France Culture
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Le gouvernement ayant de plus en plus de mal à rassembler une majorité de gauche au Sénat, il pourrait être tenté de s’appuyer sur certains sénateurs UMP et d’abord sur vous, Jean-Pierre Raffarin.

N’avez-vous pas écrit sur votre blog avant-hier : « Pour être crédible, après ses vœux, le président doit annoncer une baisse significative des charges des entreprises et des impôts des familles. Et pour financer ces allègements, il doit annoncer des économies dans l’appareil d’Etat . » Hé bien, vous avez été entendu : les prestations familiales, dont la logique veut qu’elles ne soient pas financées par des cotisations pesant sur le travail, vont cesser de l’être. Nicolas Sarkozy en avait parlé, Hollande annonce qu’il va le faire en trois ans. Et ce ne sera pas via un transfert de ces prélèvements sur la consommation, contrairement à ce qu’envisageait l’ancienne majorité, mais bien à travers un effort d’économies budgétaires effort sans précédent de la part de l’Etat. Exactement ce que vous réclamiez. 50 milliards d’économies d’ici 2017.

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Vous écriviez également, Jean-Pierre Raffarin, « après avoir avoué qu’il avait sous-estimé l’ampleur de la crise, le président de la République doit en tirer toutes les conséquences, en engageant concrètement une autre politique économique ». François Hollande, hier, a reconnu avoir, en effet, sous-estimé la crise, et s’il n’a pas revendiqué le tournant, annoncé déjà depuis quelques semaines, nul ne peut contester qu’un tel virage ait bel et bien été pris. « L’économie de l’offre » ne fait pas partie du code génétique du socialisme français. Mais c’est comme Nicolas Sarkozy avec la loi Tepa : il n’est pas facile de reconnaître qu’on a pris, dès le départ, des décisions inadaptées. La gauche ne nous avait pas habitués à traquer les déficits, à alléger les charges des entreprises, à mettre en œuvre des réformes structurelles d’allègement et de rationalisation des administrations de l’Etat et des collectivités territoriales.

C’est pourquoi, sans doute, vous jugez – je vous cite : « Le président n’a pas la majorité de sa parole ». Et, en effet, la menace du recours aux ordonnances n’est pas seulement une manière de gagner du temps, c’est aussi une façon de braquer un pistolet sur la tempe d’une majorité renâcleuse : vous me laissez faire mes réformes, ou je vous renvoie devant vos électeurs…

Si le président perd des parlementaires sur sa gauche, pourquoi n’en gagnerait-il pas sur sa droite ? Vous avez déclaré sur une radio concurrente : « L’état de la France est tel qu’on peut pas souhaiter l’échec du président, car ce serait l’échec de la France. » Il est rare d’entendre un responsable politique dénoncer aussi clairement la politique du pire, tant pratiquée par les oppositions.

Votre parti est tellement englué dans sa guerre des chefs, que son message est devenu inaudible : quelle politique alternative propose-t-il au pays ? Installer l’un des siens à l’Elysée ? Mais lequel ? telle est la seule question qui semble l’intéresser... Sarkozy, Fillon, Juppé ou Copé… ? Dans une telle situation, que pensez-vous d’une** possible union nationale** ? Après tout, l’Allemagne est gouvernée par une coalition centre-droit / centre-gauche. Pourquoi, en France, serions-nous condamnés à des affrontements politiques surjoués, quand les gens raisonnables semblent à peu près d’accord sur l’essentiel ? En attendant, il y a des textes qui vont avoir du mal à passer au Sénat. En particulier, lorsque, au printemps, le gouvernement va réclamer au Parlement un vote de confiance sur la politique annoncée, hier, par le président. Etes-vous prêt à lui donner un coup de main en votant cette approbation, au nom de l’intérêt national ?

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