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« L’ambiance à Bamako en 2015 me rappelle, toutes proportions gardées, l’impression d’euphorie qui régnait à Kaboul en 2002-2003, après l’effondrement du régime taliban », écrit Serge Michailof, dans Africanistan , un livre qui vient de paraître chez Fayard. « Les talibans ont été liquidés, passons aux affaires sérieuses », disait-on. Rien n’est plus trompeur, rien n’est plus mortel, rien n’est plus porteur de risques que ce doux laisser-aller », avertit l’ancien directeur des opérations de l’Agence française de développement, dont on n’a pas oublié le précédent livre, Notre maison brûle au Sud . Une bonne partie de cet Africanistan, est consacré à tirer de l’expérience afghane, des leçons pour l’Afrique, et en particulier pour le Sahel.

Serge Michailof fait preuve de scepticisme envers l’afro-optimisme actuel. Certes, l’économie d’un certain nombre de pays africains semble bien avoir décollé. Après les dérives idéologiques des années 70 et 80, la libéralisation des économies, avec le développement spectaculaire de la finance africaine, conjugué au maintien des prix des matières premières à un niveau élevé ont permis, ici ou là, des taux de croissance à faire rêver la vieille Europe.

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Mais les économies les plus performantes en apparence, comme celle du Nigéria ou encore de la Guinée équatoriale, sont aussi souvent les moins diversifiées. L’industrialisation y est lente. Les infrastructures insuffisantes. Dans certains pays, l’Etat a perdu le contrôle de pans entiers du territoire. Et surtout, la démographie n’est pas en ligne avec la création d’emplois . Rappelons qu’avec un taux de fécondité de 5,4 enfants sur la période 2005-2010, l’Afrique subsaharienne va voir sa population doubler d’ici 2050 , passant de 900 millions aujourd’hui à un milliard 8. Aux yeux de Serge Michailof, c’est ce hiatus, entre une démographie galopante et une offre d’emplois très insuffisante qui va constituer, dans les prochaines années, le principal défi de l’Afrique. Car l’afflux de jeunes sur des marchés du travail qui n’ont pas grand-chose à leur offrir, risque de précipiter nombre d’entre eux vers l’économie informelle, au mieux, le banditisme, ou les groupes rebelles, au pire.

La région qui préoccupe le plus Serge Michailof, c’est, je le disais, la zone sahélienne. Parce que les problèmes qu’elle rencontre sont assez comparables à ceux que connaît et qu’a connu l’Afghanistan : Etats faibles, rongés par les conflits inter-ethniques et la corruption, absence de PME capables de transformer la production agricole, elle-même en baisse du fait de la perte de fertilité des sols et de l’exode rural . Cet afflux vers des capitales surpeuplées, donnant lieu à la création de bidonvilles, vient aggraver les tensions ethniques et religieuses.

Djihad en Afrique
Djihad en Afrique
© Radio France - Djihad

Sont notamment enclavés dans le Sahel quatre Etats francophones avec lesquels nous entretenons des rapports particuliers et envers lesquels nous avons des responsabilités –** le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad** . L’opération Serval, puis Barkhane, menée contre les groupes djihadistes au Mali, en collaboration avec l’armée tchadienne ne saurait prétendre régler la menace que font peser en particulier les groupes djihadistes. Sur le Niger, ils viennent du Sud de la Libye, comme AQMI. Au Mali, le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), issu d’AQMI, auquel l’armée française a infligé des pertes sévères, mais qui n’a pas disparu. Au sud-est du Niger et au sud-ouest du Tchad, Boko Haram, basé dans le nord du Nigéria.

Ces groupes djihadistes, allient, écrit Serge Michailof, «** activités maffieuses** (tels que les enlèvements contre rançon),** action sociale et prosélytisme** , tentant de s’insérer dans les structures sociales locales parle mariage et la distribution d’argent ». (p. 200) A une jeunesse à demi-formée et en quête d’un emploi, ces groupes ne se contentent pas de leur offrir une solde et un encadrement ils leur fournissent en prime – je cite – « une explication des raisons de leurs malheurs, et des perspectives souriantes dans ce monde… ou dans l’autre. » (p. 195)

Le plus dramatique dans cette affaire, c’est que cette région est potentiellement très riche : sous leurs pieds, les habitants du Sahel ont des trésors miniers et, sans doute, pétroliers. Mais personne – pas même les Chinois – n’est prêt à investir dans des régions où l’insécurité s’aggrave. C’est pourquoi la priorité de l’aide internationale, aujourd’hui, devrait être de stabiliser la région, en aidant à la formation des forces armées et à la reconstruction des institutions étatiques. Deux domaines où nous disposons d’une certaine expertise.

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Brice Couturier
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