Covid-19 : faut-il vacciner les enfants
Covid-19 : faut-il vacciner les enfants
Covid-19 : faut-il vacciner les enfants ©Getty -  Luis Alvarez
Covid-19 : faut-il vacciner les enfants ©Getty - Luis Alvarez
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Résumé

Faut-il vacciner les enfants pour enrayer l'épidémie de Covid-19 ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Les adolescents vont pouvoir se faire vacciner contre le Covid-19 dès cette semaine. Après une série de questionnements sur la pertinence d'inclure les mineurs dans la stratégie vaccinale, le gouvernement vient finalement de l'autoriser à partir de 12 ans.

Jusqu'ici, le coronavirus avait entraîné très peu de formes graves chez les enfants, la plupart de ces formes étant dues à des comorbidités. Mais laisser le virus circuler le virus dans ces tranches d'âge, c'est aussi s'exposer au risque de voir émerger un nouveau variant passant au travers du bouclier immunitaire.

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Pour interroger la pertinence de la vaccination sur les enfants, nous avons posé nos questions à Vincent Maréchal, virologue à Sorbonne Universités.

Faut-il vacciner les enfants ?

Vincent Maréchal : "C'est une question importante. Quand on parle des enfants, selon la définition, on parle de gens qui vont de la naissance jusqu'à 18 ans ou alors de la classe d'âge 0 à l'adolescence. Donc ce n'est pas la même population. On voit qu'aujourd'hui, on s'intéresse aux adolescents. On va lancer un plan de vaccination à partir de 12 ans. Et puis, la question de la vaccination entre 0 et 11 ans se pose avec un certain nombre d'essais qui ont été lancés."

Le vaccin est-il efficace dans cette tranche d’âge ?

Vincent Maréchal : "Sur les adolescents, on a une étude publiée qui est celle de Pfizer, qui montre que le vaccin est efficace contre les formes cliniques de Covid, sachant qu'il n'y a pas de formes sévères qu'ont été décrites dans l'étude. Et puis, il y a la question chez les enfants où les études sont en cours et ne sont pas publiées. Donc on a chez les adolescents de bons résultats, mais sur des petites cohortes qui laissent penser finalement qu'on n'a pas forcément encore totalement exploré le risque lié à la vaccination. 

Quelle crédibilité accorder à une étude de Pfizer sur son propre vaccin?

Vincent Maréchal : "Elles sont faites par des promoteurs qui sont des gens sérieux, qui ont l'habitude de conduire ce genre d'examen. Et puis surtout, elles sont analysées par des pairs qui sont indépendants et qui sont censés être critiques sur ses travaux. Ses études, respectent des règles et on peut espérer que les données publiées sont tout à fait sérieuses."

Les vaccins les protègent-ils vraiment, vu que très peu tombent malades à cet âge ?

Vincent Maréchal : "Il faut nuancer cette remarque. C'est vrai qu'il y a seulement, en France en particulier, 1% des hospitalisations qui ont concerné les 0 à 18 ans. Il y a eu quelques cas sévères, néanmoins, souvent chez des jeunes qui avaient des comorbidités. Il y a aussi cette maladie inflammatoire, la maladie de Kawasaki, qui est une réaction inflammatoire à l'infection. Elle se déclenche entre quatre à cinq semaines après l'infection et elle touche aujourd'hui environ 570 enfants en France. Donc, il y a des cas, mais évidemment, le rapport bénéfice-risque individuel n'a rien à voir avec les populations fragiles que l'on connaît."

Mais pourquoi vacciner mon enfant s’il a très peu de chance de tomber malade ?

Vincent Maréchal : "Il y a deux dimensions dans la vaccination. Il y a le rapport bénéfice-risque individuel. On l'a très bien exprimé chez les personnes avec comorbidités ou des gens qui sont âgés. Chez les enfants ou chez les adolescents, la question est un peu différente. Là, on déplace la question vers un rapport bénéfice-risque qui est plutôt collectif. L'idée, c'est finalement de vacciner les enfants ou les adolescents pour limiter la circulation du virus, ce qui est aussi un effet qu'on peut attendre de ce type de vaccin. L'idée, c'est de couvrir la population mondiale et la population française en particulier, le plus possible par vaccination, pour retourner le plus rapidement possible vers une situation dans laquelle le virus ne circule plus." 

Est-ce vraiment aux plus jeunes de faire des effort pour les plus âgés .

Vincent Maréchal : "Ça, c'est un débat de société. Finalement, la question sanitaire se déplace vers une question sociétale. On voit par exemple que les comités d'éthique ne réagissent pas tout à fait de la même façon que l'ensemble de la communauté médicale ou que la Haute Autorité de santé. Certains recommandent d'attendre un peu et notamment d'avoir des données beaucoup plus précises sur les effets secondaires avant de lancer la vaccination sur les adolescents de façon massive."

