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« Si la France mourait de mort naturelle , si les temps étaient venus, je me résignerais peut-être, je ferais comme le voyageur d’un vaisseau qui va sombrer, je m’envelopperais la tête, et me remettrais à Dieu… Mais la situation n’est pas du tout celle-là, et c’est ce qui m’indigne notre ruine est absurde, ridicule, elle ne vient que de nous. » Dans la préface, son livre Le Peuple , Jules Michelet inaugure, en 1846, un genre littéraire promis à un bel avenir : l’avertissement au peuple français d’avoir à se réformer sous peine de disparaître. Chacune de nos défaites, et elles furent nombreuses, donna naissance à des vagues de mises en garde, dont les plus fameuses demeurent La réforme intellectuelle et morale de Renan et L’étrange défaite de Marc Bloch. Les relire l’une et l’autre.

Certes, nous n’avons pas encore perdu la guerre contre l’Etat islamique, al Qaïda et les autres centres de conspiration djihadistes qui rêvent d’exporter chez nous la guerre civile qui conspirent à étendre jusque chez nous leur califat tyrannique et sanglant. Mais nous avons pris conscience que la lutte serait longue et difficile.

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Certaines familles refusent de participer à l’hommage national aux victimes qui sera rendu aujourd’hui aux Invalides. Jean-Marie de Peretti, père d’Aurélie, assassinée au Bataclan, accuse les pouvoirs publics de n’avoir donné aucune suite aux manifestations monstres de janvier. « Hormis des annonces, rien de concret », dit-il. Certains s’étonnent de cette cérémonie. Les Invalides , comme le dit Patrick Garcia, c’est un lieu de mémoire destiné à célébrer la bravoure militaire. Face au Panthéon, consacré, depuis la Révolution, aux grandes figures de la République, les Invalides ont longtemps incarné une mémoire de droite. C’est l’autre temple de la mémoire nationale, il est destiné à commémorer l’héroïsme de ceux qui ont donné leur vie pour la nation.

C’est donc en toute connaissance de cause que François Hollande signifie, par ce geste, que les victimes des attentats du 13 novembre doivent être considérées comme des victimes de guerre . Voilà qui devrait alimenter le débat sur la nature ou non guerrière des attentats.

A ce même micro, en janvier, je m’étais fait vertement rappelé à l’ordre par l’ensemble des invités pour avoir prononcé ce mot – guerre . Au motif que l’état de guerre implique des restrictions aux libertés publiques et le déploiement des forces armées, une exaltation patriotique préjudiciable à l’esprit critique, et surtout la désignation d’un ennemi, j’avais été prié de rengainer ma « rhétorique martiale »…

Comme après les attentats de Charlie et de l’hypermarché casher,** les Bisounours** n’ont pas tardé à revenir sur les lieux du crime. Ils dénonçaient, hier, comme « racistes » et « islamophobes », les lanceurs d’alerte qui avaient prédit ce qui nous arrive. Ils nous exhortent aujourd’hui à faire preuve de compréhension envers les massacreurs, de tolérance envers ceux qui nous ont déclaré la guerre. Ils nous incitent à la retenue et prétendent opposer leur volonté de paix aux monstres froids qui viennent de massacrer 190 des nôtres. Ils rêvent d’un combat sans haine et - pourquoi pas ? - d’une guerre non-violente… On ne choisit pas son ennemi, c’est lui qui vous désigne. Ensuite, on est libre de se défendre ou de lui céder.

'L'Etat islamique"
'L'Etat islamique"
© Radio France - Daesh

Pierre Hassner résumait en ces termes, l’évolution de la guerre, à l’aube du XX° siècle : « A un bout, une guerre essentiellement technique, voire virtuelle : il deviendrait inutile de détruire l’adversaire, il suffirait de l’aveugler et de le paralyser. A l’autre bout, une politique essentiellement criminelle. Il s’agit moins de vaincre que de détruire ou de chasser. (...) ** Il y a un continuum entre la criminalité organisée, le terrorisme et la guerre civile.** » Mais, avertissait-il, la dialectique nouvelle du « bourgeois et du barbare » ne doit pas laisser penser que nos sociétés « bourgeoises » seraient à l’abri et pourraient contempler de loin les désastres chez les autres : « Les réseaux de trafiquants, d’une part, les masses de réfugiés suscités par la violence et refluant vers le Centre où ils alimentent les réactions de repli xénophobe, d’autre part, rendent la séparation des deux mondes illusoires. » (Des scorpions aux caméléons, 1997, p. 396)

La guerre à la terreur est une autre sorte de guerre que celle des tranchées ou de la bataille de chars. C’est une nouvelle sorte de guerre, mais c’est bel et bien une guerre.

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Brice Couturier
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