Vitamine D, vin, herbe à pic, des remèdes contre le Covid-19 ?
Vitamine D, vin, herbe à pic, des remèdes contre le Covid-19 ?
Vitamine D, vin, herbe à pic, des remèdes contre le Covid-19 ?
Vitamine D, vin, herbe à pic, des remèdes contre le Covid-19 ?
Vitamine D, vin, herbe à pic, des remèdes contre le Covid-19 ?
Publicité
Résumé

Plusieurs remèdes sont mis en avant contre le Covid-19, vitamine D, vin, herbe à pic, etc. Mais que dit la littérature scientifique à leur propos ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

En savoir plus

Il ne se passe désormais plus aucune semaine sans qu'une équipe de chercheurs n'annonce avoir découvert un remède miracle pour traiter le Covid-19. Dernier en date, l'EXO-DC24 un médicament dont les scientifiques israéliens ont vanté l'efficacité, notamment sur les formes graves. 

D'autres essais présentent des résultats prometteurs, comme l'herbe à pic, bien connue dans les Antilles. Mais certains regardent aussi du côté des remèdes moins élaborés, comme la vitamine D ou même le vin.

Publicité

Pour passer en revue tous ces remèdes, nous avons demandé à Enrique Casalino, infectiologue, directeur médical de l'APHP, chef de service des urgence des hôpitaux Bichat et Beaujon.

La vitamine D est-elle un remède contre le Covid-19 ?

Enrique Casalino : "Il faut savoir que la vitamine D est un élément essentiel dans l’organisme. Elle participe notamment à notre capacité de réponse immunitaire. Lorsque la vitamine D est basse, les symptômes sont plus importants : fatigue, douleurs musculaires et toute une série de maladies. 

Le déficit de vitamine D à la fin de l'hiver est très important parce que la vitamine D se produit en s'exposant au soleil. Il y a aussi un déficit de vitamine D chez les personnes qui consomment de l'alcool, qui sont végétariennes ou végaliennes et les personnes âgées. Donc, le fait de démontrer que des personnes qui ont eu probablement plusieurs jours de maladie avant, qui ont des pathologies chroniques, ont un déficit en vitamine D. Ce n'est pas très surprenant.

Il vient d'être publié un premier essai randomisé bien conduit, avec des personnes avec qui ont eu la vitamine D et d'autres non. On démontre qu'il n'y a aucune différence. Corriger le déficit en vitamine D quand le malade arrive à l'hôpital ne sauve pas les patients. 

Mais le conseil qu'on peut donner, c'est un conseil de bon sens et c'est l'Organisation mondiale de la santé qui le dit : avoir une alimentation équilibrée avec des produits riches en vitamines D. Il faut avoir une hygiène de vie, s'exposer au soleil et éviter les déficits en vitamine D."

Le vin peut-il aider à lutter contre le Covid-19 ?

Enrique Casalino : "Je ne dirais pas qu’on peut guérir ou prévenir la maladie avec le vin. Dans le vin, il y a des polyphénols. L'acide tannique est un polyphénol. C'est ce qui donne ce caractère à certains vins, ce côté tannique. Les polyphénols sont des protecteurs cellulaires.

Donc si on regarde sous cet angle, le vin pourrait avoir un intérêt. Il n'y a rien qui prouve que ce soit vrai pour le Covid, ni aucune maladie infectieuse. À l'opposé, nous savons que même des doses minimes de vin ont une toxicité. L'alcool, avec le tabac, ce sont les principaux producteurs de cancer. Dans l’équilibre des deux, il est inimaginable aujourd'hui de conseiller aux personnes parce qu'il y a un élément théorique qui pointerait dans ce sens de favoriser la consommation d'alcool."

L’ivermectine est aussi beaucoup citée comme remède potentiel…

Enrique Casalino : "L'ivermectine a été incroyablement consommée dans beaucoup de pays, au Brésil, au Pérou, au Chili, en Argentine. Il y a eu des consommations de quantités astronomiques, en dose préventive. Les personnes s'injectaient une fois par semaine l'ivermectine. Ils utilisaient l'ivermectine en version vétérinaire, ce qui est formellement contre-indiqué parce que la préparation d’une molécule pour l’homme est beaucoup plus rigoureuse.

