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A la fin de cette année, Newsweek, légende de la presse américaine, fondé en 1933, sera absent des kiosques . Définitivement. C’est ce qu’a annoncé sa directrice actuelle, la géniale Tina Brown, auteure de l’archi-snob, Life as a Party. Celle qui a réinventé entièrement Vanity Fair, puis le New Yorker. Une des plus extraordinaires directrices de magazine de la planète. Malgré son talent, Newsweek a perdu la moitié de ses lecteurs en vingt ans, ce qui se traduit par un déficit annuel de 16 millions d’euros. Il va tenter de retrouver un équilibre financier, disons une survie, en basculant sur le net, « from the print to the web », comme on dit de plus en plus souvent… mais au prix de nombreux licenciements de rédacteurs. Ce qui se traduira inévitablement par un moindre intérêt du titre, et donc un moindre attrait pour les lecteurs. Le cercle vicieux désormais trop connu.

Jusqu’à présent, la crise de la presse, aux Etats-Unis, avait surtout frappé des quotidiens régionaux , ceux qui vivaient grâce au marché local d’une grande métropole. La chute de Newsweek constitue un terrible symbole. Certains qui parlaient de « la fin des journaux » parlent maintenant de fin de la presse écrite sur du papier.

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Robert G. Picard, un des meilleurs spécialistes au monde de l’économie de la presse use d’une formule simple et brutale pour résumer la situation : « les journaux sont des produits vieillissant qui font face à une demande déclinante parce que d’autres produits comportant des informations ont été lancés qui remplissent mieux leur mission aux yeux des consommateurs. » L’individualisme, l’effritement des idéologies, le moindre intérêt pour la politique, la manière dont beaucoup de journalistes se sont mués en donneurs de leçons, tous ces facteurs contribuent à dissuader le consommateur de dépenser de l’argent et du temps à s’informer.

En fait, prétendent de nombreux spécialistes, comme Bernard Poulet, le déclin des journaux avait commencé avant l’arrivée d’internet . Le nombre de titres ayant baissé, l’intérêt déclinait. Le lectorat vieillissait. Internet n’a fait qu’accélérer des évolutions qui étaient en cours.

Peut-on sauver la presse écrite payante ?

Plutôt que de se désoler et d’atteindre dans l’angoisse la fin du monde en réclamant toujours plus d’aides publiques, autant regarder ce qui marche ailleurs, afin de s’en inspirer.

Prenons le cas de la presse allemande et scandinave . Elle subit, elle aussi, bien sûr, la concurrence d’internet. Mais elle a mieux vu venir la crise et a tenté d’y faire face. Notamment, en se donnant les moyens d’aller recruter ces jeunes lecteurs – ceux qui renâclent de plus en plus à admettre que l’information de qualité a un prix. La Süddeutsche Zeitung comporte un magazine destinés aux jeunes et centré sur leurs centres d’intérêt. Surtout, elle offre une diversité et une qualité inconnues en France : 3,7 fois plus de titres de quotidiens qu’en France une presse régionale d’une densité exceptionnelle. Elle a édité des classiques de la littérature, des DVDs (la collection Klavier Kaiser est une référence dans le domaine du piano), toute une cinémathèque en DVDs. Et surtout, la presse allemande résiste mieux que la nôtre parce qu’elle beaucoup mieux distribuée : trois fois plus de points de vente par habitant que chez nous : 1 et demi pour mille.

Chez nous, au contraire, il semble que la faiblesse de la distribution accélère le déclin de la presse papier. Si l’on s’appuie sur les chiffres fournis par les marchands de journaux, l’érosion des ventes est continue. (- 2,9 % en 2007, - 5 % en 2008, - 7 % en 2009, - 6,4 % en 2010, - 5,5 % en 2011 et 2012 s’annonce très mauvaise, malgré la période électorale). Si la chute continue à ce rythme, on peut parier sur une disparition pure et simple de la presse papier. Le basculement sur internet est-il la solution ? La révolution des tablettes numériques a, en tous cas, rendu la lecture des quotidiens et magazines à nouveau très attractive. Et certaines stratégies se révèlent payantes. Le Monde a vu revenir les annonceurs grâce à son supplément du week-end, M le Magazine » Le Figaro aussi voit ses budgets publicitaires tirés par ses suppléments de fin de semaine. « La presse sélective et haut de gamme s’en sort plutôt mieux », relève Sophie Renaud d’Aegis Media France.

Alors. Y a-t-il un espoir pour notre bon vieux journal ? Et Nicolas Demorand dispose-t-il de nouvelles recettes pour sauver Libération, dont les ventes s'effondrent ?

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Brice Couturier
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