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On se souvient encore avec horreur, rue de Valois, de l’article de Françoise Benhamou, paru sur le site telos, en février 2007. Cette éminente spécialiste de nos politiques culturelles, posait, en effet, la question sacrilège : qu’avons-nous encore besoin d’un ministère dédié à la culture à l’heure de l’internet ? Elle y montrait que notre modèle, « l’Etat-providence culturel » était miné de toutes parts par le tsunami numérique : du droit d’auteur aux quotas de diffusion, en passant par le financement de la création. Et qu’il avait pris du retard dans le seul domaine encore à sa portée : la régulation.

A la même époque, une autre spécialiste, Nathalie Heinich, dans des articles parus dans la revue Le Débat, accusait le ministère de la Culture, d’être en retard d’une guerre. Le numéro du **Débat ** qui vient de paraître revient sur la question : « faut-il encore un ministère de la Culture ? ». Y participe notamment notre ancien directeur de France Culture, David Kessler, ancien conseiller à la culture de Lionel Jospin, à Matignon, puis de François Hollande, à l’Elysée.

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Ce qui ressort de cette série d’articles ? Primo, que les marges d’action en faveur de nouveaux projets sont très faibles. Pas de grands chantiers à l’horizon. C’est que le poids des dépenses contraintes est énorme . Il y a, d’une part, les grandes institutions nationales et équipements de prestige, tels que les grands musées parisiens, dont les budgets de fonctionnement, mal évalués à l’époque de leurs créations, sont colossaux et s’attribuent la part du lion. D’autre part, une politique de subventions au spectacle vivant inutilement disséminée. En soutenant les mêmes compagnies depuis des décennies, elle empêche le renouvellement générationnel. Enfin, en ajoutant en permanence de nouveaux secteurs d’activité aux missions du ministère, on a trop chargé le baudet . Comme l’écrit Nathalie Heinich, la gastronomie n’a pas besoin de l’aide de l’Etat – les restaurants marchent très bien ni le graffiti de la légitimation officielle ni les établissements publics à faire la promotion des stars de l’art contemporain – elle pense à Jeff Koons, à Beaubourg. C’est le rôle des galeries.

Tout le monde remarque que, dans ce domaine de la culture, comme dans celui de l’industrie, nous vivons sur des projets lancés dans le passé, sans être toujours capables d’en concevoir de nouveaux : le musée du XXI° siècle, qui devait compléter le Centre Pompidou, n’a toujours pas été imaginé. Du coup, la politique du ministère est devenue conservatrice : elle s’efforce de gérer l’existant et s’y épuise . Nicolas Sarkozy avait tenté de relancer la création, en la confiant à un Conseil de la création artistique. Mais cette agence est vite apparue comme concurrente du ministère, et non comme son prolongement. Et c’est le secteur privé qui pilote désormais le lancement de nouveaux équipements. Voyez la Fondation Louis Vuitton.

De manière générale, on recommande de transférer aux régions – et c’est là que nous retrouvons notre sujet du jour – des compétences importantes en matière culturelle. On ne le sait pas toujours, mais le budget pour la culture des collectivités territoriales dépasse celui de l’Etat. 8 milliards d’euros, contre 7. Les régions connaissent mieux que Paris, les retombées économiques, via le tourisme, de la mise en valeur de leur patrimoine . Elles l’ont prouvé en en faisant l’inventaire.

Il faudrait aussi, d’après Guillaume Cerutti, leur laisser la charge de soutenir ou non les troupes dédiées au spectacle vivant. Lorsqu’on voit comment les ensembles de musiciens et de choristes sont en train d’être sacrifiés par ces mêmes collectivités, alors qu’ils font vivre la musique classique en région, on peut éprouver des doutes… Voir l’éditorial vengeur, « Permis de tuer » de Ivan A Alexandre dans le numéro de Diapason de ce mois…

Dans Le Débat, on lira aussi une interview de deux anciens ministres de la Culture, Jack Lang et Jacques Toubon. Le premier regrette que la Culture ait cessé de faire l’objet d’une attention particulière de la part des dirigeants politiques. C’est qu’ils ont cessé de la considérer comme un ferment du changement social. Le second demande que le ministère de la Culture prenne la direction des industries culturelles, afin de contrer les géants américains du numérique , ce que l’Union européenne ne sait pas faire.

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Brice Couturier
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