France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

« S’il plaît aux barbares de vivre au jour le jour, nos desseins à nous doivent embrasser l’éternité des siècles. », dit Cicéron dans De oratore. Les Romains, qui ont parsemé tout le pourtour de la Méditerranée de merveilles architecturales, avaient parfaitement conscience de construire en vue de perpétuer la mémoire de leur empire, lorsqu’il aurait été détruit. Eux-mêmes savaient d’expérience à quoi ressemble un champ de ruines. A l’issue la 3° guerre punique, n’avaient-ils pas rasé Carthage. Delenda est Carthago…

A nouveau, aujourd’hui, les barbares ne se contentent pas de faire la guerre aux hommes, ils vandalisent aussi les monuments. En 2001,** les bouddhas de Bâmiyan** furent détruits à coups de canon par les talibans qui faisaient régner leur terreur en Afghanistan. Depuis, nous avons assisté, impuissants, à la destruction, à Tombouctou , des mausolées des saints de l’islam ainsi que de la bibliothèque de l’Institut Ahmed-Baba, par Ansar Eddine.

Publicité

A Mossoul , l’Etat islamique a détruit les bibliothèques et vandalisé des statues assyriennes et hellénistiques à coups de masse, ou au marteau-piqueur. Les raisons de cette rage destructrice ? Depuis, en Syrie, les mêmes sauvages ont fait sauter une partie des monuments de** Palmyre** . Ces œuvres témoignent de l’existence d’une civilisation antérieure à l’islam . Elles sont donc considérées comme païennes. Et doivent disparaître. C’est pourquoi, entre l’Irak et la Syrie, on ne compte plus les palais assyriens, les églises chrétiennes détruits, brûlés.

Mais cette fureur dévastatrice s’en prend aussi aux mosquées qui ont le malheur de déplaire. Ainsi, la mosquée Karamanli , l'une des plus belles et des plus célèbres de Tripoli, datant du 18ème siècle, a été pratiquement rasée. A Alep, en Syrie, actuellement au cœur de la guerre civile, le minaret seljoukide de la mosquée omeyyade du XI° siècle a été en partie détruit. Et cette guerre n’épargne pas des monuments qui avaient bravé les siècles, en demeurant intacts. Ainsi, le** Krak des chevaliers** , véritable ville fortifiée, construite au XIII° siècle par les hospitaliers, a été bombardée par les armées de Bachar al-Assad. Il est à présent en ruines.

Daech à Palmyre
Daech à Palmyre
© Radio France - Daech

Paul Veyne, dans le livre qu’il consacre à Palmyre, montre combien cette « Venise du désert », qui s’était confiée à la protection romaine pour échapper aux Perses, fut le centre d’une civilisation originale et brillante. C’était l’un des carrefours commerciaux les plus animés de l’Antiquité, l’aboutissement de la Route de la soie, où les caravanes de dromadaires venaient apporter l’ivoire de l’Inde. Sur les tombeaux, les personnalités de la ville sont représentés un livre à la main. Palmyre avait le goût des choses de l’esprit. Comme le dit Paul Veyne, «** les djihadistes ne partagent pas notre vénération pour les vestiges du passé, ni notre curiosité pour les autres civilisations** . »

Au contraire, comme à l’islam fondamentaliste, de manière générale, la curiosité d’autrui leur semble une impiété. Sans doute parce que cette curiosité suscite l’émulation, l’adaptation, l’innovation (bid’ah), considérée comme un péché par les fondamentalistes, mais non par la totalité des musulmans.

Que les massacreurs de Palmyre prennent garde. L’un des principaux responsables de la destruction, en 2012, des mausolées de saints de Tombouctou et de la mosquée Sidi Yahia, Ahmad Al Faqi Al Mahdi se retrouve aujourd’hui devant la **Cour pénale international de La Haye ** où il comparaît pour crime de guerre. Le tour des dirigeants du pseudo Etat islamique viendra plus vite qu’ils ne l’imaginent. Et ils auront à rendre compte de la destruction du patrimoine, comme des tortures qu’ils infligent aux êtres humains tombés sous leur joug.

Références

L'équipe

Brice Couturier
Brice Couturier
Brice Couturier
Production