Albert Cohen : "Moi, juif, je pardonne à Céline ou à Maurras" : épisode 4/5 du podcast Albert Cohen, écrire, aimer et être aimé

L'écrivain Albert Cohen chez lui à Genève en juin 1981.
L'écrivain Albert Cohen chez lui à Genève en juin 1981. ©Getty - Ulf Andersen
L'écrivain Albert Cohen chez lui à Genève en juin 1981. ©Getty - Ulf Andersen
L'écrivain Albert Cohen chez lui à Genève en juin 1981. ©Getty - Ulf Andersen
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Avant dernier temps de la conversation avec Albert Cohen qui s'est tenue en 1977. Il revient sur un événement fondateur de toute son œuvre, lorsqu'âgé de 10 ans il se fait insulter en tant que juif par un camelot devant une foule acquise. De cette humiliation naît une profonde mélancolie.

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Dans ce quatrième entretien, l'écrivain Albert Cohen parle à nouveau de religion et d'amour. En 1972, il publiait Ô vous, frères humains, un écrit autobiographique où il racontait comment à l'âge de 10 ans il s'est fait traiter de "sale youpin" par un camelot devant une foule amusée. Cet événement à 82 ans le préoccupe encore : "Il se peut que tous mes livres soient nés de l'histoire du camelot." Cette mésaventure lui a causé "une mélancolie hypocondriaque épouvantable". "Ça m'a tordu l'âme", confie-t-il et il s'est alors réfugié dans les livres, seul, c'était "ma petite France à moi", se souvient-il. Il raconte être ainsi resté enfermé dans sa chambre, stores baissés, "pour ne pas voir le dehors" et notamment les inscriptions antisémites sur les murs de la ville. "Ce sont les femmes qui m'ont fait sortir de ça", affirme-t-il. Dans ce petit enfant de dix ans, il voit comme "une répétition du destin juif", de celui qui est persécuté et qui plus tard va sauver l'humanité.

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Pour Albert Cohen, l'amour du prochain chrétien n'est qu'un "faux semblant", il y voit une escroquerie dont il n'est pas dupe. "Il y a deux amours, le vrai qui est pour les bien-aimés et le faux, qui est... pour les prochains". Mais, lui, il connaît le véritable amour du prochain, cette "tendresse de pitié" qu'il ressent véritablement, sans se forcer. Il confie en effet ne pas réussir à haïr, "je peux me mettre en colère, mais haïr, non". Le pardon des chrétiens n'est pas sincère selon lui, "ils se forcent à pardonner" et leur pardon "obéit à une règle".

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  • Par Jean Couturier et Françoise Estèbe
  • Avec Albert Cohen et Armand Abecassis, professeur de philosophie
  • Textes lus par Michel Derville
  • Réalisation Jean Couturier et Françoise Estèbe
  • Albert Cohen 4/5 : Belle du seigneur : O vous frères humains, Un vieil homme de dix ans blanc sur un rideau noir
  • 1ère diffusion : 05/08/1982
  • Archive Ina/Radio France

Pour prolonger votre écoute nous vous proposons : le coffret « Albert Cohen. L’iconoclaste »  : Les Grandes Heures Radio France / Ina : entretiens avec Françoise Estèbe en 1995.

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