux espaces de convivialité mis en place par des grandes enseignes de distribution pour que les clients puissent pendre le temps de discuter, ou même de boire un café en lisant le journal.

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Aujourd'hui, le supermarché et l'hypermarché, c'est à dire les surfaces mesurant plus de 2500 mètres carrés, sont considérés comme un emblème des trente glorieuses. Un format commercial en concurrence avec une pluralité d'initiatives à l'instar du e-commerce ou du retour des commerçants indépendants. Ces nouveautés conduisent doucement le supermarché vers une "certaine ringardisation", comme le nomme Jean-Laurent Cassely.

Decentralisation du commerce

L'avènement des grandes surfaces au cours des 40 dernières années a abouti dans le cas de nombreuses petites et moyennes villes, à une "dévitalisation commerciale des centres-villes". Donc forcément dans ces territoires ruraux, la présence de centre commerciaux et de supermarchés périphérique est centrale dans la question du lien social.

Au début du mouvement des gilets jaunes, une partie de la vie sociale s'est organisée aux abords des ronds-points et parkings, puis les centres commerciaux ont pris le relais*, "même s'il n'est pas sur que les cafés récemment mis en place vont marche*r" complète le journaliste.

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Dis moi où tu fais tes courses, je te dirais qui tu es

Selon Jérôme Fouquet, le co-auteur de La France Sous Nos Yeux, la société de production a laissé place a la société de consommation. L’endroit où l'on va faire ses courses est un moyen de se situer sur l'échelle sociale, "passer de Leclerc à Lidl, c'est un signe de déclassement" explique Jean-Laurent Cassely.

Dans les années 90, le supermarché illustre bien l'expression "tous sous le même toit". Ce format indifférencié a laissé place à une segmentation des consommateurs. D'un côté on observe une montée en gamme par exemple dans les Monoprix ou les magasins bio, où se retrouve majoritairement une clientèle urbaine ou de classes socio-professionnelles supérieures. De l'autre, les supermarchés traditionnels et le "hard-discount" qui continuent de séduire des ménages de classes moyennes et plus précaires, notamment "dans des périodes d'inflation ou d'inquiétudes sur le pouvoir d'achat des consommateurs."

Les supermarchés : un lieu de débat

En s'installant à l'extérieur des villes, les clients se sont habitués à une certaine manière de faire leurs courses, cela fait partie intégrante de la vie des français. Ainsi quand des crises populaires émergent, les lieux de rendez-vous sont autour de ces lieux de vies. C'est le cas des gilets jaunes ou des récents "convois de la liberté" qui se sont donnés rendez-vous sur les parkings des grande surfaces.

Pour Jean-Laurent Cassely, le supermarché pourrait ainsi devenir un lieu de révolte à l’avenir "dans les faits les gens y passent et ne s’y arrêtent pas nécessairement, en revanche c'est un lieu central dans la vie des gens et dans l'aménagement du territoire."

Grande distribution, pouvoir d’achat et politique

Les supermarchés conservent un impact très fort dans la vie des Français, celui du pouvoir d’achat. Le "monde d'après le covid" dans lequel les modes de production et de vies sont alternatifs et se placent en faveur du retour du commerce de proximité ou des épiceries de vrac par exemple, doit pouvoir composer avec la crise du pouvoir d'achat. Récemment, la baguette fixée à 29 centimes a fait polémique "on reprochait une concurrence déloyale avec la boulangerie de proximité tandis que d'autres ont plutôt défendu la baisse du pouvoir d'achat." L'aspiration de certains français à consommer de façon alternative se heurte a des difficultés financières évidentes.

Enfin, côté présidentielles, Jean-Laurent Cassely pense que les supermarchés sont un espace pertinent inexploité des candidats "ils continuent à tracter sur les marchés, des lieux qui restent symboliques et populaires, mais devraient tracter dans les galeries commerciales." Il finit "on oublie la centralité qu’ont acquis les centres commerciaux."