France Culture
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Résumé

Ultime leçon du cours de Raymond Aron en 1957-1958, qui avait porté sur l'aspect politique des sociétés modernes, analysant les régimes démocratiques et les régimes totalitaires. Après en avoir proposé une étude historique, Raymond Aron livrait son avis sur la situation de la France en mai 1958.

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C'est durant l'année universitaire 1957-1958 que Raymond Aron donnait son cours intitulé : "Théories sociologiques des démocraties, aspect politique des sociétés modernes". Pour sa dernière leçon, il faut se resituer dans les tout derniers moments de la IVème République, juste avant le retour au pouvoir du général de Gaulle et le passage, dans la foulée, à la Vème République. En effet, c'est en mai 1958, mois particulièrement agité, quelques jours après le putsch d'Alger du 13 mai, que Raymond Aron donnait sa dernière leçon à la Sorbonne.

Quatre schèmes historiques principaux

Avant que de revenir à la situation politique de la France en mai 1958, Raymond Aron s'attache à analyser cette fois-ci de façon dynamique, historique et non plus statique, les différentes sortes de régimes politiques. Il voit quatre schèmes historiques principaux. Celui du progrès, c'est-à-dire de l'évolution unilatérale vers un régime donné. Le schème conforme à la pensée de Max Weber, à savoir que chaque phase économique favorise un certain régime politique. Il constate cependant que les régimes constitutionnels sont fragiles, vulnérables en période de crise et de donner l'exemple actuel de la France qui connaît une crise d'ordre politique et national : "Un régime comme celui de la France peut éventuellement être remplacé par un régime d'un autre type". Le troisième schème est celui de la diversité des régimes en fonction des circonstances multiples, en prenant les exemples de la Tunisie, mais aussi de l'Espagne et du Portugal. Enfin, le quatrième schème est celui du cycle, proposition possible mais sans "nécessité historique" démontre-t-il. C'est ainsi que Raymond Aron conclut la première partie de son exposé par ces mots, "il n'est pas prouvé que les sociétés industrielles ne comportent qu'un seul type de superstructure politique."

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La France en mai 1958

Pour finir sa leçon, Raymond Aron revient à la situation présente de la France en mai 1958. Il observe que le régime français est faible car "privé de prestige" et rempli de nombreux défauts. Il subit en plus une faiblesse historique fondamentale, celle de n'être pas "enraciné" dans la conscience française. Ce manque de solidité le fragilise en cas de crise grave comme c'est le cas actuellement, et c'est pourquoi l'on vit en ce moment-même une "remise en question de l'organisation des pouvoirs publics". La France se divise, se déchire au sujet de la domination coloniale et dès lors, deux questions fondamentales se posent pour l'avenir du régime constitutionnel-pluraliste français. "La capitale de la France est-elle Alger ?", s'interroge Raymond Aron. Est-il normal qu'une minorité de la collectivité impose sa volonté à l'ensemble ? Et d'autre part, la légalité constitutionnelle va-t-elle survivre ? Nous sommes en face, précise Raymond Aron, d'un mélange de légalité et d'illégalité. Sans une seule fois nommer le général de Gaulle, il le voit comme un homme qui pourrait faire "figure et fonction pour une durée limitée de dictateur romain". Dans ses derniers mots, il en appelle ainsi au "fil de soie de la légalité" lequel "n'est pas encore rompu" comme seule protection dans cette situation si incertaine pour l'avenir du régime français.

Par Raymond Aron
Radio Sorbonne - Théories sociologiques des démocraties, aspect politique des sociétés modernes par Raymond Aron 19/19 (1ère diffusion : 19/05/1958 Radio Sorbonne)
Archive Ina-Radio France

À lire aussi : "Démocratie et totalitarisme" : un cours de Raymond Aron

Références

L'équipe

Antoine Dhulster
Production déléguée
Hassane M'Béchour
Collaboration
Virginie Mourthé
Réalisation
Anne de Biran
Collaboration
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
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Albane Penaranda
Production déléguée