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Bernard Arnault (LVMH) vient d’ajouter Le Parisien à sa principauté médiatique, qui comportait déjà Les Echos et Radio Classique. C’est petit bras, si on compare avec le royaume du directoire Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre Berger leurs provinces comportent Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama, Courrier International, Les Inrocks, Rue 89 et Huffington Post. Le roi Patrick Drahi a tout récemment mis la main sur Libé, L’Express et Stratégie il contrôle aussi BFM-TV, RMC et i24.

Mais le cas le plus médiatique est celui de** Vincent Bolloré** .

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Vincent Bolloré aux Guignols
Vincent Bolloré aux Guignols
© Radio France - V. Bolloré

Dans son cas, on peut véritablement parler d’empire. Voilà un businessman qui a affiché d’emblée ses ambitions – créer « un groupe industriel intégrés dans les contenus » avec l’idée qu’en les faisant fonctionner tous ensemble, les uns emboîtés dans les autres, on peut gagner beaucoup d’argent. Pardon, qu’en « combinant toutes ces activités, il est possible de dégager beaucoup plus de valeur. »

Bolloré pris à la hussarde le contrôle de Havas dont il a revendu récemment une partie du capital. Il a eu le culot de vendre SFR à Altice Numericable (Patrick Drahi) à la barbe d’Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, qui soutenait l’offre de Bouygues. Bénéfice : autour de 17 milliards. Ca permet de voir venir. Lui réinvestit immédiatement : 80 % de Dailymotion , le seul vrai concurrent de l’Américain Youtube. Il vient de « monter », comme on dit au capital de deux des fleurons français des jeux vidéo, Ubisoft et Gameloft. Mais Bolloré est surtout, avec Vivendi, le patron de Canal + et d’Universal Music Group (40 % du marché mondial de la musique…). Ne croyez pas que Bolloré, en vendant SFR, ait renoncé à être présent dans les télécoms. Il a réinvesti 3 milliards dans Telecom Italia et possède un certain nombre d’autres opérateurs téléphoniques à travers le monde.

La stratégie consistant à créer des synergies entre propriétaires de tuyaux et créateurs ou propriétaires de contenus n’est pas une marotte française. On la voit partout à l’œuvre. AT&T, numéro 1 du mobile aux Etats-Unis a ainsi fusionné avec le bouquet Direct TV. En réalité, tout le monde parie sur le fait que** la télévision va basculer sur le Net** , en passant du hertzien à la fibre optique. Les nouvelles générations veulent contrôler à tout moment ce qu’elles ont envie de regarder, au lieu de subir un programme conçu en fonction d’une grille. Si les opérateurs veulent garder le contrôle des contenu s et surtout les faire payer, quoi de plus simple que de les produire eux-mêmes.

En outre, tout ce petit monde s’inquiète de voir les oligopoles du numérique, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple)** viser directement le consommateur, en diffusant des contenus qui ne leur coûtent rien** . Youtube appartient déjà à Google, qui ne va pas tarder à rentabiliser cet achat, en faisant payer un abonnement pour l’accès à certains contenus. Quelle différence avec un bouquet de chaînes de télé ?

Vous me direz : tout ça rappelle quelque chose. Un certain Jean-Marie Messier, moi-même, maître-du-monde , avait fait le même pari : contrôler toute la chaîne des médias, en créant, entre ses maillons, des synergies depuis Universal (déjà) et Vivendi Games jusqu’à Canal + et Cegetel (actuel SFR), en passant par un groupe dans l’édition. On se souvient comment l’aventure a fini. Le groupe était grevé d’une dette de 35 milliards, quand le mécano s’est écroulé. Les synergies escomptées n’avaient pas joué.

Bolloré peut-il réussir là où Messier a échoué ? Celui-ci était-il trop en avance ? Faut-il ou non se réjouir de voir émerger un groupe français de cette envergure ? Et quelles sont ses chances face aux géants du numérique ?

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Brice Couturier
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