France Culture
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C’est en 2007 qu’a été fondé, en Allemagne, le premier conseil central des ex-musulmans . Il était dirigé par deux femmes : Mina Ahadi , chassée de l’université de Téhéran pour avoir refusé de se voiler et Arzu Toker , née en Turquie, qui vient de publier un essai au titre en forme de proclamation : « Kein Schritt zurück ». Traduction : « pas un pas en arrière ».

Dans les mois qui ont suivi, de telles associations ont été créées dans plusieurs pays d’Europe : le centraal Comité voo Ex-moslims néerlandais, présidée par Ehsan Jami, politicien exclu du parti travailliste pour avoir comparé Mahomet à Hitler, et Afshin Ellian , un brillant universitaire et éditorialiste, qui a fui l’Iran. Aujourd’hui, il existe de tels conseils dans la plupart des pays d’Europe occidentale, en particulier, en Grande-Bretagne et maintenant, en France.

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Mais force est de reconnaître que leur présence dans le débat public en Europe est des plus discrètes . D’abord, parce qu’ils ont essuyé des menaces, quand ce ne furent pas des agressions physiques directes : il n’est pas bon de se proclamer ouvertement apostat quand on est né dans l’islam, en Iran, bien sûr, mais même en Grande-Bretagne... ou en France. Martine Gozlan relève que « la plupart des Françaises qui témoignent à la tribune du conseil des ex-musulmans demandent l’anonymat par peur des représailles. » (103) En plein Paris !

L’opprobre tombe sur toute la famille , car comme le dit un jeune homme interviewé par vice.com, « souvenez-vous que les familles viennent en premier et que l’abandon de l’islam est autant un problème pour elles que pour vous ». Plus que la peur d’être persécuté, ce qui dissuade de nombreuses personnes de confesser publiquement la perte de leur foi musulmane, c’est l’argument de la trahison des siens, de sa famille, de sa communauté.

Paradoxalement, comme en témoigne un essayiste britannique d’origine immigrée, Kenan Malik, les autorités politiques, dans de nombreux pays européens, aggravent ce phénomène, par préjugé culturaliste. En tout immigré venu d’un pays dominé par l’islam, ils veulent voir un musulman,** l’assignant ainsi à sa supposée « communauté » d’appartenance** , comme s’il ne désirait pas être reconnu d’abord comme un individu, comme un citoyen, libre de faire son chemin dans la société d’accueil.

L’institut de sondage Pew Research Center a procédé, l’an dernier, à un sondage sur la question de l’apostasie dans les pays musulmans. A la question : croyez-vous que le fait de quitter l’islam doive justifier la peine de mort , 78 % des Afghans ont répondu : oui, ainsi que 64 % des Egyptiens et des Pakistanais. Les chiffres sont encore de 53 % en Malaisie, et de 36 % au Bengladesh. Et tout récemment, le Conseil des Oulémas du Maroc a recommandé l’application de la peine de mort pour les musulmans tentés de quitter l’islam. Il a fait savoir – je cite – que « les Marocains musulmans ne sont pas concernés par la liberté de conscience , qui ne peut être reconnue qu’aux croyants des autres religions monothéistes ». C’est trop gentil.

Certains témoignages de musulmans qui ont eu l’audace de vouloir se convertir à une autre religion ont subi des persécutions inouïes. Le récit Mohammed Moussaoui, converti au catholicisme sous le nom de Joseph Fadelle, et désormais réfugié en France, « Le prix à payer », en témoigne. Lire aussi « Ma vie à contre-Coran » de Djemila Benhabib, qui raconte comment elle a échappé à la tyrannie islamiste en Algérie elle vit désormais au Canada.

Si l’islam veut réussir son entrée dans la modernité, il lui faut reconnaître la pleine liberté de conscience et de parole et cesser de menacer ceux qui le critiquent, de l’intérieur ou de l’extérieur. Mais pour ce faire, il faudra que l’islam se résigne à devenir… une religion et seulement une religion. Aux yeux de certaines autorités, il est bien plus que cela – un système de vie entier, impliquant un droit, une morale, une organisation sociale.

Quant aux démocraties libérales, elles devraient protéger mieux qu’ils ne le font parfois, la liberté de conscience de leurs citoyens, plutôt que de se ranger peureusement derrière les entrepreneurs communautaires qui prétendent parler au nom de personnes qui ne les ont pas démocratiquement désignées. Un pays comme la Grande-Bretagne est en train de découvrir qu’il est tombé dans ce piège.