Lola Lafon : "J'ai tout fait pour éviter de devenir écrivaine. Je n'ai pas réussi."

Lola Lafon
Lola Lafon - Lynn SK
Lola Lafon - Lynn SK
Lola Lafon - Lynn SK
Publicité

"Je ne suis pas entrée en littérature en 1998. Je vais dire quelque chose de très banal : J'ai toujours écrit. Enfant, j'écrivais énormément. Ça a été une façon de passer d'une langue à l'autre, d'un pays à l'autre, d'un monde à l'autre avec cette constante de l'écriture."

Avec

Il n'est pas rare dans les romans de Lola Lafon de trouver la définition exhaustive d'un mot tel qu'il apparaît dans le dictionnaire, quand leur sens résiste aux personnages. Si elle se reconnait dans le terme d'autrice, elle dit avoir tout fait pour ne pas devenir écrivain. Avant d’entrer en littérature, Lola Lafon a eu plusieurs vies. Née à Paris en 1974, elle est la fille de deux professeurs de littérature communistes, qui très vite s'expatrient, d'abord en Bulgarie puis en Roumanie. Elle grandit donc entre trois langues.
Adolescente en France, Lola Lafon se destine à la danse, puis vit un temps à New York où elle se forme au chant, et se frotte au théâtre. De retour à Paris, elle entre dans une forme de radicalité politique et devient militante antifasciste et anarchiste. Elle écrit des chansons, enregistre deux albums chez Harmonia Mundi, et publie des textes dans des fanzines. Remarquée par Frédéric Beigbeder grâce à une nouvelle parue dans la revue NRV, intitulée Ne m'aime pas, elle publie en 2003 un premier roman très remarqué, Une fièvre impossible à négocier (Flammarion). Suivent De ça je me console en 2007, puis en 2011, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce. En 2014, elle consacre un livre audacieux à une figure iconique et complexe qui a marqué son adolescence, celle de la gymnaste Nadia Comănaci, La Petite Communiste qui ne souriait jamais (2014) qui lui vaut un large succès public et plusieurs prix littéraires. Elle s'empare en 2017 d’une autre figure féminine mal comprise qui a marqué l'histoire politique et la pop culture, celle de l'otage Patricia Hearst dans Mercy, Mary, Patty. En 2020, elle publie Chavirer, récompensé notamment par le Prix du roman des étudiants France Culture-Télérama. 

À réécouter : Lola Lafon et la danse
L'Ecriture est un sport comme les autres
29 min

L'œuvre que construit Lola Lafon est marquée par des choix formels très affirmés, parfois antagonistes d'un livre à l'autre. Et reste traversée par des motifs autobiographiques : celui de la danse, de la confrontation entre l’Est et l'Ouest. On y raconte souvent des amitiés passionnelles, la tentation de la soumission et celle de la radicalité. Il y est toujours question de femmes, ou plutôt de jeunes filles qui résistent à la définition d'elle-même qu'on leur impose, du corps de ces femmes, de ce qu’on leur inflige, de ce qu’elles leur infligent elles-mêmes, de la manière dont elles le façonnent, et dont, parfois elles s'en libèrent.

Publicité

Extraits

Romancière ? Autrice ? Parce que les mots sont très précis pour Lola Lafon, voilà celui qu'elle préfère :

J'ai évolué, un peu comme nous tous et nous toutes sur cette question. Longtemps, j'ai dit écrivaine et maintenant, je suis assez contente de dire autrice, en fait. Mais j'aime les deux.

Vocation ou pas ?

J'aime bien ce terme de vocation parce qu'il a un côté religieux et je crois que l'écriture est un engagement. Alors, c'est étrange car je ne crois en aucun dieu, mais pourtant, je crois qu'on s'engage quand on écrit. Il y a une responsabilité à écrire. C'est pour ça que, pour moi, c'est le contraire d'un métier. Le métier, c'est tout à fait autre chose. J'ai été élevée dans une famille de littéraires et un peu bêtement, comme tout le monde, j'ai voulu aller dans une autre direction, et j'ai choisi des domaines où il n'y avait pas de mots [...] Je n'ai pas décidé de devenir écrivaine mais je crois que j'ai eu la grande chance de pouvoir écrire très longtemps, sans me poser cette question. Ce n'était pas lié à une carrière.

Ses processus d'écriture

Je parle tout le temps quand j'écris. C'est la raison pour laquelle il faut que je sois complètement seule. Je pense que je ne pourrai pas du tout écrire avec quelqu'un dans la même maison. Évidemment, je ne pourrai pas écrire dans un café, "le célèbre mythe de l'écrivain dans un café". Le son a une importance capitale. Le son,  le rythme, le fait de décider de la ponctuation, de savoir si on respire ou pas. Je me souviens d'un lecteur qui m'avait écrit après mon premier roman "qu'il était épuisant". Et j'avais été contente parce qu'effectivement, l'héroïne va très vite et elle est dans une obsession épuisante. Donc j'étais un peu vexée mais à la fois j'ai décidé de bien le prendre !

Bibliographie

Ouvrages

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Musique

Écrire n'est pas une question de mots. Moi, j'aime les images, c'est un peu différent. J'aime les images, j'aime le rythme et les langues ont des rythmes, elles ont des sons et elles ont des images. Lola Lafon

Pour aller plus loin

La Masterclasse de Lola Lafon est animée par Zoé Sfez. Elle a été enregistrée le mardi 2 février à 18h30 à la Bibliothèque nationale de France (BnF), sans public, compte-tenu de la crise sanitaire.

**En lisant, en écrivant, une collection de Masterclasses littéraires :  **Animés par des producteurs et productrices de France Culture, les entretiens du cycle En lisant, en écrivant sont réalisés à la BnF, puis diffusés dans la grille d’été de France Culture et disponibles en podcast.  Genèse des œuvres, sources d’inspiration, aléas de la vie quotidienne d’un auteur ou d’une autrice, édition et réception des textes, autant de sujets que ces rencontres permettent d’aborder, au plus près de la création littéraire. En coproduction avec la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Centre national de Livre (CNL).

L'Idée culture
5 min

Prochaines Masterclasses

10h00-11h00

  • Jeudi 05 août : Jérôme Ferrari par Lucile Commeaux 
  • Vendredi 06 août : Jul' Maroh par Antoine Guillot

19h00-20h00

  • Samedi 07 août : Javier Cercas par Arnaud Laporte
  • Samedi 14 août : Clément Cogitore par Anaël Pigeat
  • Samedi 21 août : Amélie Nothomb par Mathilde Serrell (Rediffusion du 15.06.2019)
  • Samedi 28 août : Bertrand Tavernier par Arnaud Laporte (Rediffusion du 06.04.2018)

L'équipe