Légende : Le gouvernement a-t-il fermé des lits d'hôpitaux depuis le début de la pandémie ? ©AFP - Thomas Samson
Légende : Le gouvernement a-t-il fermé des lits d'hôpitaux depuis le début de la pandémie ? ©AFP - Thomas Samson
Légende : Le gouvernement a-t-il fermé des lits d'hôpitaux depuis le début de la pandémie ? ©AFP - Thomas Samson
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Résumé

Des lits d'hôpitaux ont-ils été fermés depuis le début de la pandémie de Covid-19 ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Ce sont d'abord des articles de presse régionale qui ont annoncé les mauvaises nouvelles : 21 fermetures de lits à Metz en octobre 2020, une cinquantaine de fermetures de lits dans le Loir-et-Cher. Mais la liste est bien plus longue et s'étend à de nombreux départements.

Ces annonces de fermeture de lits d'hôpitaux ont pu choquer, en pleine pandémie de Covid-19. Pour autant, de quoi parle-t-on vraiment avec ces fermetures de lits d'hôpitaux ? Les lits de réanimation si cruciaux en pleine troisième vague sont-ils vraiment concernés ? 

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Nous avons posé nos questions à Nathalie Coutinet, économiste de la santé, maîtresse de conférences à l'université Paris 13 et membre du CEPN (Centre d'économie de Paris Nord).

Le gouvernement a-t-il fermé des lits d’hôpitaux depuis le début de la pandémie ?

Nathalie Coutinet : "Depuis le début de la pandémie, il y a effectivement un certain nombre de lits d'hôpitaux qui ont été fermés, mais il faudrait distinguer les différents types de lits. Il y a les lits de réanimation dont on parle beaucoup, mais il y a aussi des lits d'hospitalisation, les lits de soins de suite, les lits de psychiatrie. Ce sont plutôt les lits d'hospitalisation et de soins de suite qui ont été fermés, parce que depuis plusieurs années, les gouvernements successifs suivent une politique de médecine ambulatoire : les patients rentrent le matin à l'hôpital pour une opération et ressortent le soir. Et puis, il y a deux types de lits qui ont beaucoup été fermés ces dernières années, ce sont les lits de soins de suite et les lits de réadaptation. Ces lits sont pour les patients âgés ou des patients qui ont eu des opérations lourdes, donc ils ont besoin d'un temps pour se reposer. Les gouvernements successifs ont eu tendance à fermer ces lits et de les reporter vers les cliniques privées. "

En Île-de-France, 800 lits de réanimation auraient été supprimés depuis la première vague...

Nathalie Coutinet : "On a fermé des lits de réanimation qu’on a créés avec la première vague et qui étaient nécessaires puisqu'il y a eu un afflux de patients en réanimation tout à fait inhabituel. Ces lits ont ensuite été fermés lorsque les vagues épidémiques ont été arrêtées. Ils ont été rouverts ensuite pour affronter la troisième vague. On a adapté dans une certaine mesure, les capacités de réanimation aux besoins créés par cette pandémie. "

Qu’est-ce qui pousse les hôpitaux à fermer des lits ?

Nathalie Coutinet : "On demande toujours aux hôpitaux de se réorganiser pour faire des économies et donc à des fermetures de lits. Ces fermetures de lits sont souvent justifiées parce qu'il n'y a pas de médecins capables de prendre en charge des patients. Il manque des médecins parce que les médecins hospitaliers sont souvent plus attirés par les cliniques privées qui payent mieux que par les hôpitaux publics. Donc, on va fermer des lits, mais c’est un peu un cercle vicieux. Si on ferme des lits, on a moins besoin de médecins et donc on va continuer à fermer. Donc, le danger de ce système, c'est de transférer une partie de l'activité de l'hôpital public aux cliniques privées. "

La France est-elle mieux dotée en lits de réanimation que ses voisins ?

Nathalie Coutinet : "L'Allemagne a effectivement plus de lits de réanimation que la France, mais la Grande-Bretagne ou d'autres pays en ont moins. De manière générale, la France a un nombre de lits pour 100.000 habitants qui est plutôt dans la moyenne haute par rapport à ses partenaires économiques. L'Allemagne a effectivement plus de lits  de réanimation, ce n'est pas pour autant que le système hospitalier allemand est merveilleux et que le système français est très mauvais." 

