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La semaine dernière a été placée sous le signe de l’émotion. Victime d’une violence d’autant plus incompréhensible qu’elle apparaît sans limites, nous avons tous éprouvé le besoin de pleurer nos morts et de nous réconforter mutuellement. De nous serrer les uns contre les autres. De partager une même souffrance, un même sentiment d’injustice. C’est le sens de la fameuse interrogation « **Et vous, ça va ? ** », bien pointée par Libération.

Il faut que vienne à présent le temps de la compréhension. Même si la violence qui nous frappe est « nihiliste et apocalyptique » , elle a « sa rationalité », selon l’historien **Henry Rousso ** dans Libé de ce week-end. Après les attentats de janvier, des pistes de réflexion et d’action avaient été ouvertes. Elles ont été rapidement refermées. Circulez, y’a rien à voir. Mais si nous voulons combattre et vaincre nos ennemis, il nous faut tenter de comprendre leurs motivations et leurs intentions, afin de leur opposer notre propre stratégie.

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Après tout, nous sommes beaucoup plus puissants et savants qu’eux. Notre mode de vie est infiniment plus séduisant que le leur. Leur seul atout serait notre propre sidération . Elle nous empêcherait de penser et d’agir. Les tentatives d’explication apparues jusqu’à présent me semblent tourner autour des sujets suivants :

Après les attentats
Après les attentats
© Radio France - Le jour d'après

Est-ce un échec du monde arabe ? Les « printemps arabes » auraient pu le mettre sur la voie de sa modernisation, écrit l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf dans Le Point. Leur échec signe, selon lui, leur enfermement dans une « régression sans précédent ». Le chaos syrien est l’épicentre d’un désastre collectif. Selon l’autre camp, incarné par un philosophe comme Habermas, dans Le Monde, ce sont les Occidentaux qui ont créé ce chaos , en intervenant sous prétexte de renverser des despotes – les Américains et leur coalition, contre Saddam Hussein, en Irak les Français et les Anglais, en Libye, contre Kadhafi.

Quels rapports existe-t-il entre le terrorisme djihadiste et la religion musulmane ? Aucun, selon les uns, qui renvoient à une analyse en termes sociaux : déracinement, stigmatisation, chômage. Persuadés que les visions du monde inspirées par les religions sont condamnés au déclin, ils voient dans les motifs religieux, invoqués par les terroristes eux-mêmes, une manière de « fausse conscience ». Pour d’autres, au contraire, l’islam a trop longtemps refusé la modernité et sa propre réforme. Les islamistes sont des gens qui prennent les textes sacrés au pied de la lettre. Mais ces textes existent bel et bien, dit, par exemple, Daniel Sibony.

Pouvons-nous dire ou non que nous sommes en guerre contre l’Etat islamique, et plus généralement, contre l’islamisme radical ? Oui, pour les uns : l’Etat islamique contrôle un territoire, y prélève des impôts, forme et commandite des tueurs qu’il nous envoie. Nous le bombardons. C’est la guerre. Pour d’autres, c’est « une logique de peur et de haine » qui risque de nous conduire à suspendre certaines libertés, ou à faire l’amalgame entre islamistes et musulmans. Il vaut mieux parler d’opération de police.

La droite, constatant les défaillances évidentes de nos services antiterroristes, réclame des mesures de sécurité supplémentaires et s’étonnent qu’elles n’aient pas été décidées plus tôt, après les attentats de janvier. A gauche, au contraire, on dénonce une « logique sécuritaire », qui aurait contaminé une partie de la gauche du gouvernement.

Quelles responsabilités ? Certains pointent le laxisme de nos dirigeants, la tolérance excessive envers les intolérants ; le clientélisme électoral qui a conduit nombre d’élus locaux à pactiser avec des organisations ouvertement hostiles à la République et à ses valeurs. En face, d’autres mettent en cause les discours racistes, qui auraient provoqué une « violence réactive ». Les terroristes seraient des jeunes n’ayant pas obtenu la « reconnaissance » à laquelle ils aspiraient. Bref, ce sont les victimes qui sont « quelque part » coupables…

Enfin, se pose la question des frontières . Trois terroristes du vendredi 13, on le sait aujourd’hui, ont été enregistrés aux portes de la Grèce, porteurs de passeports syriens. Personne ne peut plus affirmer, comme cela a été longtemps le cas, qu’il n’y a aucun rapport entre la vague de migrations en cours vers l’Europe et le djihadisme terroriste. L’UE a été édifiée pour faciliter la libre circulation, rappelle Mark Lilla dans Le Monde. Michel Houellebecq dans le Corriere della Serra, appelle à les rétablir d’urgence, afin de nous protéger. Et Mark Lilla enjoint « les classes politiques et intellectuelles à renoncer à une illusion : celle que l’Etat-nation est périmé et que toute frontière est suspecte ».

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Brice Couturier
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