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On voit depuis quelque temps que la question des roms est redevenue une question brûlante en Europe. Ce qu’on y retrouve cependant, c’est une très très ancienne question : est-ce que l’époque moderne peut encore accepter des modes de vie qui ne sont pas sédentarisés ? Le mot « nomade » désigne celui qui se déplace pour trouver des pâturages. Donc, par extension, refuse tout ancrage.

La question du « nomadisme » et de la « pensée nomade » ou de la « déterritorialisation » avait été un des fétiches de la pensée post-soixante huit : chez Deleuze et Guattari, dans les années 70, il s’agissait par une économie d’un désir sans frontières de libérer le psychisme de son assignation à résidence notamment dans une surestimation du complexe d’Œdipe.

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Cela peut encore inspirer des créateurs d’inspiration nieztschéenne : cela ne résout pas la situation bien réelle des derniers peuples nomades.

Les Roms mais il en existe d’autres : comme en Sibérie, un peuple sur lequel l’attention aujourd’hui se concentre : les Nénets, l’un des derniers peuples authentiquement nomades du monde. Pourquoi ? Parce qu’on s’apprête à ouvrir à l’exploitation intensive d’immenses réserves de gaz naturel situé sur leur territoire.

Les Nenets (ou Nénètses) constituent la plus importante des 26 ethnies sibériennes : leur population est estimée à environ 40000 individus et elle est plutôt en augmentation. Ils vivent dans la toundra, sur la côte arctique, notamment dans la presqu’île du Taïmyr. J’ai eu la chance de la survoler en hélicoptère : c’est une zone d’une beauté fabuleuse. Le territoire des Nenets a une superficie d’un million de km2. Un récent reportage de la chaîne Arte les a montrés récemment les rennes leur fournissent tout, la viande, le sang, la peau. Vêtements, chausssures, outils et instruments de toutes sortes avec leurs bois et leurs sabots. D’où ces immenses troupeaux qu’ils conduisent à travers une terre gelée à trente cm de la surface, qu’on appelle le « pergélisol ». Leur religion est sur des croyances chamaniques, la terre et les âmes des anciens occupants de la terre font l’objet d’un culte.

Ils n’étaient guère respectés dans leur mode de vie par le système soviétique qui voulait de toutes forces les sédentariser, on les respecte un peu mieux. Cependant on retire les enfants toute l’année scolaire dans des internats. Il faut voir ces enfants, silencieux, ébahis, qui année après année sont conduits devant un choix terrible : soit retourner là-bas et reprendre le mode de vie très dur de leurs parents, soit s’exiler, pour devenir ingénieur ou médecin.

Un autre choix s’ouvre à eux, qui semble les séduire : devenir des techniciens du forage pour l’exploitation du gaz et du pétrole.

Or c’est ce qui va sur le long terme les menacer le plus dangereusement : en les faisant entrer dans le monde industriel, et à quelles conditions !

Il suffit de voir la catastrophe écologique, sur les mêmes terres, qu’est l’exploitation du nickel à Norilsk : j’y suis allée, c’est un enfer sur terre.

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