Avec plus de lits de réanimation, on aurait pu éviter un confinement ?

Nathalie Coutinet : "Je ne pense pas. D'ailleurs l'Allemagne, malgré le nombre de lits plus élevé par habitant, a quand même été obligée de confiner et va vers un nouveau confinement. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'on aurait sans doute mieux pris en charge les patients hospitalisés qu'on n'aurait pas eu à transférer des patients de ville en ville avec les traumatismes que ça a pu créer pour les familles. Donc, il y a un certain nombre de patients qui auraient été mieux pris en charge, c'est certain. Après, on ne peut pas non plus demander à l'hôpital public d'avoir un nombre de lits en excès par rapport aux besoins normaux. On pourrait demander à l'hôpital d'être mieux capable de s'adapter à des crises épidémiques."

On parle de 100 000 lits fermés en 20 ans et de 9 milliards d’euros d'économie...

Nathalie Coutinet : "Le chiffre ne me paraît pas absurde. Depuis plusieurs années, les politiques de santé sont guidées par la nécessité de réduire les dépenses. Cette réduction des dépenses de santé porte beaucoup plus sur l'hôpital public que sur la médecine de ville. On demande à l'hôpital de réduire ses dépenses, de réduire son budget alors que la population augmente et vieillit. Donc, il faudrait plutôt adapter les capacités hospitalières aux besoins de la population, c'est-à-dire à l'évolution démographique de la population. "

Un hôpital doit-il vraiment chercher à être rentable ?

Nathalie Coutinet : "L'Hôpital produit un service du soin qui n'a pas réellement de prix et qui est pris en charge ensuite par l'assurance maladie. Donc finalement, c'est une rentabilité artificielle parce qu'on a attribué un prix à un acte médical. La Sécurité sociale rembourse ensuite ce prix à l'hôpital. Si on lui verse un prix inférieur à son coût de production, l'hôpital ne peut pas être rentable. Mais il faut bien comprendre que cette construction de la rentabilité d'un hôpital est artificielle puisqu'il ne vend pas directement un soin aux patients."

Faut-il en finir avec la tarification à l’acte ?

Nathalie Coutinet : "La tarification à l'acte, qui consiste à attribuer un prix à chaque acte de soin, peut être un indicateur intéressant pour certains actes. Mais elle ne fonctionne pas du tout pour d'autres actes, par exemple pour les maladies chroniques. On a des patients qui sont obligés de venir souvent à l'hôpital. En général, les actes sont sous-dimensionnés. Ça ne fonctionne pas non plus pour des patients qui arrivent avec plusieurs pathologies différentes. On réfléchit aussi à doter les hôpitaux de budgets en fonction de la population qu'ils desservent. Mais on peut aussi affiner avec l'âge de la population, avec les pathologies qu'il prend en charge. Donc, il faut sans doute avoir d'autres indicateurs pour fixer le budget de l'hôpital."

L’annonce de l’ouverture de 4 000 lits par le gouvernement va-t-elle changer la donne ?

Nathalie Coutinet : "C’est une goutte d'eau pas très intéressante. Ce qu'il faut pour l'hôpital public aujourd'hui, c'est d'abord retravailler la gouvernance de l'hôpital. Aujourd'hui, l'hôpital est surtout dirigé par des administratifs avec des soucis de rentabilité. Il faut remettre les soignants, les patients, les administratifs au cœur de la gouvernance, de la gestion de l'hôpital. Et puis, il faut aussi gouverner l'hôpital en fonction de la médecine de ville et se poser la question “Est ce qu'il y a des médecins de ville qui sont là qui peuvent prendre le relais?”, “Est ce qu'on est dans un désert médical?” C'est toute une organisation de l'offre de soins qu'il faut travailler. Et du coup, 4 000 lits, cela va donner sûrement un peu d'air à des hôpitaux qui sont complètement exsangues. Mais ça ne va pas résoudre le problème de l'hôpital, bien évidemment."

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