Ces études observationnelles, qui ont un intérêt préliminaire, ne confirment pas l’utilité de l'ivermectine lorsqu'elles sont “poolées” : il y a 100 patients par ici, et 200 patients dans une autre étude, on les accumule et on arrive à faire plusieurs milliers de patients. La conclusion, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas d’argument pour en donner."

Des médecins israéliens parlent de l’EXO-CD24 comme d’un remède miracle…

Enrique Casalino : "Dans la littérature scientifique, il n'y a pas grand chose. Beaucoup de ces molécules sont des anticancéreux ou des médicaments qui ont été développés dans d'autres indications, par exemple les antinicotiques. 

On a donné un médicament à un patient parce qu'il avait une infection, ou un cancer, et tout d'un coup, on observe une amélioration chez quelques patients. Dans ces études, il n'y a pas de groupe contrôle. 

Ces données sont importantes, ça veut dire qu'un médecin a eu un flash, il a vu quelque chose. Mais l’erreur, c'est de dire : “Moi, je suis convaincu que ça marche, donc, faites comme moi”. Ce n'est pas acceptable parce que ça crée des distorsions. Les patients se considèrent comme protégés alors qu'ils ne le sont pas."

Un spray nasal développé en France promet de tuer 99 % des virus dans le nez…

Enrique Casalino : "Le problème, c'est qu'on ne sait pas exactement ce que ça signifie de tuer 99 % des virus dans le nez. Si vous avez des sécrétions nasales et que vous vous mouchez, vous allez éliminer 99 % des virus qui sont dans votre nez. Donc, il peut y avoir des effets mécaniques, mais ça ne veut pas dire que ça bloque la multiplication du virus.

Il n'y a des traitements en sprays nasaux qui sont développés et testés actuellement en France avec des interférons. L'interféron est un élément-clé dans les mécanismes de défense vis-à-vis des infections virales. On administre de l'interféron pour bloquer la multiplication virale, optimiser les mécanismes de défense de votre organisme. Ça, ça a du sens.

Si c'est simplement mécanique, par exemple mettre beaucoup d'alcool dans le nez, ça va tuer les virus. Mais les virus continuent à se développer derrière et une heure après, vous avez la même quantité qu'avant. Ça n'a pas beaucoup de sens."

En Guadeloupe, c’est l’herbe à pic qui attire l’attention ces derniers jours…

Enrique Casalino : "Je pense qu'il manque beaucoup de travail parce que j'ai regardé dans la littérature scientifique et je n’ai pas trouvé le nom des molécules éventuellement incriminées, ni des études scientifiques sur le sujet. 

Il y a une énorme pharmacopée issue de la botanique qu’il ne faut pas dévaloriser. Le traitement contre le paludisme, qui a permis de guérir une des centaines de millions de personnes dans le monde, c'est la quinine. Donc, je ne méprise pas ces solutions qui pourraient venir des plantes. Mais il ne suffit pas de dire “c'est bon, achetez-le et prenez-le”. Il faut démontrer par un processus que ça pourrait avoir un intérêt avant de la distribuer en grand nombre."

Faut-il être méfiant quand on nous parle de médicament miracle ?

Enrique Casalino : "Chaque fois qu'on nous regarde une bonne nouvelle, il faut avoir l’esprit critique et ne pas tomber dans une espèce de sens magique. Dès qu'il s'agit de traiter des personnes, je ne peux pas vous donner un médicament dont l'efficacité n'a pas été démontrée. 

Cela va nécessiter plusieurs milliers de patients, un groupe de patients qui prennent la molécule et un groupe de patients qui prennent un placebo. Il faut que ni le patient, ni les familles des patients, ni les médecins ne sachent qui a reçu quelle molécule pour ne pas biaiser les résultats et ainsi pouvoir évaluer si cette molécule a un intérêt."

Pour Android et autres applications : abonnez-vous avec le fil RSS.
Sur iTunes et téléphones Apple : abonnez-vous ici