Nanouk l'Esquimau, dans une scène du documentaire "Nanook of the North" réalisé par Robert J. Flaherty, en 1922.
Nanouk l'Esquimau, dans une scène du documentaire "Nanook of the North" réalisé par Robert J. Flaherty, en 1922. ©Getty - John Springer Collection/CORBIS/Corbis
Nanouk l'Esquimau, dans une scène du documentaire "Nanook of the North" réalisé par Robert J. Flaherty, en 1922. ©Getty - John Springer Collection/CORBIS/Corbis
Nanouk l'Esquimau, dans une scène du documentaire "Nanook of the North" réalisé par Robert J. Flaherty, en 1922. ©Getty - John Springer Collection/CORBIS/Corbis
Publicité

En 1985, L'Atelier de Création radiophonique propose deux émissions sur Robert Flaherty (1884-1951) le réalisateur de "Nanouk, l'Esquimau" en 1922. Dans le 1er volet, on apprend comment il décide de devenir réalisateur pour partager son admiration pour le peuple des Inuits appelés alors Esquimaux.

Avec

En 1985, Jean-Daniel Lafond réalise un "Atelier de Création radiophonique" en deux épisodes sur le réalisateur Robert Flaherty (1884-1951), l'un des précurseur du documentaire. Dans le premier volet, il nous entraîne au Labrador au début du XXe siècle quand Robert Flaherty est envoyé par des multinationales pour être prospecteur et chercher les gisements de fer. Il devient réalisateur de films car il a envie de fixer sur la pellicule des êtres qu'il admire, les Esquimaux. Il veut que le reste du monde les aime aussi. Robert Flaherty est à l'origine d'une manière unique de tourner en milieu naturel, sans comédiens, dès 1920, dans le Grand Nord. Quelque part, il incarne le commencement de ce qu'on appelle à tort ou à raison le cinéma direct, un cinéma qui veut filmer la vie telle qu'elle est.

Robert Flaherty est à l'origine d'une manière unique de tourner en milieu naturel

Pour Frances Flaherty, épouse de Robert : "Ces années d'exploration dans le Grand Nord avec les esquimaux ont été sa véritable école de cinéma. Des Esquimaux, il a appris à voir comme il n'avait jamais vu auparavant".

Publicité

Robert Flaherty sur son approche : "L'idée maîtresse qui préside à la réalisation de mes films est la recherche de l'exploration, exploration en Amérique du Nord au temps des pionniers, exploration des terres inconnues aujourd'hui".

L'historien du cinéma Noël Burch lisant une lettre de Robert Flaherty : "Qu'il y a-t-il de plus intéressant que la biographie d'un individu ? Ici, dans le Grand Nord, l'homme a moins de ressources que n'importe où. Sa vie est un combat constant contre le manque de nourritures. Il lutte contre le plus terrible des tyrans, le rude climat du Nord. Personne dans le monde du cinéma ne voulait entendre parler de ce projet." Robert Flaherty est un modèle pour l'anthropologue Asen Balikci : "Nanouk est le premier grand film ethnographique qui a été réalisé par notre père à tous. Robert Flaherty avait une connaissance très intime de la chose esquimau."

Nanouk, qui sort sur les écrans en 1922, se passe sur la côte Arctique du Canada, l'un des endroits les plus durs pour la survie humaine. Il est financé par un marchand de fourrures français, Révillon Frères. En plus de deux caméras à clef et de la pellicule, il a avec lui tout le nécessaire pour développer, tirer, projeter. Il peut ainsi voir ce qu'il filme au fur et à mesure. Les Esquimaux le secondent, Nanouk et trois autres. Dans une lettre, Robert Flaherty se souvient : "Quand je leur racontais que je venais faire un film sur eux, ils se mirent à rire. La plupart ne savait même pas lire une photo. Ils la regardaient sens dessus dessous."

Nanouk devient dans l'imagerie populaire de l'homme occidental le prototype de l'homme primitif qui a réussi à travers des vicissitudes innombrables à survivre, à s'adapter et à créer une culture qui a un certain style. Robert Flaherty sait identifier les qualités humaines comiques ou dramatiques des gestes, les accentuer pour les rendre encore plus esquimaudes qu'elles ne sont et en faire la synthèse cinématographique.

En 1983, Asen Balikci analyse : "Cette double image affective de la personnalité de Nanouk, humain dedans et violent, dur, courageux à l'extérieur, a su taquiner l'inconscient de l'homme occidental. Il projette l'image du premier protestant qui survit dans un milieu hostile grâce à sa discipline solitaire et à son courage qui sait affronter les dangers. Il survit avec succès."

Frances Flaherty raconte qu'après avoir passé une année dans le Nord et presque autant à monter son film à New York, "Rob alla le porter chez les distributeurs. Pour la Paramount, ce film ne devait pas être montré au public. Mais les frères Pathé s'enflamment et prennent le film pour le distribuer en long-métrage de fiction." Dès la sortie du film en 1922, c'est un énorme succès. Il y a une « Nanouk mania » : des igloos sont construits et des promenades à chiens organisées devant les salles où est diffusé le film. Il y a des tee-shirts à l'effigie de Nanouk, des Nanouk ice creams.

En 1983, Pierre Perreault voit en Flaherty un cinéaste hollywoodien. "Nanouk est l'être par excellence : on peut s'identifier à lui. On peut l'aimer, culpabiliser en sa faveur, faire culpabiliser la civilisation occidentale."

Dans ce film radiophonique, Jean-Daniel Lafond veut montrer que Robert Flaherty est un grand territoire imaginaire. "Cherchant Flaherty, j'ai trouvé le Québec, le rapport entre la France et le Québec, l'Europe et le Québec, je redécouvrais les racines qui font qu'à un moment donné se fait un cinéma direct, qui est un cinéma de la poursuite. Le paysage et le territoire de Flaherty, comme pour de nombreux Occidentaux européens, étaient pleins de fausses images, de Jack London et compagnie. Flaherty continuait à faire frictionner et fictionner les mythes."

Avec les cinéastes Maurice Bulbulian et Pierre Perrault ; l'anthropologue Asen Balikci ; les critiques Noël Burch, Louis Marcorelles et Gilles Marsolais, et, grâce à des archives, les voix de Jean Renoir et de Frances et Robert Flaherty.

  • Par Jean-Daniel Lafond
  • Réalisation : Claude Giovanetti
  • Atelier de Création Radiophonique - Robert Flaherty, prospecteur et cinéaste ou Le rêve d'un prince 1/2 (1ère diffusion : 03/03/1985)
  • Edition web : Sabine Bonamy, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Mathilde Wagman
Production déléguée
Virginie Mourthé
Réalisation
Hassane M'Béchour
Collaboration