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Dans le monde qui est le nôtre, celui de la modernité libérale, il n’existe pas d’autorité à laquelle on reconnaisse le droit de proclamer et de maintenir des valeurs universellement reconnues, pas d’autorité dont les jugements soient susceptibles d’être acceptés par tous. La multiplicité des points de vue est une caractéristique de la modernité, écrit ainsi le RP jésuite Christoph Theobald dans un article consacré à Vatican II, publié ce mois-ci dans la revue Etudes. Et d’en tirer la conclusion que l’Eglise catholique doit s’y adapter, en admettant, de son côté, « la pluralité de l’expression de l’Esprit saint ».

Bref, le pluralisme étant l’esprit même de l’époque, l’Eglise catholique doit se mettre au diapason et renoncer à proclamer une vérité une.

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C’est une des versions possibles. Mais il existe une autre direction de recherche, qui partant du même constat, en déduit, au contraire, qu’il faut se mettre en quête d’une éthique universelle.

Explication. Comme le prédisait Max Weber au lendemain de la Première guerre mondiale, nous sommes entrés dans une ère où l’accord entre les individus et le sociétés sur les buts généraux à atteindre est devenu impossible. Chacun de nous est obligé de choisir entre des valeurs qui, en dernière analyse, se révèlent incompatibles les unes avec les autres. C’est ce que le grand sociologue a baptisé « **la guerre des dieux ** ».

Mais du coup, le conflit entre les « visions du monde », dont on a beaucoup parlé dans les années 30, s’est traduit par des luttes à mort , chacun se montrant fanatiquement acharné à faire triompher son propre système de valeurs.

C’est pourquoi, après la Seconde Guerre mondiale, il y eut ce retour assez étrange à l’idée de droit naturel que porta, en philosophie, un Leo Strauss . Certes, disait Leo Strauss, les sociétés et les cultures divergent sur la manière d’appréhender les distances – certains utilisent le système métrique et d’autres pas, sur la manière de mesurer le temps, et encore plus sur les façons de comptabiliser la richesse. Mais ces « dispositions » prises par chacune d’elles, si elles divergent – les kilomètres ne sont pas des miles et les dollars ne sont pas des livres -, ne se contredisent pas mutuellement et surtout, elles ne renversent pas le caractère universel des idées de distance, de temps et de richesse.

D’où le besoin d’un retour à l’idée de loi naturelle qui est commune au christianisme (via Thomas d’Aquin) et à certains philosophes de la modernité libérale, en particulier John Locke . Locke, qui la définissait ainsi : « la loi naturelle est une règle éternelle pour tous », car elle est « évidente et intangible pour toutes les créatures dotées de raison ». Nul besoin donc de Révélation. La Loi naturelle est inscrite au cœur de chacun en tant qu’être humain.

On peut admettre que, face à la menace du « clash des civilisations » , nous nous trouvions dans une situation qui exige que les religions, les spiritualités et les sagesses profanes se mettent d’accord sur une éthique universelle . Plutôt que d’épouser la pente du relativisme qui est, en effet, celle de notre époque et qui voudrait que les religions ne proclament que des vérités divergentes, s’efforçant d’être en accord avec l’esprit du temps – se condamnant d’avance à en changer au gré des modes -, pourquoi ne pas tenter de s’accorder au contraire sur quelques vérités morales communes et éternelles ?

Comme l’écrit le Père Serge Thomas Bonino , théologien thomiste, « il y a des valeurs fondamentales qui se présentent comme des absolus et jouissent d’une certaine universalité transculturelle. » Et de citer en exemple l’interdiction des sacrifices humains, ou le respect des minorités. Et Bonino conclut : « il est donc légitime de partir à la recherche d’une éthique universelle ». Car la vérité existe. Elle n’est pas fonction de nos caprices et de nos envies. Et les religions tentent, à leur manière de s’en approcher.

Je me demande si, en se croyant dans le prolongement de Vatican II pour prôner la légitime « multiplicité des points de vue », plutôt que d’appeler au dialogue pour une éthique universelle, une partie des catholiques ne sont pas en train de se tromper d’époque… Le pluralisme, nous l’avons déjà. Ce qui nous manque, c’est le monde commun .

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Brice Couturier
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