Transhumance : 600 000 moutons sur les routes de Provence

Les bergers descendent 2500 brebis du Massif Central à Prévenchères, après deux mois de pâturage d'été sur le Mont Lozère, 2020
Les bergers descendent 2500 brebis du Massif Central à Prévenchères, après deux mois de pâturage d'été sur le Mont Lozère, 2020 ©AFP - Pascal GUYOT
Les bergers descendent 2500 brebis du Massif Central à Prévenchères, après deux mois de pâturage d'été sur le Mont Lozère, 2020 ©AFP - Pascal GUYOT
Les bergers descendent 2500 brebis du Massif Central à Prévenchères, après deux mois de pâturage d'été sur le Mont Lozère, 2020 ©AFP - Pascal GUYOT
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Dans les Hautes-Alpes, les fêtes de la transhumance ont commencé. Chaque année, des centaines de milliers d'ovins et de bovins voyagent de la Provence vers les Alpes. Une activité traditionnelle conservée à des fins identitaires, mais pour laquelle de moins en moins de terrains sont à louer.

Dans les villages, les bêtes sont accompagnées par le public au son de l'accordéon, entre deux bénédictions de prêtres. La pratique pastorale fait l'objet aujourd'hui d'une véritable patrimonialisation. En témoigne d'ailleurs son inscription en 2019 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité établi par l'Unesco.

Mais au regard du chemin parcouru par ces bêtes depuis la Provence en camions pour gagner les espaces mités de la montagne, rongés par les aires de jeu touristiques, la célébration de la transhumance n'est-elle pas hypocrite ? Pour en parler, nous recevons Guillaume Lebaudy, ethnologue et chercheur associé à l'Institut d'ethnologie européenne, méditerranéenne et comparative. Il est l’auteur de Les Métamorphoses du bon berger, mobilités, mutations et fabrique de la culture pastorale du sud de la France aux éditions Cardère.

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Le parcours des moutons

Pâturages

La transhumance met en lumières la complémentarité des départements de Provence, entre les territoires de plaine du littoral méditerranéen et ceux de la montagne. Lorsqu'il n'y a plus d'herbe près des côtes, les transhumants déplacent les moutons à plus de 200km dans les hauteurs.

Les surfaces de pâtures sont souvent rognées par des raisons d'État : "il y a par exemple un aérodrome militaire au milieu de la plaine de la Crau ; cette plaine est aussi traversée par un pipeline. Aujourd'hui, on y construit des grandes plateformes multimodales du commerce international entre l'Espagne, l'Italie et la France " déclare Guillaume Lebaudy. Pour autant, il perdure une grande réserve naturelle qui occupe plus de 7000 d'hectares, " ce qui permet de protéger les parcours des moutons ."

Transhumance

Lors de la densification urbaine dans les années 1960, il a fallu s'adapter pour déplacer les troupeaux. Il y a plusieurs années, le voyage s'effectuait à pied. Puis avant la Seconde Guerre mondiale, des trains étaient mis en place. Enfin, sont arrivées les bétaillères, à la faveur de l'interdiction de la préfecture des Bouches-du-Rhône de transhumer à pied. En effet, explique Guillaume Lebaudy, " ce sont des territoires très urbanisés et l'augmentation de la circulation sur les routes rendait la pratique dangereuse, voire même impossible. "

Les Enjeux territoriaux
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La vie à la montagne

"L'alpage est une admirable production humaine"

Une fois parvenus dans les alpages, bergers et bêtes rencontrent les autres usagers de la montagne. Pour l'ethnologue, le pastoralisme joue un rôle très important au niveau de la gestion des territoires communaux : " les domaines skiables représentent environ 110 000 hectares d'alpage. Les ovins les entretiennent pendant l'été." En évitant les herbes longues et l'embroussaillement, l'alpage permet de préserver la montagne des phénomènes d'avalanches par exemple.

Le Réveil culturel
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Bergers et bergères

Qui sont ces bergers salariés ? Ces professionnels sont composés à 35% de femmes. Pour la moitié d'entre eux, ils ont fait des études supérieures. Âgés en moyenne de 30 à 35 ans, ce sont des personnes assez jeunes et pour 60% d'entre eux, ils sont issus de milieux ruraux. Seulement un cinquième des bergers salariés ont une formation agricole, et 50% sont en reconversion professionnelle. Guillaume Lebaudy ajoute : " ce sont des gens qui font un choix de vie, qui sont venus à ce métier par envie d'une nouvelle expérience. À la montagne, on vient trouver un style de vie plus lent. "

Les fêtes de la transhumance

Pour mettre en avant le patrimoine et la tradition locale, les fêtes de la transhumance sont organisées par les collectivités locales tant en Provence que dans les Alpes. Guillaume Lebaudy remet en question ces célébrations : " pour moi, c'est une forme assez navrante de reconstitution, une sorte de folklorisation du métier de berger.  " Plutôt que "jouer au berger", il faudrait que les collectivités locales songent à rouvrir les drailles (les chemins de transhumance qui servent aussi de pistes de randonnées). Cela permettrait " aux troupeaux de transhumer à pied plutôt que de les instrumentaliser en leur faisant faire le tour des villages. "

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