Manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg, le 19 janvier 2023
Manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg, le 19 janvier 2023 ©AFP - FREDERICK FLORIN
Manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg, le 19 janvier 2023 ©AFP - FREDERICK FLORIN
Manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg, le 19 janvier 2023 ©AFP - FREDERICK FLORIN
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Les mobilisations contre la réforme des retraites : une géographie des colères ?

Avec
  • Achille Warnant doctorant en géographie à l'EHESS (Géographie-cités)

Jeudi dernier, le 19 janvier, de nombreuses mobilisations ont eu lieu sur l’ensemble du territoire français pour protester contre le projet de réforme des retraites du gouvernement. Les grandes villes ont fait le plein de manifestants : ils étaient 80 000 à Paris, 36 000 à Toulouse, 25 000 à Nantes, 23 000 à Lyon… Mais surtout, les observateurs ont noté de nombreux cortèges dans des villes moyennes ou petites ; au total, c’est près de 250 points de mobilisation qu’a recensé le ministère ; peut-on esquisser une cartographie des colères ?

La carte des manifestations : une réforme qui mobilise partout en France

Jeudi dernier, c’est toute la France qui a manifesté, mais la carte des mobilisations met en avant une géographie intéressante : si tous les espaces du territoire sont concernés par les manifestations, on note que des villes de petite et moyenne taille sont bien représentées. Un taux élevé de manifestants a été observé avec environ 10 000 manifestants à Chartres, 7 000 à Alès, 5 000 à Nevers. Pondérés à leur population, ces rassemblements sont d’une importance non négligeable. Achille Warnant ajoute que les villes préfectures et les villes centres peuvent aussi drainer un certain nombre d’habitants des communs alentours, ce qui augmente le chiffre de la mobilisation dans la ville tout en mettant en lumière le rôle attractif et de rassemblement de ces espaces.

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Ce qu’il faut souligner, poursuit le chercheur, c’est qu’en réalité, les villes moyennes sont très mobilisées lors de la plupart des mouvements de contestation et qu’elles l’ont toujours été. "On a beaucoup dit que les syndicats et les partis politiques qui continuent d’être les fers de lance de ce mouvement social étaient déconnectés territorialement, or on voit qu’ils ont des ancrages encore un peu partout sur le territoire français". Alès est à ce titre exemplaire de l’ancrage historique de la CGT. Montluçon, où le cortège à rassembler 5 000 manifestants, l’est aussi. À l’inverse, certaines villes moyennes se sont peu mobilisées. À Colmar par exemple, avec ses 500 manifestants, l’opposition à la réforme des retraites n’a pas rassemblé grand monde.

Les villes moyennes : des espaces de contestation ?

Les villes moyennes possèdent quelques caractéristiques sociodémographiques qui permettent de comprendre l’importance de la mobilisation. Au-delà du vieillissement propre à ces espaces que quitte la jeunesse pour suivre ses études, on peut relever l’importance du taux d’emploi publique, supérieur à la moyenne nationale, ce qui tend à renforcer le taux de syndicalisation.

Il faut aussi souligner que les professions intellectuelles et les cadres supérieurs y sont proportionnellement moins représentés que dans les espaces métropolitains ; tandis que le monde ouvrier, notamment le monde ouvrier rural, historiquement fortement touché par la désindustrialisation, est plus enclin à s’opposer au report de l’âge de la retraite.

Musique d’introduction : Mel Tormé - Comin' Home Baby

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