Selon le Comité consultatif d’éthique, le bénéfice du vaccin sur les enfants est limité...

Vincent Maréchal : "Bénéfice limité ne veut pas dire bénéfices nuls, tout dépend de l'objectif que l'on se fixe. Une fois encore, on peut imaginer de vivre dans deux modalités différentes. La première, c'est juste de vacciner les gens fragiles en disant que si les gens fragiles sont vaccinés, il n'y a plus de problèmes et ce n'est pas la peine d'aller au-delà. C'est une possibilité. Ça veut dire qu'on accepte de vivre avec un virus, mais on accepte de vivre avec un virus qui peut aussi évoluer et, au bout d'un moment, éventuellement passer à travers ce bouclier immunitaire qu'on lui oppose. Et puis, il y a l'autre schéma qui s'approche de la stratégie qu'on appelle "zéro Covid". Pour retourner à une vie normale, pour ne plus prendre le risque de fermer les établissements scolaires notamment, on va décider de réduire la circulation du virus à un niveau très faible. Et pour cela, il faut atteindre une immunité collective qui soit de l'ordre de 80 ou 90%. Cela veut dire qu'il va falloir vacciner également ceux qui font circuler le virus, pas forcément les plus jeunes, mais en tout cas les adolescents."

Peut-on craindre de découvrir des effets secondaires à plus grande échelle ?

Vincent Maréchal : "On l'a vu chez l'adulte, il y a eu un débat de société sur AstraZeneca et le risque de thrombose. Chez les enfants, on aura le même type de surveillance, voire une surveillance encore plus importante. Aujourd'hui, les seuls effets qui seraient liés à la vaccination, mais cela demande confirmation, seraient des cas d'inflammation du myocarde, les myocardite. Pour l'essentiel de ce qu'on en sait, elles se résolvent bien aujourd'hui. Mais le lien avec la vaccination n'est pas formellement établi."

Que se passera-t-il si un enfant décède après le vaccin ?

Vincent Maréchal : "D'abord, il faut rassurer les gens sur le fait que la pharmacovigilance, le suivi des effets post-vaccinaux, est vraiment consubstantielle du déploiement des politiques vaccinales. On ne vaccine pas sans regarder ce qui se passe. On a vu qu'il y avait déjà une émotion et une surveillance accrue quand on a discuté des cas de thrombose associés au vaccin AstraZeneca. Je rappelle que ce sont quelques cas de thrombose pour des millions de personnes vaccinées. Chez l'adulte, il y a déjà une émotion importante, on imagine bien qu'un cas prouvé de réaction vaccinale grave chez un enfant poserait effectivement à nouveau une problématique qui pourrait devenir une problématique de déploiement du calendrier vaccinal chez les enfants."

Faut-il demander le consentement aux parents ou aux enfants ?

Vincent Maréchal : "Je pense qu'aujourd'hui, on se dirige surtout vers la vaccination des 12-15 ans, donc on demanderait effectivement l'avis aux jeunes. Il est évident que si on descend dans les classes d'âge et qu'on étend la vaccination à des enfants beaucoup plus jeunes,  la notion du consentement éclairé, c'est-à-dire du consentement en parfaite compréhension des enjeux, va être plus difficile à faire avec des enfants jeunes. L'adolescence, c'est aussi l'âge des contacts sociaux, donc c'est une classe d'âge dans laquelle il y aura une circulation du virus importante. Là, ça vaut la peine de discuter du plan de vaccination qui casserait finalement la circulation du virus chez les plus jeunes. Il faut vraiment attendre des résultats complémentaires et voir surtout si cette population est moins susceptible de faire circuler le virus. La question va devoir se poser d'une balance entre bénéfices collectifs, bénéfices individuels et risques individuels qui doit être, à mon avis, réévaluée." 

Peut-on craindre l’apparition d’un variant qui ciblerait le enfants ?

Vincent Maréchal : "Ces variants apparaissent totalement au hasard. Il y a une compétition entre ces variants qui fait que celui qui gagne, c'est soit celui qui est plus contagieux, soit celui qui échappe le mieux à la réponse immunitaire. Cela va dépendre de ce qui se passe dans les différentes populations. On a vu, par exemple, au Brésil, apparaître des variants qui avaient échappé à la réponse immunitaire, mais principalement parce que la population avait été déjà exposée, probablement à des virus précédemment. Donc, il va falloir voir avec le temps comment les choses se passent. Ce qui est clair, c'est que plus vous bloquez la circulation du virus, plus vous empêchez l'apparition de variants et a fortiori la sélection de variants qui échapperaient à la réponse immunitaire.

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