Eric Vuillard : "La littérature est toujours dans un après-coup, et par là même, quelque chose de la vie réelle fatalement lui échappe."

Portrait d'Eric Vuillard dans la ville de Rennes en novembre 2019, en soutien à l'activiste italien Vincenzo Vecchi
Portrait d'Eric Vuillard dans la ville de Rennes en novembre 2019, en soutien à l'activiste italien Vincenzo Vecchi ©AFP - Damien Meyer
Portrait d'Eric Vuillard dans la ville de Rennes en novembre 2019, en soutien à l'activiste italien Vincenzo Vecchi ©AFP - Damien Meyer
Portrait d'Eric Vuillard dans la ville de Rennes en novembre 2019, en soutien à l'activiste italien Vincenzo Vecchi ©AFP - Damien Meyer
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A écouter Eric Vuillard, il est coupable mais pas responsable des livres qu'il a commis. Et pourtant c'est avec détachement et intelligence qu'il parle des dilemmes de l'écrivain face au monde qu'il veut saisir.

Avec

Eric Vuillard est écrivain, son parcours commence en 1999 avec un premier livre, Le chasseur, qu'il poursuit par la publication de Conquistadors, La Bataille d'Occident, Congo ou encore 14 Juillet. Mais il a aussi réalisé deux films, notamment Mateo Falcone. Enfin, en 2017, il a reçu le prix Goncourt pour son dernier récit, L'Ordre du jour. Il y a une méthode Vuillard : une certaine forme de récit, hautement documenté. 

Eric Vuillard : "Si vous vous intéressez à la corruption, à la complaisance, ce qui est un peu le thème de L'Ordre du jour_, il n'y a pas d'archives de la corruption et de la complaisance. Au fond, comme tout le monde je pense, ce sont des lectures éparses, des films vus, des images qui m'ont marqué et qui petit à petit, dans le temps, sur des années, ont construit à la fois cette idée, cette thématique, ce désir d'écrire et puis le fond sur lequel je m'appuyais._"

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À réécouter : Une réunion secrète
Fictions / Le Feuilleton

La curiosité de l'histoire, de plonger dans des choses qu'il connaît sans pour autant en avoir fait le tour. Voilà ce qui alimente l'écriture d'Eric Vuillard, l'idée de relier les points de l'histoire par le récit d'une histoire. Il n'a pas pour autant la prétention de dépeindre des représentations exactes des périodes qu'il écrit. 

Eric Vuillard : "C'est comme une sorte d'album de famille l'histoire, c'est-à-dire qu'à travers les manuels scolaires, au travers du Petit Larousse, j'ai fait connaissance avec l'histoire. Du coup, certaines photos dans les manuels sont mon fond-de-l’œil, et c'est sur ça que je travaille. Il faut se pencher sur quelque chose que l'on connaît, qui a serti notre savoir et nos connaissances sur un événement. La littérature est toujours dans un après-coup, et dans cet après-coup, quelque chose de la vie réelle fatalement lui échappe. Et même au-delà de ça, le confort dans lequel est celui qui écrit l'empêche de savoir réellement quelque chose qui se passe réellement, par exemple pour les émeutiers du 14 juillet qui vivaient dans des conditions de vie très misérables au faubourg Saint-Antoine."  

La Grande table culture
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La langue au centre du chaos 

Écrivain engagé, pas tant dans le monde politique que dans la période, il reconnaît les limites de l'écriture.

Eric Vuillard : "Pour un écrivain, prendre les faits sociaux comme des choses, c'est prendre le risque se comporter comme un directeur des ressources humaines. Et je ne suis pas sûr que ce soit l'attitude qui convienne dans le monde qui est le nôtre. (...) Il n'y a pas de narrateur dans la vie réelle, il y a des individus qui sont pris dans un mélange de connaissances et d'ignorances et qui se dirigent, notamment dans une émeute, comme ils le peuvent au milieu du chaos. La langue elle-même nous attire, nous aimante, on est galvanisé comme ça par autre chose, si bien qu'on n'écrit pas tout à fait ce qu'on avait prévu finalement. On entrevoit une fin possible, qui serait cette vérité que l'on cherche, et finalement on se contente de ce qu'on obtient. Mais c'est dans cette tension que se trouve l'écriture.

Réécoute du 26 août 2018

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