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Le projet de loi d’avenir de l’agriculture , qui sera voté à l’Assemblée nationale la semaine prochaine, prétend réconcilier les deux ambitions contradictoires que sont la performance et l’écologie. Une agriculture qui continue à augmenter sa productivité, mais qui protège l’environnement et veille davantage à la santé des consommateurs. Le quantitatif et le qualitatif. Est-ce compatible ?

L’objectif qui avait été fixé à nos agriculteurs : nourrir les Français a été atteint assez rapidement. La « troisième révolution agricole », décrite par Paul Biroch, en 1999, a été provoquée par un recours très intelligent à l’irrigation, la mécanisation, l’usage d’engrais et de pesticides, une savante sélection des semences. Les rendements ont augmenté de manière spectaculaire. A un moment, nous sommes devenus, au milieu des années 70, et derrière les Etats-Unis, le deuxième plus gros exportateur de produits agricoles de la planète. On a parlé de «** pétrole vert ** ».

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Il est vrai que, sur les marchés mondiaux, nous avons été rattrapés par le Brésil, et même plus récemment, par l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans ce domaine, comme dans celui de l’industrie, notre compétitivité s’est érodée et nos parts de marché se sont réduites à partir des années 90. Avec la mondialisation, de nouvelles puissances agro-alimentaires émergent, comme la Chine et l’Inde – l’Inde ce pays dont la religion dominante a fait de la vache un animal sacré, mais qui est cependant devenu le premier exportateur mondial de viande bovine…. Allez comprendre.

Reste que le poste agroalimentaire de notre balance commerciale demeure largement bénéficiaire – avec un excédent de 11, 6 milliards en 2012. Qu’au sein de l’UE, notre pays reste le numéro 1 dans le domaine des céréales, de la viande bovine, de la volaille, de la betterave sucrière et des oléagineux. La France est aussi le premier exportateur mondial de semences (Limagrain). Bref, nous sommes la première puissance agricole européenne, même si nous ne sommes plus le premier exportateur européen . L’agriculture, la pêche et les industries agroalimentaires représentent, avec 1 420 000 emplois, 5,6 % de l’emploi total.

Nos agriculteurs ont donc le sentiment d’avoir « rempli leur contrat » : nourrir les Français et contribuer positivement à notre balance commerciale. Mais ils ont aussi le sentiment d’être devenus, malgré leur succès ou à cause de celui-ci, des mal-aimés. On reproche à l’agriculture intensive d’être la source de toute sorte de nuisances . L’augmentation des rendements a été nécessité une utilisation massive d’entrants – produits phytosanitaires, engrais, pesticides, insecticides. Les besoins de l’irrigation ont capté et parfois détérioré des quantités de plus en plus vertigineuses d’eau. Les éleveurs sont soupçonnées d’utiliser des procédés nuisibles et d’attenter à la santé des consommateurs.

Vous avez utilisé, Bruno Parmentier, l’expression d’agriculture « écologiquement intensive ». N’est-ce pas un oxymore ? Le ministre de l’agriculture entend imposer à notre agriculture « un cadre plus écologique ». Cela est-il compatible avec le maintien de notre compétitivité.** Peut-on vraiment concilier la performance et la « durabilité » ?** N’est-ce pas assigner à nos agriculteurs des objectifs inconciliables ?

L’opposition est en vent debout contre cette réforme qu’elle accuse de mettre la barre beaucoup trop haut en termes de normes environnementales et de placer nos agriculteurs dans une situation impossible par rapport à leurs concurrents européens.

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Brice Couturier
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