Le jeûne est-il bon pour la santé ?
Le jeûne est-il bon pour la santé ?
Le jeûne est-il bon pour la santé ?  ©Getty - Iacaosa
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Résumé

Star du moment, le jeûne fait-il vraiment du bien à mon corps ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Vous avez peut-être vu passer ces dernières semaines des publicités, sur différents sites ou réseaux sociaux, ventant les mérites de telle ou telle technique de jeûne censée vous aider à perdre du poids, retrouver de l'énergie, voire à retarder les effets du vieillissement. 

Il est vrai que depuis quelques années, fleurissent sur internet des sites spécialisés dans le jeûne qui aurait, à les croire, toutes sortes de bénéfices incroyables pour la santé. Jeûne intermittent, cétogène, fasting, 5.2... tous ces jeûnes se valent-ils et surtout sont-ils réellement bons pour notre corps ? 

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Nous avons posé ces questions à Mouna Hanachi, médecin nutritionniste et cheffe du service de nutrition clinique à l’hôpital Paul-Brousse, Villejuif. 

Le jeûne est-il bon pour la santé ?

Mouna Hanachi : "Il y a des jeûnes dangereux clairement, notamment, il y a des profils de personnes qui présentent des pathologies chroniques graves pour lesquelles les jeûnes, plus ou moins prolongés, peuvent être dangereux pour la santé. Je pense aux diabétiques sous insuline ou sous traitement hypoglycémiant."

Quels sont les différents types de jeûnes ? 

Mouna Hanachi : "La littérature scientifique fait état de plusieurs types de jeûnes. On peut les classer en jeûnes qualitatifs et en jeûnes chronologiques. Dans les jeûnes qualitatifs, on va avoir le jeûne total, on ne va pas manger, le jeûne sec, on ne va ni manger ni boire et puis, on va avoir le jeûne ou la restriction alimentaire qui va se limiter à consommer un seul type d'aliment ou certains types d'aliments pendant une période donnée. Et puis, dans les jeûnes chronologiques, on va avoir les jeûnes intermittents, on va jeûner complètement pendant un ou deux jours dans la semaine, 2 jours sur 5 par exemple ou on va avoir des jeûnes où on va limiter le temps dans la journée, on va prolonger le jeûne nocturne et ne s'autoriser à manger, par exemple, que 6, 8 ou 10 heures par jour. "

Le jeûne intermittent aurait des effets miracles, qu'en est-il ?

Mouna Hanachi : "Je vais modérer un peu tout ça, il y a le fait sociétal, l'effet de mode et il y a la réalité scientifique, il y a une différence entre les deux. Les études chez des volontaires sains ont démontré qu'il y avait en effet une baisse de la masse grasse, du poids, du cholestérol et de glycémie. Mais cet effet-là a été étudié sur un court terme et si on observe tous ces effets bénéfiques, qu’on gagne sur 3 ou 12 semaines, on perd assez rapidement pour revenir à un état d'équilibre, à l'état normal, notre état précédent avant le régime alimentaire."

Cette alternance de jeûne peut produire un effet yo-yo néfaste pour le corps ?

Mouna Hanachi : "Quand on jeûne de façon stricte, on va perdre d'abord notre masse musculaire. Donc on perd du poids, on perd du gras mais surtout du muscle. Et puis, quand on reprend du poids, on va reprendre plus rapidement de la graisse donc on va changer notre composition corporelle. Et plus on va multiplier ces jeûnes intermittents, plus on va modifier, dans le mauvais sens, notre composition corporelle. Le risque c’est de perdre de la masse maigre et de récupérer de la masse grasse. Il faut quand même faire attention, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes où le jeûne intermittent pourrait venir masquer des troubles des conduites alimentaires."

Quelle est la différence entre les jeûnes de bien-être et thérapeutiques ?

Mouna Hanachi : "Il y a le fait sociétal, l'effet de mode : quand on jeûne, on se sent mieux, il y a une libération quand on est en situation de jeûne stricte. Au bout d'un certain nombre d'heures, on a une libération d'endorphines qui nous donne cette sensation de bien-être et de légèreté, donc qui est liée justement à la production des corps cétoniques et qui est totalement éphémère et factice, et qui disparaît au bout d'un certain nombre de jours. Et donc, il y a cet effet bien-être mais l'effet réel thérapeutique n'est pas prouvé."

On parle souvent du jeûne pour accompagner le traitement contre le cancer...

Mouna Hanachi : "Comme vous le savez, le cancer fait partie de ces pathologies dont l'évolution est incertaine et dont les complications, qui sont liées aux effets secondaires de la maladie, sont très importantes. De là est née l'idée que moduler sa nutrition pouvait améliorer le pronostic et également diminuer les effets secondaires du médicament. Le principe est que quand on ne se nourrit pas, on ne nourrit pas les cellules, notamment les cellules cancéreuses, qui ont des besoins nutritionnels importants et se multiplient rapidement, de là est née cette idée. Des études menées chez les rongeurs ont montré en effet, qu'on diminuait la prolifération du cancer, mais sur des périodes très courtes et avec des effets secondaires sur l'état général des rongeurs. Chez les êtres humains, aucun effet bénéfique n'a été démontré à ce jour et je dirais même qu'il faut faire extrêmement attention parce qu'on sait que la dénutrition et la perte de poids sont des conséquences qu'on observe chez les patients atteints de maladies cancéreuses. Et ce sont deux conséquences qui sont de mauvais pronostics chez ces patients, si en plus, on leur recommande un jeûne pseudo-thérapeutique, on va potentiellement aggraver leur pronostic."

Le jeûne peut-il être conseillé ?

Mouna Hanachi : "Au vu des connaissances scientifiques actuelles, il n'y a aucune indication à prescrire, dans tous les cas en tant que professionnel de la santé, un jeûne thérapeutique. Concernant les jeûnes intermittents de bien-être, chez les personnes qui sont en bonne santé, je pense qu'il n'y a pas d'indication, mais peut-être qu'il n'y a pas de contre-indication absolue non plus. Ce que je pourrais recommander aux personnes qui aimeraient ou souhaiteraient pratiquer le jeûne intermittent, c'est de se faire suivre par un professionnel de santé. Attention aux carences, notamment aux carences en vitamines, à la perte de poids, à la modification corporelle, à l'effet rebond et à l'installation d'un surpoids ou d'une obésité."

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