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Il y a urgence.** L’exaspération de l’électorat devant l’indigence des politiques est telle qu’il risque à tout moment de renverser la table** . C’est ce que montrent depuis longtemps les sondages.

L’un des derniers en date, réalisé par l’IFOP, donne froid dans le dos : 40 % des sondés seraient prêts à tolérer un « gouvernement d’experts non élus », « quitte à alléger les mécanismes du contrôle démocratique », s’il était capable de mener dans l’urgence les réformes susceptibles de débloquer l’économie et de ramener le plein emploi. Nous n’avons pourtant pas perdu une guerre et le territoire national n’est pas occupé. Pourquoi une partie de nos compatriotes est-elle prête à confier les rênes à un quelconque Pétain, doublé d’un quelconque Darlan... Par bonheur, nous n’avons pas sous la main ce type d’homme providentiel. Mais** le temps presse** .

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Et nous sommes las des propos de tribune, comme des petites phrases à l’usage des chaînes d’info en continu, est en train de passer. C’est pourquoi je vous épargnerai la citation visant Sarkozy dans le livre d’Alain Fillon, Faire . D’autant que, dans l’ensemble, l’auteur se montre assez clément envers son principal rival pour l’investiture de la droite et du centre aux présidentielles.

En commençant le livre de François Fillon, on a le sentiment d’avoir à faire au Lénine du néo-gaullisme. Depuis son exil zurichois, le chef du parti bolchevique publiait en 1902, un ouvrage posant les bases de l’organisation révolutionnaire capable de ramasser le pouvoir en Russie, « Que faire ? » François Fillon, à sa manière, annonce un programme qu’il n’hésite pas à qualifier de « radical », « en raison du retard que nous avons accumulé ». A la différence de ses rivaux, qu’il accuse de cacher aux Français la vérité sur l’état réel de nos finances, il promet, lui, de ne pas nous ménager. On lui a reproché un discours churchillien , - « je dirige un Etat en faillite » ou « je vous promets du sang et des larmes » - peu adapté à la conquête du pouvoir en temps de paix. Voyons ce qu’il en est.

Fillon : Faire
Fillon : Faire
- François Fillon

S’il est élu, le Parlement sera réuni tout l’été en session extraordinaire, afin de** voter dans l’urgence l’abrogation des 35 heures, la retraite à 65 ans et la simplification du Code du travai** l. Le RSA, la prime pour l’emploi, l’allocation spécifique, le minimum vieillesse et quelques autres seront remplacées par une allocation sociale unique , attribuée par un seul guichet. L’impôt sur la fortune sera supprimé. A la mi-septembre, vous convoquez un référendum , afin d’inscrire dans la Constitution (p. 206) le principe selon lequel le niveau de l’immigration dépendra dorénavant de nos capacités d’accueil et d’intégration. Vous vous prononcez pour une politique de quotas . Vous proposerez aux électeurs, au cours du même référendum, de se prononcer également pour la réduction du nombre de députés à 400 et de sénateurs 200 , ainsi que la fusion des départements dans les régions. Mais vous avez en vue d’autres référendums, afin notamment de remplacer le principe de précaution par un principe de responsabilité, favorable à la liberté d’innover. (129) Car vous êtes favorable à l'innovation technique et au progrès.

Excusez-moi, mais tout cela n’est guère révolutionnaire. Ce qui l’est peut-être davantage ? L’annonce d’un effort sans précédent de rétablissement de nos finances publiques , que vous chiffrez à 110 milliards d’euros au cours du quinquennat 2017-2012. L’essentiel devrait provenir, si l’on vous suit bien, d’une forte réduction de la masse des employés publics. Mais comme, vous évoquez également une revalorisation – au mérite – du traitement des enseignants, on se demande où trouver tout cet argent… Une hausse de la TVA , dites-vous. Serait-ce suffisant ? D’autant que vous vous proposez de rayer d’un trait de plume quantité de petites taxes, imaginées par Bercy pour ponctionner les entreprises et les artisans. Allez-vous nous faire** le coup de la rigueur en trompe-l’œil** , par rapport non pas aux dépenses de l’année précédente, mais à leur « progression naturelle » ? C’est ce que vous laissez entendre. (p. 102)

Finalement, le libéralisme radical, dont vous vous réclamez, et dont l’idée fait son chemin dans l’opinion, se révèlerait plutôt réformiste, en comparaison de celui d’un Emmanuel Macron. Mais comme disait Lénine, « là où il y a une volonté, il y a une chemin ».