Avons-nous basculé dans une dictature sanitaire ?
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Résumé

Avons-nous basculé dans une dictature sanitaire ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

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Avec ce troisième confinement qui vient de débuter, est ressortie une fois de plus l'accusation de "dictature sanitaire". Une accusation qui vient de tous les bords, de droite comme de gauche, et qui dénonce l'emprise des médecins et des avis scientifiques sur les décisions politiques.

Autre dénonciation, celle de l'absence de vote à l'Assemblée nationale et la mise à l'écart d'un contrôle parlementaire de ces mesures sanitaires. Notre vie est-elle aujourd'hui, et pour un certain temps encore, conditionnée par les décisions de scientifiques non-élus et à qui on donne tout pouvoir pour régenter notre quotidien ?

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Nous avons posé la question à Stanis Perez, historien de la médecine et de la santé, co-auteur de Pandémies. Des origines à la Covid-19, avec Patrick Berche (Perrin, 2021).

Sommes-nous dans une dictature sanitaire ?

Stanis Perez : "Je pense que ce n'est ni une dictature, ni sanitaire dans le sens où les institutions sont là, la Constitution fonctionne, on a encore un Parlement et un Sénat. On a des débats sur les plateaux, dans les médias. Alors sanitaire… Elle est peut-être administrative, dans le sens où les médecins n'ont pas pris le pouvoir. Ce n'est pas un médecin qui est à la place d'Emmanuel Macron".

Est-ce que le conseil scientifique prend les décisions à la place du Président depuis un an ?

Stanis Perez : "Je ne pense pas que la personnalité d'Emmanuel Macron soit compatible avec une délégation totale de son pouvoir et je pense, qu'au contraire, on est dans la négociation perpétuelle. Mais ça, c'est normal. Je dirais que c'est aussi démocratique, même si on n'assiste pas 24 heures sur 24 aux délibérations du Conseil de défense ou aux réunions du comité scientifique. Il est normal que certaines décisions soient prises dans l'ombre. Ça ne veut pas dire qu'il y a des complots derrière tout ça, mais que les gens qui doivent décider, peut-être, ont besoin d'une prise de distance qui leur permette de prendre des décisions dans une certaine sérénité."

Pourquoi les députés n'ont pas leur mot à dire dans les décisions d'ordre sanitaire ?

Stanis Perez : "Je comprends que l'on puisse être étonné par le fait que l'Assemblée discute, vote, mais avec un vote qui n'a aucune incidence, les mesures qui ont été décidées en amont par le gouvernement. On appelle ça une chambre d'enregistrement, c'est-à-dire vous pouvez discuter, mais de toute façon, vous n'avez pas le pouvoir, vous ne pouvez pas changer les décisions qui sont déjà prises. Effectivement, ça semble être dictatorial, mais attention, en réalité, c'est l'esprit et la lettre de la Constitution qui est appliquée. L'État d'urgence a été voté par les parlementaires. Sa reconduction a été votée et sera sans doute votée par les parlementaires. Et tout d'un coup, ils ont l'impression ou ils donnent l'impression, ou ils veulent donner l'impression à leur électorat qu'ils découvrent que tout d'un coup, on est dans une phase de dirigisme. Ce que je pense, c'est qu'on sera obligé tôt ou tard, quand la crise sera terminée, de penser à un contrat sanitaire, un contrat sanitaire et social. C'est-à-dire, peut-être, introduire dans les dispositions législatives, dans la Constitution, des éléments qui permettent de cadrer l'éventuel retour d'une pandémie. Les pandémies reviennent de façon cyclique et, sans doute, le législateur aura un gros travail à faire pour mettre en place un contrat sanitaire qui, peut-être, aura comme vertu d'éviter de faire croire que parce qu'il faut porter un masque, c'est la dictature sanitaire."

Pourtant, on a placé la santé devant toutes nos libertés...

Stanis Perez : "Je pense que le fait de mettre la santé avant toute chose, comme certains le prétendent, n'est pas incompatible avec la liberté. La liberté, finalement, c'est aussi celle de se soigner. C'est aussi celle de vivre dans un certain confort, dans une certaine sécurité. Et c'est aussi, dans un système démocratique, de proposer à toute une population d'avoir accès aux soins. Imaginons qu’il n’y ait qu'une toute petite part de la population, prédéfinie, choisie par le gouvernement ou par un groupe de médecins pour avoir accès aux vaccins, pour avoir des masques. Alors, qu'est-ce qu'on dirait ? Si, effectivement, on décidait qu'il n'y ait que 10 000 personnes en France qui puissent être vaccinées en considérant que le reste de la population n'a aucun intérêt ? Effectivement, une politique globale peut donner l'impression que c'est du dirigisme administratif, qu'elle ressemble à une dictature. Mais une dictature, c'est aussi le fait d'avoir une élite privilégiée et on laisserait le reste de la population tomber malade et mourir sans lever le petit doigt."

À quoi peut ressembler une dictature en temps de Covid ?

Stanis Perez : "En temps de Covid, un comportement de dictature sanitaire, en tout cas un système dictatorial imposerait la vaccination. On irait chercher les gens chez eux pour les vacciner de force contre leur assentiment, contre leur volonté. Une dictature sanitaire, c'est par exemple une dictature qui pourrait ressembler à celle qu'a connue le Mexique dans l'entre-deux-guerres, à partir de cette fameuse grippe espagnole qui frappa durement le pays en 1917-1918, et des thèmes qui se sont mis en place ensuite dans le discours politique mexicain qui visait à une sorte de régénération, de renaissance du peuple mexicain. Mais derrière ces idées, on avait des concepts qui rappellent les grandes dictatures européennes des années 1930, où on était dans le nationalisme, dans une sorte de culte d'un homme idéal, avec un sang pur, avec une "pureté raciale". Je ne pense pas que le fait de souhaiter la santé collective puisse être comparé à un programme, qu'on qualifiait à l'époque d'eugéniste, c'est-à-dire de programme tout simplement raciste."

Est-ce que des médecins ou des savants ont déjà pris le pouvoir ? 

Stanis Perez : "Si on regarde dans l'histoire, l'histoire de la médecine ou même l'histoire de la profession de médecin, on ne peut pas vraiment parler de moment où les médecins aient pris le pouvoir. En réalité, on s'aperçoit que même au Moyen Âge, avec la peste ou lors des épidémies de choléra au 19ème siècle, ce sont les hommes de pouvoir, ce sont les hommes politiques qui continuent à tenir la cité, à tenir leurs États. Ils sont plus ou moins conseillés par des médecins, mais en réalité, dans une situation de crise, le premier réflexe d'un homme politique, c'est de dire : "Attention, on va peut-être me prendre une partie de cette autorité que j'ai si durement gagnée". Et donc, au contraire, le réflexe est souvent de garder en main ce pouvoir politique dans une crise qui, souvent, peut déboucher sur un émiettement et un effritement de la société. C'est aussi une manière de protéger la population que de montrer que l'État est présent, qu’il sait où il va et qu'il prend des décisions. Après, le bilan viendra pour savoir si ces décisions étaient adaptées, pour savoir si la population a été bien traitée. Mais on est encore dans la crise de la Covid-19. Elle n'est pas terminée, hélas. Et tirer des bilans d'ores et déjà, est très difficile."

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