France Culture
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Au Bataclan, deux jeunesses de France se sont téléscopées. Ils avaient le même âge. Mais leurs regards ne pouvaient pas se croiser. Les uns aimaient le rock, leurs amis, l’autre sexe, la liberté et ils allaient mains nues. Les autres considéraient la musique sous toutes ses formes et le rock en particulier, comme une invention du démon.** Ils aima** ient mieux la mort et ils tenaient des kalachnikovs .

Victimes de la terreur
Victimes de la terreur
© Radio France - victimes

Certains diront : ils vivaient dans le même pays, mais pas dans la même époque. Ils n’étaient pas contemporains. Les premiers vivaient en Europe post-moderne. L’horloge historique des seconds serait restée bloquée quelque part au VIII° siècle, à l’époque de l’expansion de l’islam en Europe. Ce serait les prendre bien trop au sérieux.

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Comme le disait hier à cette antenne Fethi ben Slama, l’idéologie djihadiste fournit à des personnalités pathologiques un « rehausseur narcissique ». Ils sont à la recherche d**’un débouché destructeur à leurs sentiments haineux** – d’eux-mêmes et du monde. Ils l’ont trouvé dans l’islamisme radical et violent.

Avant d’entrer en djihad, ces Mohamed Merah, Medhi Nemmouche, frères Kouachi, comme les tueurs du vendredi 13 présentaient tous le même profil : celui de délinquants, généralement multirécidivistes, fumeurs de hasch et voleurs de voitures. Des petits voyous qui ont basculé dans le djihad, pour essayer de** donner un sens à leur dérive existentielle** . Pas exactement des mystiques, levés tôt pour le matin pour prier Dieu et respectant scrupuleusement l’examen de conscience prescrit par l’islam. Le gibier privilégié des mauvaises causes. La mauvaise graine dont on fit des SA, des tortionnaires de la Guépéou.

Ils avaient pris goût à terroriser les passants : faire baisser les yeux, intimider, menacer. C’était leur manière d’exercer leur pouvoir. Un fusil-mitrailleur à la main, ils se croient les rois du monde. Les égaux de Dieu, tenant entre leurs mains nos vies et notre mort.

Je ne vais certes pas rejoindre la cohorte de ceux qui leur cherchent des excuses et tendent à présenter systématiquement les bourreaux en victimes . Ceux-là sont des collabos. Les collabos de l’islamisme radical . Non, ils n’étaient victimes ni de la misère, ni de la colonisation, ni de l’islamophobie. Ce n’étaient pas des damnés de la terre. Ils ne sauraient servir de prolétariat de substitution à ceux qui persistent à se chercher une classe rédemptrice.

Mais ils appartenaient à cette jeunesse française dont Bernard Spitz résume la situation, dans un livre qui vient de paraître, On achève bien les jeunes, en 15 chiffres. J’en retiens ceux-ci : Un million des 18-25 ans vit sous le seuil de pauvreté. Les moins de 25 ans consacrent un tiers de leurs revenus au logement, contre 5 % pour les plus de 60 ans. Le taux de chômage des moins de 25 ans est de 25 % en France 3 fois moins en Allemagne. Un salarié de 50 ans gagne en moyenne 40 % de plus qu’un salarié de 30 ans, alors que le niveau de diplôme des jeunes est plus élevé. Chaque enfant qui naît en France contracte une part de dette publique, équivalant à 30 000 euros. 19 % des étudiants ne bénéficient pas de complémentaire santé. 77 % des 18-34 ans se sont abstenus aux élections européennes de 2014. C’est aussi chez les jeunes que les sondages découvrent le plus d’électeurs du Front national…

Je ne suis pas dupe. Je ne crois pas qu’en mettant fin au chômage de masse, on tarirait les sources de l’islamisme radical. Il a des origines culturelles, indéniablement. Mais puisque tout est, paraît-il, enfin sur la table et qu’il ne doit plus y avoir de sujets tabous, que fait-on pour mettre fin à cette situation ?

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Brice Couturier
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