France Culture
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Vous aviez déjà alerté l’opinion éclairée sur une réalité passée inaperçue, Laurent Davezies , dans un précédent essai également paru dans l’excellente collection « La République des idées » : si l’on observe les évolutions en prenant pour cadre non plus la nation, mais ses territoire, la création de richesses et les revenus sont désormais déconnectés. D’ailleurs, la somme des salaires versés par le service public et des prestations sociale, en France, est désormais supérieure à la somme des salaires versés par secteur privé . Et ce dans toutes nos régions. C’était dans « La République et ses territoires », en 2008.

Dans votre nouvel essai, « La crise qui vient », vous mettez en garde les décideurs politiques : si la crise de 2008 – 2009 a pu être « amortie » en France , grâce à la progression de l’emploi public, à celle des prestations sociales et à l’effort consenti par les entreprises privées, qui ont globalement maintenu l’emploi et les salaires, malgré la dégradation de leurs marges, cette situation ne saurait perdurer. Oui, nos amortisseurs ont bien fonctionné alors, et malgré la crise, la France est l’un des rares pays d’Europe où le Revenu Disponible Brut a augmenté (de 2,2 %) entre 2008 et 2009. Mais, relevez-vous, de manière inégale selon les régions. L’ouest et le sud, les grandes métropoles ont bien protégé leurs habitants mais le Nord-Est, le Limousin en ont bavé. Et surtout : « ce sont les territoires les moins productifs du pays qui ont enregistré les meilleures progressions en termes de revenus. » (p. 104)

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Or, ces largesses, la crise de la dette publique ne nous les autorise plus . Les dépenses publiques en France, l’an prochain, vont dépasser les 56 % du PIB ce qui est très supérieur à la moyenne de la zone euro (d’environ 25%, d’après vos estimations). Elles ont atteint un seuil qui ne saurait être dépassé et surtout, la croissance française ne peut plus reposer sur une consommation financée à crédit .

« D’une façon ou d’une autre, nous allons assister à la rétractation de ce qui a été le principal mécanisme de réduction des inégalités territoriales dans le passé : les dépenses publiques et sociales », écrivez-vous. (p. 62)

Un cycle s’achève, celui où les régions productrices de richesses acceptaient volontiers de contribuer au maintien à flot de celles qui sont en déshérence.

Du coup, certaines régions peuvent s’attendre à souffrir : celles qui dépendent le plus des dépenses publiques et sociales et en particulier, ces** territoires non marchands dynamiques** , comme l’Aquitaine, le Languedoc-Roussillon, le Poitou-Charente et la Bretagne, où sont établis 44 % des chômeurs du pays et dont la population est fortement dépendante des pensions des retraités et de l’argent du tourisme.

Ce qui se passe en ce moment en Flandre belge , avec la victoire électorale des autonomistes, en Catalogne , le référendum d’autodétermination de l**’Ecosse** montrent que les provinces riches sont de plus en plus tentées par le repli égoïste au détriment de l’intérêt collectif des vieilles nations.

Tant que la direction de l’Etat appartenait à la droite et la gestion des régions à la gauche, on pouvait voir dans les remontrances envers les largesses des collectivités locales la recherche d’un « bouc-émissaire » (Alain Rousselet).

Aujourd’hui que le gouvernement et les régions sont à l’unisson, il va bien falloir commencer à tailler dans les dépenses improductives .

Car celles-ci sont colossales si l’on en croit le dernier livre du député de gauche René Dosière . Nos 36 700 communes, en particulier, ont continué à embaucher à tour de bras, alors même qu’elles se déchargeaient d’une partie de leurs compétences auprès de communautés de communes qui, elles aussi, ont beaucoup embauché. Certes, créer de nouveaux postes dans la fonction publique territoriale a pu être un moyen de faire face à la crise. Mais l’addition est salée en termes d’impôts locaux.

Et le temps est venu de créer des entreprises créatrices de valeur, plutôt que de multiplier des agences de promotion de l’économie locale . On cite le cas de l’Auvergne, qui compte 30 organismes publics voués à la promotion économique, mais où les entreprises privées ne se bousculent pas pour investir…