Deux collégiennes rentrent chez elles dans le quartier de Bellefontaine à Toulouse ©AFP - Valentine Chapuis
Deux collégiennes rentrent chez elles dans le quartier de Bellefontaine à Toulouse ©AFP - Valentine Chapuis
Deux collégiennes rentrent chez elles dans le quartier de Bellefontaine à Toulouse ©AFP - Valentine Chapuis
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Résumé

Cap sur Toulouse dans les enjeux territoriaux et le département de la Haute-Garonne qui s’est lancé dans une vaste entreprise de redécoupage de sa carte scolaire. Toulouse : le pari de la mixité à l’école

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Avec Choukri Ben Ayed, sociologue, professeur à l’Université de Limoges. A dirigé récemment Grande pauvreté, inégalités sociales et école - Sortir de la fatalité aux éditions Berger-Levrault, mai 2021.

Dans un territoire marqué par les inégalités sociales où l’accès au foncier est compliqué, on pourrait croire que la ségrégation est une fatalité et que l’école n’a plus les moyens d’assurer à tous les enfants une scolarité de qualité. Pourtant, à Toulouse, il n’en est rien : depuis 2017, près de 1.200 élèves de quartiers sensibles toulousains, la Reynerie et Bellefontaine, sont acheminés en bus tous les matins dans des collèges du centre ville.

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Assouplissement de la carte scolaire

Il faut dire que depuis 2004, la sectorisation scolaire est une compétence départementale. Puis, à partir de 2010, la carte scolaire a été assouplie par Nicolas Sarkozy, ce qui avait eu des répercutions importantes sur les établissements des quartiers populaires et dégradé les condition de scolarisation. Choukri Ben Ayed explique : "cet assouplissement a montré que se débarrasser de la carte scolaire n'était pas la solution pour œuvrer pour la mixité sociale."

En effet, attractive, Toulouse, et la Haute-Garonne en général connaissent une forte pression démographique. Le département a jusque 2027 pour assurer l'éducation de ses adolescents en construisant 22 nouveaux collèges dans la ville rose, pour un budget de 35 millions d'euros.

Le quartier du Mirail

Fermeture

Si la ville permet aux habitants des quartiers populaires de contourner la carte scolaire, il reste des territoires où la ségrégation au collège persiste. C'est le cas du quartier du Mirail, dont les deux collèges peu mixtes doivent d'ailleurs fermer.

A l'origine de ces fermetures, la refonte de l'école de la République en 2013 qui inscrit la mixité sociale à l'école, comme objectif numéro un du système éducatif. De là, la Haute-Garonne "a fait une priorité de la mixité sociale, avec en arrière plan, la question de la réhabilitation des valeurs de la République."

Fuite des collèges

Ce qui est original dans ce dispositif, déclare le sociologue, est qu'il a été "co-construit avec la population à raison de 70 réunions publiques qui ont démarré en 2015 et ont réuni plus de 1000 personnes. Le résultat de cette concertation a abouti au fait qu'il n'y avait pas d'autre solution que la fermeture de ces deux collèges."

Il faut dire que ces deux collèges "avaient tous les indicateurs au rouge" : extrêmement vétustes, l'un était déserté et les parents mettaient tout en œuvre pour le fuir, et l'autre était sujet au traffic de drogue autour de l'établissement.

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Le pari de la mixité

Collèges dits  d'accueil

Contre-intuitivement, les Toulousains des quartiers plus aisés n'ont pas protesté face à cette transition. Dans le cas du collège Raymond Badiou, 150 élèves ont progressivement rejoint 11 collèges, "ça n'apparaissait pas comme quelque chose de massif pour les parents d'élèves qui n'ont pas protesté. Il y avait plus de protestations du côté de certains syndicats enseignants, mais qui ont pu être surmontées."

Dans l'attente de la construction de nouveaux collèges, la réaffectation des élèves de Raymond Badiou était transitoire. C'est à la prochaine rentrée, avec une nouvelle sectorisation, qu'on va pouvoir observer le bilan de la mixité sociale renforcée.

Période transitoire

En ce qui concerne cette période qui existe depuis 2015, le bilan est extrêmement positif. "Pas trop d'incidents dans les établissements, mais surtout des résultats en augmentation très, très nette". 63% des élèves de 3ème ont décroché leurs brevets quand ils n'étaient que 50% auparavant. Cette réaffectation a aussi permis à 94% des anciens élèves de Badiou de passer en seconde.

"Cela démontre qu'en changeant des élèves d'un contexte qui est dégradé, ils parviennent parfaitement à rattraper le retard accumulé du fait de la ségrégation et qu'ils peuvent se remettre à niveau" affirme Choukri Ben Ayed.

Pourquoi ça a marché ?

Dans ce projet, de nombreux moyens ont été mis en oeuvre. D'abord le département et la région qui se sont engagés à hauteur de 56millions d'euros de budget, puis les équipes pédagogiques se sont préparées en amont et ont renforcé la discussion avec les chefs d'établissements ; "il y a eu un vrai travail pédagogique de fond et à la clé, le plafonnement de 25 élèves par classe dans tous les collèges dits d'accueil, ce qui était un atout très important."

L'effet groupe de pairs a aussi très bien fonctionné : "quand vous cessez de concentrer des élèves en grande difficulté dans les mêmes classes et que vous renforcez l'hétérogénéité, tous les travaux de recherche concordent pour dire que ça fait augmenter les résultats scolaires des élèves."

Références

L'équipe

Lucas Lazo
Collaboration
Elisa Verbeke
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée