Le réalisateur Robert Flaherty qui filma "Nanouk l'Esquimau" en 1922, photo de 1949 avec sa femme Frances Flaherty derrière lui.
Le réalisateur Robert Flaherty qui filma "Nanouk l'Esquimau" en 1922, photo de 1949 avec sa femme Frances Flaherty derrière lui. ©Getty - Haywood Magee/Picture Post/Hulton Archive
Le réalisateur Robert Flaherty qui filma "Nanouk l'Esquimau" en 1922, photo de 1949 avec sa femme Frances Flaherty derrière lui. ©Getty - Haywood Magee/Picture Post/Hulton Archive
Le réalisateur Robert Flaherty qui filma "Nanouk l'Esquimau" en 1922, photo de 1949 avec sa femme Frances Flaherty derrière lui. ©Getty - Haywood Magee/Picture Post/Hulton Archive
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L'Atelier de Création radiophonique propose en 1985 deux émissions sur le cinéaste et documentariste Robert Flaherty (1884-1951) qui filma "Nanouk, l'Esquimau" en 1922. Dans ce second volet, on s'intéresse à deux autres de ses films, "L'Homme d'Aran" (1934) et "Louisiana Story" (1948).

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En 1985, "L'Atelier de Création Radiophonique" diffuse un documentaire de Jean-Daniel Lafond en deux parties consacré au cinéaste Robert Flaherty. Après s'être intéressé dans le premier volet à Nanouk l'Esquimau, il évoque dans le second les films L'Homme d'Aran (1934) et Louisiana Story (1948). En 1983, le cinéaste Claude Lafaye part sur les traces de Robert Flaherty et de son film L’Homme d’Aran. Sur la grande île de l’archipel irlandais, il rencontre des habitants qui l’ont côtoyé. Un pêcheur se souvient : "Ce film était un spectacle. Ce n'était pas un documentaire. Mais j'étais très fier de voir ce film. Flaherty a beaucoup apporté à l'île : de l'argent et il l'a fait connaître. Il a dépeint une vie qui était comme dans le passé, mais ce n'était pas la réalité. Enfin, j'étais très content de voir qu'on pouvait faire aussi bien que les Anglais".

L’une des interprètes du film, Maggie Dirrane raconte le tournage : "Pour ce film, on a travaillé. C'était dur, mais c'était comme ça. Je ramassais et entassais des algues. Je ratissais la terre. Je travaillais pour des gens charmants, très gentils avec moi".

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Flaherty fait une "mise en scène documentaire" mais ce n'est pas un cinéma de fiction fabriqué

Selon Gilles Marsolais, auteur de L'Aventure du cinéma direct"Flaherty voulait mettre en valeur la majesté première et l'originalité de ces peuples, avant qu'elles disparaissent. Le passage à l'épique est inévitable. Il cherche à magnifier la grandeur de ces gens-là, à mettre en valeur leur génie inventif. Il fait une mise en scène documentaire, une mise en situation. Mais ce n'est pas un cinéma de fiction fabriqué. Il y a une dimension de subjectivité dans ces films-là."

En 1948, Robert Flaherty termine Louisiana Story, son dernier rêve, le son synchrone, la parole vivante et la musique de Virgil Thompson, selon lequel : "Flaherty ne savait rien faire à moitié. Il adorait la Louisiane, le parler français, le parler bayou. Il rêvait d'une histoire de Louisiane."

Gilles Marsolais analyse : "Entre Nanouk et Louisiana, c'est l'eau et le feu. "Louisinia Story" a été commandité par les compagnies de pétrole. En trente ans de carrière cinématographique, il n'y a que quatre films dont Flaherty peut revendiquer la paternité. Sinon ce sont des films de commande. Flaherty s'est laissé happer au point de faire un film visant à montrer les bienfaits de l'implantation du pétrole et des technologies, tout en laissant entendre que le mode de vie dans les bayous serait préservé."

Michel Brault, un des premiers artisans du cinéma direct québécois, admet : "On a tous été un peu naïfs. Le cinéma est devenu l'instrument qui a dépassé Flaherty. Flaherty n'est vraiment pas le père du documentaire. C'était d'abord un conteur. Son influence dans le cinéma, il s'en foutait. Il voulait juste faire des films pour témoigner de son enthousiasme pour des gens, des peuplades, des groupes, Sa première réaction a été de le faire avec les gens eux-mêmes. Et c'est de ce souci-là qu'est née la confusion avec le documentaire. »

Ce qui intéresse Robert Flaherty, c'est l'homme lui-même et pas sa représentation par des comédiens. La lourdeur des équipements cinématographiques avait des conséquences sur la dramaturgie. Il a ainsi fabriqué des héros de type hollywoodien plus qu'humain. "Il renaturait le monde. Il le mettait en place pour faire ses images. La tentation de Flaherty était d'être au plus près de l'homme", analyse Pierre Perreault.

Jean Renoir se souvient de son ami peu avant sa mort, le 23 juillet 1951 : "Flaherty vous emballait. Il vous entraînait avec lui dans les rêves les plus insensés, d'autant plus insensés qu'ils étaient tous basés sur la réalité. Flaherty était un grand observateur. On ne peut pas penser à lui, sans penser d'abord à sa générosité."

Avec les cinéastes Maurice Bulbulian, Michel Brault, André Gladu, Arthur Lamothe, Pierre Perrault ; l'anthropologue Asen Balikci ; les critiques Noël Burch, Louis Marcorelles et Gilles Marsolais, et grâce à des archives, les voix de Jean Renoir et de Robert Flaherty.

  • Par Jean-Daniel Lafond
  • Réalisation Claude Giovanetti
  • Atelier de Création Radiophonique - Robert Flaherty, prospecteur et cinéaste ou Le rêve d'un prince 2/2 (1ère diffusion : 10/03/1985)
  • Edition web : Sabine Bonamy, Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Mathilde Wagman
Production déléguée
Virginie Mourthé
Réalisation
Hassane M'Béchour
Collaboration