France Culture
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De façon assez mystérieuse, le dernier mot du Président de la République hier à la télévision fut pour le Tour de France cycliste : « Bon Mont Ventoux ».

Il est vrai que le Mont Ventoux est un haut lieu. Dans un article devenu fameux, le géographe Bernard Debarbieux définit le haut lieu. C’est un endroit à qui les hommes ont affecté une somme de valeurs et de significations qui subsument son paysage et sa topographie. Un lieu dont l’image, autant que la réalité, devient l’écrin des dites valeurs. En s’y rendant, en l’arpentant, en le visitant, mais aussi en le regardant par support interposé, tout terrien trouve dans l’endroit en question les valeurs qui le constituent. Le haut lieu est tout autant signifiant que signifié.

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Le Tour de France lui même est une sorte de haut lieu. Les coureurs ne font pas du tout le Tour du territoire hexagonal. Ce nom consacré, comme son synonyme de grande boucle, sont topographiquement on ne peut plus faux.

Pourtant, cette épreuve sportive signifie à elle seule cette France que perpétue chaque année la célébration du 14 juillet. Celle que François Hollande rappela hier par ces mots : « je veux une France souveraine ». Qu’est ce que la souveraineté chimiquement pure, sinon une grande boucle par laquelle un territoire est une patrie et une totalité en soi et pour ses habitants?

De même qu’on ne reproche pas au Tour de France de ne pas en faire le tour, sa popularité n’est pas affectée par le dopage. Les chiens aboient, la caravane passe, et le cirque médiatique avec.

Peu importe que la performance des coureurs soit inauthentique. Ce qui compte, c’est combien ils sont prêts à se dépasser pour aller de hauts lieux en hauts lieux. Ce qui compte, c’est le spectacle d’athlètes qui, par leur efforts sans limites, perpétuent sans fin la valeur symbolique de ces lieux français atteints de haute lutte - Mont Ventoux, Mont Saint Michel, Vaison la Romaine, Versailles, Champs Elysées. Leur maillage par les coureurs fait de la France un haut lieu, hyperbolique, surplombant et souverain.

Vue par le Tour, la géographie proprement dite de la France est d’ailleurs réduite à sa plus simple expression – il n’est qu’à se reporter au site internet. La géo du Tour, c’est, je cite, des plaines, du relief accidenté, de la montagne et quelques toponymes de villes. Hors de toute hiérarchie urbaine et de toute réalité spatiale, le Tour souligne leur mythification hors sol dans l’imaginaire géographique français.

Une étape de plus a été franchie cette année avec l’utilisation durant la retransmission télévisée d’images filmées par des drones civils. Le film de la Course proprement dite est ainsi entrecoupée de vidéos majestueuses des hauts lieux qu’elle relie et traverse. L’industrie et l’emploi du drone civil illustrent la capacité d’innovation française invoquée hier par François Hollande.

Fabriquer avec des drones le récit mythique de cette France souveraine de hauts lieux perpétuels qu’est le Tour de France : voilà qui résume parfaitement les contradictions de notre pays.