Les autotests sont-ils efficaces pour lutter contre le Covid-19 ?
Les autotests sont-ils efficaces pour lutter contre le Covid-19 ? ©AFP
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Les autotests sont-ils efficaces pour détecter le Sars-Cov-2 ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

C'est l'un des nouveaux angles d'attaque du gouvernement en matière de lutte contre le Covid-19. Les autotests, commercialisés en France depuis quelques semaines devraient permettre à n'importe qui de se tester depuis chez soi, sans avoir à réaliser un test PCR en laboratoire. 

Mais la fiabilité de ces autotests posent déjà question. Le prélèvement s'effectue toujours dans les narines, mais à une profondeur bien moindre que pour les tests PCR nasopharyngés. Pour savoir si cette stratégie était raisonnable, nous avons posé nos questions à Stéphanie Haïm-Boukobza, virologue et membre du syndicat des médecins biologistes.

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Les autotests sont-ils efficaces ?

Stéphanie Haïm-Boukobza : “Alors ça marche, mais ça dépend dans quelles circonstances on les utilise. Il ne faut pas les utiliser chez des personnes symptomatiques ou chez des personnes qui sont cas contacts qui, elles, doivent plutôt réaliser un test de PCR. En revanche, ils peuvent avoir un intérêt dans des populations qui sont complètement saines et qui doivent faire de façon très fréquente des dépistages.”

Pourquoi privilégier le PCR pour les cas contacts et les personnes symptomatiques ?

**Stéphanie Haïm-Boukobza : “**Parce qu'avec un test de PCR, on est sûr de ne pas louper un positif. Les autotests sont très utiles parce qu'ils sont faciles d'utilisation. En revanche, ils sont beaucoup moins sensibles, ils vont être beaucoup moins capables de détecter de petites quantités de virus. Pour cela, le PCR est beaucoup plus efficace. Donc, il ne faut pas les utiliser chez les personnes qui ont de très forts risques d'être infectés. L'idée, c'est vraiment d'éviter les faux négatifs, quelqu'un qui croit être négatif, qui excrète du virus et donc contamine d'autres personnes.

Quel est le niveau de sensibilité des autotests ?

Stéphanie Haïm-Boukobza : “En Allemagne, ils ont estimé que cette sensibilité était autour de 70%. En France, si on se fie aux tests antigéniques, qui sont techniquement très proches, on est plutôt autour de 50 à 60% dans ce type de population asymptomatique. Si on est chez des patients symptomatiques ou des patients dont on sait qu'ils excrètent beaucoup de virus, là, on augmente beaucoup plus la sensibilité de ces tests. Les tests nasopharyngés très profonds, ça fait mal et le faire très souvent, ça peut être un peu gênant. Avec les autotests, on introduit l’écouvillon seulement à 2 ou 3 cm au niveau de l'entrée du nez et ça fait moins mal. Il est vrai que ça engendre une baisse de sensibilité.”

On a des tests moins fiables mais qu’on peut faire beaucoup plus souvent ? 

Stéphanie Haïm-Boukobza : “On compense le manque de fiabilité ou de sensibilité par le fait de le faire dans des populations qui, de toute façon, ne se seraient pas fait tester par d'autres techniques plus fiables. Il faudrait le réaliser de façon fréquente, idéalement toutes les semaines, puisque la durée d'incubation est d’environ de 5 à 6 jours. Une fois par semaine, c'est vrai que ça serait cohérent avec la durée d'incubation.

Les Allemands ont estimé que les autotests n’avaient détecté que 4% des nouveaux cas...

Stéphanie Haïm-Boukobza : “Quand on teste dans des populations asymptomatiques, c'est évident qu'il y aura beaucoup moins de pourcentage de positifs que dans des populations symptomatiques. Après, c'est une question de coût-efficacité. Si on a mis beaucoup d'argent pour tester une grande population qui est complètement négative, c'est vrai que là, on a perdu beaucoup d'argent. Si en revanche ça permet quand même de détecter quelques cas qu'on n'aurait jamais détectés par ailleurs, là, c'est intéressant. Mais on n'a pas encore fait d’études similaires en France et ça serait intéressant de le faire.”

Pourquoi utiliser les autotests sur des enfants s’ils sont moins symptomatiques ?

Stéphanie Haïm-Boukobza : “Les enfants, comme ils sont en contact avec beaucoup de personnes à l'école, ça permettrait de faire un diagnostic vraiment aléatoire. En fait, de personnes qui ne seraient jamais allés se faire tester, et notamment ce qu'on appelle des super contaminés, c'est à la fois quelqu'un qui excréteur beaucoup de virus et aussi qui est en contact avec beaucoup de personnes à l'école. Vous pouvez avoir tout à fait des sujets qui ex-cadres du virus sans le savoir et qui peuvent infecter les élèves autour des autotests qui ne sont pas très sensibles, aurait quand même une sensibilité suffisante pour détecter ces personnes qui serait à risque de contaminer beaucoup de monde.”

Les autotests sont-ils vraiment les mieux adaptés aux moins de 15 ans ?

Stéphanie Haïm-Boukobza : “Il y a des nouvelles études qui ont été publiées et qui ont testé leur utilisation dans des populations de moins de 15 ans, donc la Haute Autorité de Santé a levé cette limite d'âge. Jusqu'à présent, on avait utilisé les tests salivaires pour dépister les enfants. C'est exactement pareil, ça va être un test de PCR, tout comme les tests nasopharyngés qui sont faits par PCR. On prend un peu de salive d'un enfant à la place. On estime qu'il y a une perte d’à peu près 20% de sensibilité dans le milieu salivaire par rapport au test nasopharyngé. Jusqu'à présent, on détectait le Sars-Cov-2 dans le cas de dépistages massifs dans les écoles à l'aide de tests salivaires. Peut-être que les autotests vont prendre le relais ou vont compléter cette stratégie. 

Que faire si je fais un autotest et qu’il est positif ?

**Stéphanie Haïm-Boukobza : “**Alors, il faut immédiatement s'isoler, il faut prendre rendez-vous dans le laboratoire le plus proche. Il faut que ce test soit confirmé par PCR. Si le test PCR est positif, le résultat part dans des plates-formes numériques qui effectuent le “contact tracing”, donc elles vont répertorier tous les cas contacts et leur téléphoner pour briser la chaîne de transmission.

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