File d'attente devant un laboratoire qui réalise des tests Covid
File d'attente devant un laboratoire qui réalise des tests Covid
File d'attente devant un laboratoire qui réalise des tests Covid ©Radio France
File d'attente devant un laboratoire qui réalise des tests Covid ©Radio France
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Résumé

L'ampleur de la deuxième vague de Covid est-elle en accord avec les prévisions scientifiques ? Y aura-t-il une troisième vague ? Ce sont les questions au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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S'il est aujourd'hui indiscutable que la France en particulier, l'Europe en général, traversent une deuxième vague épidémique tel n'a pas toujours été le cas. Il ne faut pas remonter bien loin pour retrouver des professionnels de santé affirmant que cette deuxième vague était un fantasme, ou des responsables politiques assurant, les yeux dans les yeux, que personne ne pouvait prévoir une reprise épidémique de cette ampleur.

Entre les scientifiques qui affirment avoir crié au loup dès cet été et les politiques qui disent n'avoir rien entendu, qui croire ? 

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Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique et directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur répond aux questions de Nicolas Martin.

La deuxième vague est-elle prévisible ?

Arnaud Fontanet : "À partir du moment où le virus circule aussi largement, on savait déjà qu'il serait très difficile de l'éliminer. Plus on cherche à contrôler le virus, moins il circulera, tout au plus quand on relâche un peu la pression, le nombre de cas augmente. Mais si immédiatement on remet le couvercle et qu’on contrôle, on ne laisse pas de vague se créer. Si en revanche, vous soulevez le couvercle brutalement, si vous arrêtez toute mesure de contrôle, oui, un redémarrage de l'épidémie peut être rapide et prendre la forme d'une deuxième vague. C'est ce qui s'est passé finalement à partir du mois d'août, où on a vu un relâchement des comportements qui accompagnait les vacances et qui s'est vraiment caractérisé d'abord dans une population d'âge de 20 à 29 ans. Et on a vu très vite que les autres classes d'âge ont commencé à être touchées pour atteindre les plus de 60-70 ans vers la fin août, début septembre. C'est ce qui fait qu’au mois d'août, quand l'épidémie a redémarré, on n'a pas eu d'augmentation des hospitalisations parce que c'était d'abord chez des sujets jeunes qui ne font pas de complications. Il faut savoir que quand vous avez un redémarrage d'épidémie, au début, le nombre de cas commence à augmenter doucement. Mais quand vous êtes vraiment à des chiffres très bas, ce n'est pas visible. Aujourd'hui, si vous regardez par rapport aux chiffres qu'on a en novembre, le nombre de cas du mois d'août, c'est complètement plat. Vous ne voyez rien. Mais quand on regarde de très près, quand on zoome sur cette période, on se rend compte qu'il y avait une croissance qui était déjà exponentielle, à raison de 30% par semaine."

Pourquoi n'a-t-on pas anticipé cette deuxième vague ?

Arnaud Fontanet : "Nous étions un certain nombre d'experts qui scrutait de très près cette progression des cas, on voyait bien que ça avait redémarré, on voyait bien que c'était exponentiel, on voyait bien que quand on prolongeait cette trajectoire, on allait se retrouver dans une situation critique en octobre et en novembre. Mais on parlait un peu dans le désert parce qu'à cette époque, il y avait autour de nous d'autres experts qui disaient : 'D'abord on ne voit rien, d'abord il n'y a pas d'hospitalisation, et puis le virus a muté', etc. etc."

Pourquoi n'y a-t-il pas eu de consensus ?

Arnaud Fontanet : "C'est tout le problème de la communication en temps de crise et surtout quand la crise n'est pas visible, c'est-à-dire que je pense qu'il y a tellement de gens qui voulaient entendre des discours rassurants que finalement, quand il y avait des personnes sur les plateaux télévisés qui étaient présentées comme des experts et qui disaient qu’il n'y allait pas avoir de reprise épidémique, que le virus avait muté, les gens préféraient les écouter plutôt que des gens qui vous disaient : 'On ne voit rien, mais attention, c'est en train de grimper'. Donc effectivement, nous au Conseil scientifique, depuis le début, on avait prévu ce scénario aussi, par analogie avec ce qu'on sait des virus respiratoires. Ce coronavirus, c'est un virus respiratoire. On sait que les grandes pandémies de virus respiratoires et notre exemple, c'est évidemment la grippe, se sont toujours faites en plusieurs vagues qui traduisaient l'effet saisonnier qu'il y a sur les virus respiratoires. Si vous vous reportez il y a un siècle avec la grippe espagnole, on a vu exactement le même phénomène. Donc, pour nous, c'était un scénario qui était extrêmement plausible. Mais ce qui est vraiment important, c'est de comprendre qu'il était fondé sur la conviction que tant que 50% de la population ne seraient pas immunisée, le virus ne s'arrêterait pas de circuler. On a quand même appris de ces épidémies, notamment leur mode de fonctionnement."

Pourquoi le coronavirus de 2003 a-t-il, lui, été éradiqué sans deuxième vague ?

