Faut-il encore craindre les variants ?
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Faut-il encore craindre les variants ? ©AFP
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Résumé

Les variants sont-ils toujours aussi inquiétants ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Il y a eu le variant britannique qui a coûté au Royaume-Uni une vague de contamination particulièrement importante et qui est désormais majoritaire sur notre territoire. Puis, le variant brésilien qui fait des ravages actuellement en Amérique du Sud. Le variant sud-africain en constante augmentation en Île-de-France et c'est maintenant le variant indien qui inquiète les autorités sanitaires. 

Ces variants peuvent-ils nous pousser à repenser la stratégie vaccinale et a passer de longs mois encore confinés ? Ou est-ce que nous commençons à en faire un peu trop ? 

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Alors faut-il encore craindre les variants ? Nous avons posé la question à Jean-Michel Pawlotsky, virologue au CHU Henri Mondor de Créteil.  

Faut-il encore craindre les variants ?

Jean-Michel Pawlotsky : "Évidemment, les variants sont un problème auquel il faut s'intéresser et tout virologue va s'y intéresser de façon importante. Mais aujourd'hui, il ne faut pas inquiéter les Français inutilement avec l'arrivée des variants, on n'a pas une nouvelle épidémie à chaque fois qu'un variant est identifié."

Un variant est-il plus préoccupant que les autres ?

Jean-Michel Pawlotsky : "Il n'y a pas aujourd'hui de variant qui soit plus préoccupant que les autres. Il faut être bien conscient que ce qui est important, c'est plus l'aspect quantitatif que l'aspect qualitatif, ce qui nous intéresse, c'est le nombre de nouveaux cas par jour. Aujourd'hui, on sort d'une troisième vague épidémique, ça fait à peu près six mois qu'on a un nombre de cas qui est très important, ce nombre de cas est en train de diminuer. Finalement, c'est ça le plus important, c'est que le nombre de nouveaux cas diminue, après, que ce soit un variant ou un autre, finalement, ça a un peu moins d'importance. Le virus, au début, il est entré dans les populations humaines comme dans du beurre, puisque les humains n'avaient jamais vu ce virus, ils ne l'avaient jamais rencontré et n'avait pas d'immunité du tout. Donc, tous les variants qui étaient présents se sont mis à courir sur une route qui était parfaitement plate et ils couraient tous au même rythme. On avait des petites différences entre les virus, mais aucun ne se détachait. Et puis, à un moment, la route a commencé à monter, elle a monté quand on a eu, après la première vague épidémique, un certain niveau de protection immunitaire qui a sélectionné les variants qui étaient un peu moins sensibles à l'action de cette protection immunitaire. Donc, on a vu certains variants qui se sont détachés des autres, par exemple le variant anglais, qui s'est mis à courir plus vite que tous les autres, il y a eu compétition. Plus il y a de gens qui sont infectés, plus il y a d'immunité naturelle. Puis on commence à vacciner, la pente est de plus en plus raide, la sélection est de plus en plus difficile et c'est vraiment les virus qui sont les plus adaptés à leur environnement qui vont être capables de survivre et de gagner la course."

Pourquoi on n’arrive pas à anticiper les effets de ces variants ?

Jean-Michel Pawlotsky : "L'effet d’un variant, il dépend de deux choses. D'abord, il dépend de la personne chez qui l'infection survient, certaines personnes vont faire des infections tout à fait bénignes, c'est le cas en particulier chez les plus jeunes, d'autres personnes vont faire des infections beaucoup plus graves et ça, c'est lié à leur nature, à leur génétique, à leur âge, à un certain nombre de facteurs qui viennent aggraver éventuellement la maladie, c'est l'aspect individuel. Et il y a un aspect collectif, c'est-à-dire que le même variant ne va pas se propager de la même façon dans des populations différentes, à des endroits différents du monde, et il ne va pas forcément entraîner les mêmes conséquences collectives. Je vais prendre un exemple qui est l'exemple des variants brésiliens qui aujourd'hui est à l'origine d'une épidémie qui est très active, qui galope au Brésil avec des formes très sévères, en particulier chez personnes jeunes. Il est présent chez nous en France, mais il reste très minoritaire. On est autour de 0,3% et avec des formes qui ne sont pas différentes du tout, de celles qu'on observe avec d'autres variants."

Il se disait pourtant, au début, que le SARS-CoV-2 variait moins…

Jean-Michel Pawlotsky : "On a plein de variants, mais ça ne veut pas dire que le virus est très variable. C'est normal qu'on ait des variants parce qu'il y a toujours des erreurs qui échappent. Mais par exemple le virus SARS-CoV-2, il est beaucoup moins variable que d'autres virus à ARN, comme le VIH ou le virus de l'hépatite C. Finalement, on a l'impression qu'on a beaucoup de variants parce qu'en ce moment, il y en a une dizaine, peut-être une quinzaine, qui circulent en France, mais en fait, on en a assez peu. C'est vrai que c'est un virus qui est capable de corriger ses erreurs simplement de temps en temps, il y en a qui s’échappent et elles vont être sélectionnées."

Les mutations du virus le rendent-ils plus agressif ?

Jean-Michel Pawlotsky : "Habituellement, l'évolution au cours de pandémies ou de grandes épidémies ne se fait pas vers une augmentation de la gravité de la maladie, mais elle se fait plutôt vers une atténuation des virus. Pourquoi ? Parce que le virus a intérêt à tuer le moins de monde possible, être le mieux toléré possible pour se répandre très facilement. Mais il ne faut pas quelques mois, il faut quelques années pour arriver à ça et bien sûr, dans le cadre d'une évolution naturelle, mais nous, on va avoir la vaccination en plus qui peut accélérer ce processus. L'évolution naturelle des virus n'est pas vers l'aggravation. Après, il peut y avoir dans des circonstances particulières, si par exemple une population plus jeune est touchée ou plus vulnérable, une augmentation de la mortalité qui n'est pas liée directement à l'action intrinsèque du virus, mais qui est liée à l'ensemble des facteurs qui viennent influencer l'épidémie."

Les variants peuvent-ils mettre à terre la stratégie vaccinale ?

Jean-Michel Pawlotsky : "Non, les variants ne mettront pas à terre toute la stratégie vaccinale. On sait aujourd'hui que les vaccins sont très efficaces contre tous les variants, un peu moins contre certains que d'autres, mais très efficaces quand même, et en particulier très efficaces pour empêcher la survenue de complications graves de la maladie. C'est ça qui est l'objectif. Le deuxième élément très favorable, c'est que nous avons aujourd'hui des vaccins à ARN. Ces vaccins sont très facilement modifiables et adaptables aux nouveaux variants. Ça veut dire qu'en quelques mois, s’il y a de nouveaux variants émergents et qu'il commence à poser un problème chez les personnes vaccinées, on pourra développer une nouvelle dose de vaccin pour un rappel et ces doses de vaccin seront adaptées à ces variants et protègera efficacement contre eux. Il est très probable qu'on doive se re-vacciner régulièrement pour deux raisons. La première, c'est que le taux d'anticorps neutralisant diminue avec le temps. Et la deuxième, c'est que certains variants peuvent s'avérer moins sensibles au fil du temps. Il faudra vacciner mais est ce que ce sera tous les six mois, tous les ans ou tous les cinq ans ou tous les dix ans ? On ne sait pas encore, c'est l'histoire qui nous le dira."

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