France Culture
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C’est la démonstration par l’absurde : les secousses que subit en ce moment le couple présidentiel, quelle qu’en soit l’issue, obligent forcément à réfléchir sur le statut de la compagne du président, épouse ou non. Le maire de Dijon, François Rebsamen, l’a dit sur BFM : c’est une pratique surannée, elle doit cesser.

Surannée, en fait, pas tant que ça : la première « première dame », c’est Marguerite Lebrun, née Jeanne Emilie Marguerite Nivoit le 12 octobre 1878 à Mézières et morte le 25 octobre 1947 à Paris, épouse d'Albert Lebrun, quinzième président de la République française du 10 mai 1932 au 11 juillet 1940. Et dernier de la 3ème république . C'est à son sujet qu’on a parlé pour la première fois de « First lady » à l'occasion de la visite qu'elle rendit au couple présidentiel américain Roosevelt, à bord du paquebot Normandie qu’elle avait baptisé..

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Mais cette affaire de « première dame » est très révélatrice. Elle en dit long non seulement sur le statut de la compagne ou de l’épouse du Président mais sur le statut des femmes en général une fois encore, c’est un statut inégal. On n’est pas du tout sorti d’une autre époque : celle où les chefs d’Etat étaient des hommes, sans exception : les femmes n’avaient même pas le droit de vote quand Mme Lebrun fut dite « première dame ». Ces présidents sont tous des hommes mariés, pas un célibataire, sauf Gaston Doumergue, pas un homosexuel. Sa femme occupe le rôle traditionnel des femmes : effacée, consacrée aux réceptions, aux enfants, aux bonnes œuvres, elle tient la maison. Il est donc normal dans ce dispositif que le président puisse avoir des maîtresses et cela n’entraîne ni séparation ni divorce.

Tout va changer avec les progrès de l’égalité des sexes.

Il est possible désormais qu’une femme soit président : quel serait alors le statut de son compagnon, de son mari ? Imaginons que le président actuel ait vu en 2005 l’élection de sa compagne, Ségolène Royal. Quel aurait été son statut ? Celui de « premier monsieur » de France ? Et si la présidente avait une compagne ? Une épouse légitime ? Ç’a été le cas en Islande, avec Vigdis Finnbogadóttir, présidente entre 80 et 96 et qui a récemment épousé sa compagne ... Et si le président avait un compagnon ?

On dit souvent qu’il s’agit d’une survivance monarchique : mais c’est absolument faux, le statut de la reine n’a rien à voir elle est là d’abord pour assurer la succession, et donner donc de préférence un dauphin, c’est-à-dire un fils, au roi. Quant aux maîtresses, ce sont des favorites qui, depuis la première, Agnès Sorel, favorite de Charles VII jouent un très grand rôle : c’est à Mme de Pompadour que les Encyclopédistes durent d’être publiés plus ou moins librement.

Le statut de première dame est la survivance inégalitaire d’un monde où les femmes assuraient dans l’ombre la carrière de leur époux. Dans une espèce d’égalité-complémentarité du couple : ce modèle idéalisé papa travaille –maman est à la maison, personne n’en veut plus.