Est-ce qu'on se contamine principalement via les aérosols ?
Est-ce qu'on se contamine principalement via les aérosols ? ©Radio France
Est-ce qu'on se contamine principalement via les aérosols ? ©Radio France
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Comment le coronavirus se propage-t-il le plus souvent ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Un récent commentaire dans la revue The Lancet, titré " Dix raisons scientifiques à l'appui de la transmission aérienne du SARS-CoV-2", conclut la chose suivante : "Il existe des preuves cohérentes et solides du fait que le SARS-CoV-2 se propage par transmission aérienne. Bien que d'autres modes de transmission puissent exister, nous pensons que la voie aérosol est susceptible d'être dominante."  

Cette question de la transmission par aérosols, en lieu et place des gouttelettes, est une sorte de serpent de mer depuis le début de l’épidémie. Aujourd’hui encore, l’OMS considère que le facteur principal de transmission du COVID reste les gouttelettes… Alors, que faut-il comprendre ?

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Yves Gaudin, virologue et directeur de recherche au CNRS à l’Institut de biologie intégrative de la cellule de Paris-Saclay répond aux questions de Nicolas Martin.

Est-ce que le SARS-CoV-2 se transmet surtout par les aérosols ?

Yves Gaudin : "Quand on respire, on fait des gouttelettes qui sont parfois de grosse taille, elles peuvent aller quasiment jusqu'aux millimètres de diamètre. Dans ces cas-là, on parle souvent de postillons. Et puis, parfois, il y a des gouttelettes qui sont beaucoup plus petites, de taille inférieure à la dizaine de micromètres, et qui peuvent flotter longtemps dans la pièce. En fait, ces gouttelettes contiennent du virus. Quand on respire ces micro-gouttelettes, elles viennent directement au contact de nos muqueuses et, évidemment, peuvent nous transmettre le virus."

Mais est-ce le principal vecteur de contamination ?

Yves Gaudin : "Il y a beaucoup d'arguments qui montrent que les aérosols sont au moins une voie de contamination majeure. Ce qu'on constate, c'est qu'à l'extérieur, par exemple, il y a finalement très peu de contamination. Pourquoi ? Parce que ces micro-gouttelettes, qui flottent dans l'air, sont immédiatement dispersées par les courants d'air. Comme on constate qu'il y a peu de contamination, comme les aérosols sont peu efficaces en extérieur, on pense qu'il y a une corrélation entre contamination et présence d'aérosols. Les grosses gouttelettes qui sont directives (quand on les crache et qu'elles vont en direction de notre interlocuteur) existent aussi à l'extérieur et elles restent directives. Donc, on a des arguments pour dire que ce sont ces micro-gouttelettes et les aérosols qui sont un moyen de contamination majeur."

Comment produit-on ces aérosols ?

Yves Gaudin : "On les produit en respirant, tout simplement. C'est de l'eau qui se condense au niveau des poumons et puis aussi, parce qu’on a nos cellules qui vivent dans un environnement semi-aqueux, au niveau de nos poumons. Donc, les virus sortent au niveau de ces cellules et entrent dans ces micro-gouttelettes qu'on produit en permanence. Les plus gros postillons se produisent quand vous toussez, parlez ou éternuez bien sûr, mais les micro-gouttelettes et les postillons de petite taille, on en produit en permanence, rien qu'en respirant."

Pourquoi on ne comprend que maintenant l'importance des aérosols ?

Yves Gaudin : "Parce qu'en ce qui concerne la contamination interhumaine, il est très difficile de faire des expériences. Il y a quand même des choses qu'on ne peut pas faire en laboratoire. On ne peut pas chercher à rendre les gens malades. Donc, ça met un peu de temps à émerger comme idée. Et puis aussi parce qu'avant cette crise, il n'y avait pas eu beaucoup d'études sur ce sujet. On s'intéressait finalement assez peu à la façon dont étaient transmis les virus respiratoires. Entre gouttelettes et aérosols, on se posait beaucoup moins de questions qu'on s'en est posé à l'occasion de cette crise."

