Les éoliennes, une pollution sous-estimée ?
Les éoliennes, une pollution sous-estimée ?
Les éoliennes, une pollution sous-estimée ? ©AFP
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Résumé

Les éoliennes sont-elles moins écologiques que ce qu'on croyait ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Les éoliennes, une arnaque écologique ? C'est une tribune publiée sur le site du Figaro par Stéphane Bern qui a encore soufflé un vent de colère sur les énergies renouvelables. L'animateur de télévision y dénonce un "diktat éolien qui brasse du vent et ancre dans nos sols un véritable mensonge"

Soutenue par de nombreuses personnalités politiques, essentiellement à droite, cette tribune relance le débat sur la présence de ces édifices, pour certains, indésirables dans les campagnes françaises. Trop coûteuses ? Trop subventionnées ? Pas assez rentables ? Meurtrières pour la biodiversité ? Trop bruyantes ? Nous avons tenté d'éclairer ces quelques points avec Philippe Collet, journaliste à Actu-environnement.

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Les éoliennes sont-elles moins écologiques que prévu ?

Philippe Collet : "La question appelle une réponse plus nuancée. Il y a évidemment des intérêts environnementaux importants, mais c'est vrai aussi que dans certaines situations, l'éolien peut être polluant ou en tout cas avoir des impacts environnementaux négatifs. Le tout étant de faire en sorte de les réduire au maximum."

Est-ce vrai qu’une éolienne ne fonctionne que 25% du temps ?

Philippe Collet : "Ce n'est pas tout à fait ça. L'éolien fonctionne entre 75 et 95% du temps. En fait, elle ne fonctionne pas lorsque le vent est trop faible ou trop important. Par contre, si on regarde la capacité de production, c'est-à-dire la production d'une éolienne par rapport à sa capacité maximale, elle ne produit que 25% de sa capacité maximale, donc 25% de l'énergie qu'elle pourrait produire si elle était à plein régime tout le temps. Le vent n'est pas toujours à une vitesse optimale pour atteindre le plein régime."

Elles sont fabriquées en Chine avec des terres rares...

Philippe Collet : "Alors, on dit traditionnellement que la facture énergétique de l'éolien, c'est-à-dire l'énergie grise, qui est mise dans l'éolienne pour la fabriquer par rapport à ce qu'elle va produire, c'est un vingtième de l'énergie qu'elle produit durant 20 ans. Au bout de 1 an, elle a remboursé sa facture énergétique puisqu'au moment de la production, elle n'émet pas. Pour les métaux rares, ce n'est pas le cas. On n'utilise pas de métaux rares dans les éoliennes, pas massivement en tout cas."

En tout cas on ne les recycle pas...

Philippe Collet : "C'est vrai qu'une éolienne, si on prend depuis le socle jusqu'aux pales, il y a toute une partie qui se recycle bien sans problème. C'est de l'acier et du béton. En revanche, les pales d'éoliennes sont en matériaux composites. Là, il n'y a pas de filière de recyclage. Aujourd'hui, la solution qui est retenue, c'est en gros de les broyer et de les utiliser pour en faire du combustible de cimenterie. On pense que le marché va émerger dans les cinq années qui viennent. Avec à peu près 1 500 éoliennes à construire, il sera vraiment mature en 2030."

Les éoliennes présentent-elles un risque pour la biodiversité ?

Philippe Collet : "En gros, une éolienne tue entre 0 et 18 oiseaux par an selon la ligue de protection pour les oiseaux. C'est une moyenne qui ne veut pas dire grand chose. On dit qu'un chat sauvage tue 60 oiseaux par an, en comparaison. Il faut regarder les espèces et un certain nombre qui ne sont pas en très bonne santé sont impactés par les éoliennes, par exemple, certains milans, certains faucons qui sont des espèces protégées. La solution est surtout dans l'implantation des éoliennes. Évidemment, si on met des éoliennes à proximité de sites importants pour la faune, on va toucher les oiseaux plus durement."

La filière éolienne ne survit-elle que grâce aux subventions ?

Philippe Collet : "On a un éolien historique qui a été construit à un prix qui était un peu plus de 80 euros par mégawattheure. EDF vend les électrons aux auditeurs à 50 euros et le nucléaire historique coûte à peu près 42 euros. C'est vrai qu'on a un engagement de subventionner ces éoliennes de l'écart entre les 50 et les 80 et euros sur une période d'une quinzaine d'années. Après, si on regarde les éoliennes qu'on est en train de construire aujourd'hui, le système a changé. On a un système garanti qui finance l'écart entre un prix fixe et, de l'autre côté, le prix sur le marché. Et surtout, les prix ont sérieusement baissé. Les derniers appels d'offres pour l'éolien sont à des prix qui ont été de 66 euros en 2017. On est tombé à 60 euros en 2020. Pour les plus petits parcs qui passent par un autre système, on est à 70 euros."

Peut-on implanter des éoliennes n'importe où ?

Philippe Collet : "On ne peut pas mettre des éoliennes partout. Il y a beaucoup de réglementations sur les commissions départementales des sites, etc. Il faut l'avis des architectes de France lorsqu'on est à côté de monuments historiques. En revanche, ce qui est tout à fait vrai, c'est qu'il y a des zones qui ont été très largement équipées. Si on regarde la répartition des éoliennes en France, la moitié se situe sur deux régions qui sont les Hauts-de-France et le Grand Est. Aujourd'hui, il y a un nouveau système de planification. On va demander à toutes les régions avec les préfets de région, de trouver des zones favorables qui satisfassent à la fois les riverains, les associations, etc. en les répartissant mieux."

Les éoliennes provoquent-elles une pollution sonore ?

Philippe Collet : "L'Agence sanitaire française a étudié le sujet et elle a conclu qu'il n'y a pas d'impact du son. Aujourd'hui, on ne construit pas d'éoliennes à moins de 500 mètres d'un logement. Si on compare avec des bruits courants de la campagne,le bruit de l'éolienne est extrêmement faible. Par contre, il est lancinant et dans le vécu des gens, certaines personnes peuvent être impactées."

Est-ce qu’on construit vraiment de plus en plus d’éoliennes ?

Philippe Collet : "Non, on ne construit pas plus d'éoliennes. Quand on regarde les installations d'éoliennes en France, la capacité installée a atteint un pic qui était de 1,8 gigawatts en 2017 et depuis, elle n'a cessé de baisser. Et l'an dernier, on est tombé à 1,1. Donc, on a perdu 700 mégas de capacité installée annuelle sur les trois dernières années par rapport au pic de 2017. Et pour atteindre les objectifs fixés par la France dans la programmation pluriannuelle de l'énergie, il faudrait construire 2 giga. Donc, non seulement on en construit de moins en moins, mais en plus, on est loin des objectifs que se sont fixés les pouvoirs publics."

Est-ce vraiment l’énergie la plus propre ?

Philippe Collet : "C'est extrêmement compliqué d'y répondre. La meilleure électricité, c'est celle qu'on ne consomme pas et c'est plutôt une bonne nouvelle puisque en France, la consommation d'électricité baisse. Le pic de consommation était à 540 térawattheures en 2011 et l'an dernier, on est passé à 450 térawattheures, donc ça baisse tranquillement. C'est vrai que l'année dernière était particulière avec le Covid, mais malgré tout,vous voyez que c'est une courbe en dents de scie, mais en pente douce."

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