Arnaud Fontanet : "Si on remonte vraiment au tout début de l'épidémie, quand on était en janvier-février, il y avait un scénario qui était possible, qui était celui du coronavirus du SRAS de 2003, où la maladie a été éradiquée parce qu’après juillet 2003, il n'y avait plus de circulation du virus chez l'homme et qu'on a supprimé le réservoir animal d'une certaine façon. Mais ce scénario a été possible parce qu'avec le coronavirus du SRAS de 2003, les malades étaient contagieux que plusieurs jours après le début des symptômes, ce qui faisait qu'on avait le temps de les identifier et de les isoler. Et donc, on a pu contrôler la circulation de ce coronavirus. Avec le nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, on sait maintenant que des personnes peuvent être contagieuses avant le début des symptômes. Ça rend les techniques d'isolement beaucoup moins efficaces. Et très vite, on s'est retrouvé dès les mois de février-mars avec un nombre de foyers dans le monde extrêmement élevé et on comprenait que les méthodes de contrôle allaient être prises en défaut."

Pouvait-on prévoir l'ampleur de cette deuxième vague ?

Arnaud Fontanet : "Ce qu'on avait écrit avec le Conseil scientifique, c'est qu'on craignait d'abord la rentrée de septembre parce qu'on voyait bien le moment où il y aurait une rentrée scolaire, universitaire, professionnelle, où les gens reviennent en métropole, les métropoles étant des lieux de densité forte où le virus circule, ce qui allait amplifier le phénomène qui avait été lancé pendant l'été où effectivement, le virus s'était remis à circuler à la faveur du relâchement dont on a parlé. Et puis on craignait le moment du refroidissement des températures, mais qu'on avait situé fin octobre, début novembre, parce que typiquement, c'est le moment où les températures descendent ; on craignait un retour de la circulation du virus, cette fois-ci dans des conditions plus hivernales qui font que les gens sont plus en milieu intérieur, confinés quand il fait froid, et ça favorise la transmission de ces virus respiratoires. Peut-être aussi que le virus résiste mieux quand il fait froid. Que ce soit sur les surfaces ou dans l'air. Et donc nous, on avait bien anticipé cela. Ce qui nous a pris de vitesse, c'est qu'il y a eu fin septembre, entre le 24 et le 27, une semaine très froide pour la France comparativement à ce qu'on voit habituellement fin septembre. Et ça, ça a été vrai pour la France, mais également pour l'ensemble de l'Europe. Et cette semaine de froid nous a envoyé un avertissement pour nous dire : 'Attention, c'est un virus respiratoire. Quand il fait froid, il se transmet mieux.' Et début octobre, il y a eu une remontée extrêmement forte du nombre de cas qui a été vue non seulement sur l'ensemble du territoire français, mais également dans quasiment la totalité des pays d'Europe. Et c'est cette deuxième vague que maintenant, on est tous en train d'affronter en Europe qui, elle, est très vraisemblablement due au refroidissement de fin septembre et qui, malheureusement, n'est pas de très bon augure parce qu'on sait qu'on rentre dans des mois hivernaux."

La deuxième vague est-elle différente de celle de février-mars ?

Arnaud Fontanet : "La seule différence qu'on peut faire avec la première vague, c'est que le temps de doublement de l'épidémie n'est pas le même. On a quand même des mesures de contrôle aujourd'hui et de prévention. Je ne parle pas du confinement lui-même mais des semaines qui ont précédé. En mars on était à trois jours et demi pour doubler le nombre de cas. Aujourd'hui, on est plutôt sur une à deux semaines selon les régions, parce que la dynamique n'est pas partout la même. Mais une à deux semaines, c'est quand même extrêmement rapide. L'autre différence importante par rapport au mois de mars, c'est qu'en mars, l'épidémie était vraiment cantonnée dans la région du Grand Est et en région parisienne. À la fois, ça crée une surcharge extrêmement forte sur ces endroits-là et une saturation des services de réanimation. Mais ça permettait quand même des transferts de patients ou d'équipes médicales qui sont venues au secours de leurs collègues du Grand Est et de la région parisienne. Cette fois-ci, l'épidémie étant généralisée sur le territoire français, on n'a plus cette latitude pour transférer les patients. Alors la tension est un peu moins forte dans les endroits concernés parce qu'il y a une densité de malades qui n'est pas aussi élevée que celle qu'on avait en mars dans le Grand Est et en région parisienne. Elle est répartie sur l'ensemble du territoire, mais en revanche, on n'a pas cette possibilité de transférer des patients et c'est cela qui va rendre la gestion de cette crise très difficile."

Doit-on s'attendre à une troisième vague ?

Arnaud Fontanet : "On peut l'éviter si on maintient la pression sur le virus. Maintenant, la seule chose que je garde en tête néanmoins, c'est qu'on ne connaît pas ce coronavirus, donc on ne peut pas encore anticiper toutes les évolutions possibles. Je ne veux pas être un prophète de malheur, mais il faut garder en tête que ce virus peut muter. Il l’a déjà fait une fois avec une mutation qui a eu lieu très tôt dans l'épidémie, en février. Le virus qui est arrivé sur l'Europe de façon massive fin février-début mars, et qui était à l'origine de cette grande première vague qu'on a vécue avec un virus qui était quand même plus transmissible que le virus d'origine. Le deuxième élément, c'est qu'on n'apprécie pas encore complètement l'effet que le refroidissement aura sur la circulation du virus. On a eu quand même un avant goût avec ce qui s'est passé fin septembre, qui n'était pas du tout rassurant. Et je ne sais pas encore comment ce virus va se comporter quand il se mettra vraiment à faire froid."

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