Rougeole, varicelle… Certaines maladies se transmettent aussi par aérosols, mais elles sont plus contagieuses, pourquoi ?

Yves Gaudin : "On voit que les taux de reproduction de ces virus respiratoires qui se transmettent par aérosols sont très élevés, mais évidemment, ça dépend du nombre de particules virales infectieuses qu’il y a par gouttelettes et, finalement, il est possible qu'au début du SARS-CoV2 (c’est peut-être moins le cas avec le variant anglais), on avait pas autant de particules virales par micro-gouttelettes dans les aérosols. Donc, comme le fait d’être contaminé va dépendre de la charge virale que vous allez ramasser, il est évident que si vous avez un virus qui, certes, se transmet par aérosols mais qui est moins présent que d’autres virus dans ces micro-gouttelettes, il sera moins contagieux."

Quelles preuves avons-nous du rôle joué par ces aérosols dans la contamination ?

Yves Gaudin : "Il y a eu des contaminations chez les gens isolés, via les systèmes d'aération dans les hôtels de quarantaine, ce qui montre que cette contamination est possible. Mais je dirais que les cas les plus concluants, ce sont par exemple ces contaminations qu’il y a pu avoir dans des autobus où ce sont les personnes qui étaient tout au fond de l'autobus qui ont contaminé le reste de l'autobus. Alors qu'on sait que les grosses gouttelettes, c'est-à-dire celles par opposition aux aérosols, ces grosses gouttelettes, elles ont une portée de deux-trois mètres maximum. Les aérosols, en revanche, dans un lieu clos, peuvent flotter plusieurs heures et se diffuser à l'intérieur de ce lieu clos."

Utiliser du gel hydroalcoolique, désinfecter les surfaces… ça ne sert à rien ?

Yves Gaudin : "S'il y a contamination par ces voies-là, elle est relativement faible. Vous imaginez, ça veut dire que le virus atterrit sur la surface, vous passez votre main sur la surface, vous récupérez un peu de virus, mais sur votre main, le virus n'est pas infectieux. Il va falloir directement mettre ce virus au contact de vos muqueuses respiratoires. Et donc, il va falloir vous gratter le nez. Ce qui n'empêche pas qu'il faut continuer à se laver les mains. Ça, c'est clair. Mais finalement, la contamination par les surfaces est probablement beaucoup plus réduite que ce qu'on avait pensé au départ."

Faudrait-il modifier nos gestes barrières ?

Yves Gaudin : "Il faut changer et en garder certains. Il faut garder le masque, par exemple, ça, c'est très clair que le masque ne va pas vous protéger des aérosols, mais par contre, va arrêter vos aérosols à l'intérieur. C'est pour ça que si vous portez longuement un masque, il devient un peu humide : toutes ces micro-gouttelettes se sont accumulées contre le masque. Donc, il faut continuer à porter le masque. Et on va prendre une mesure phare, c'est d'aérer les locaux. C'est le point le plus important si on veut ne pas maintenir des aérosols au sein d'une pièce. Par ailleurs, si vous devez faire des repas familiaux, si vous pouvez les faire en plein air, ça va être le printemps ou l'été, ce sera toujours mieux et vous limiterez ces contaminations par aérosol."

Est-ce qu'il faudrait modifier le plan de réouverture ?

Yves Gaudin : "Je pense que l'on voit bien que les terrasses, ça ne posera pas de problème. Les lieux clos, en revanche, ça pose un problème. Il faudra très probablement maintenir les restaurants et les bars avec un maximum d'aération. Je pense que ce sera au moins possible jusqu'à l'automne. L'été, il fera beau, ce sera relativement facile. Mais c'est vrai que pour les salles de spectacles, au cinéma, une vigilance s'imposera. Cela dit, ce sont des pièces qui, généralement, ont des grands volumes et donc, on peut estimer que les aérosols vont se diluer à l'intérieur de ces pièces."

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