Daniel-Henry Kahnweiler : "Les marchands de tableaux ont toujours essayé de se chiper les peintres" : épisode 11/12 du podcast La Nuit rêvée d’Yvon Lambert

Un tableau du peintre cubiste espagnol Juan Gris proposé aux enchères à Christie's à Londres en février 2012.
Un tableau du peintre cubiste espagnol Juan Gris proposé aux enchères à Christie's à Londres en février 2012. ©AFP - Carl COURT
Un tableau du peintre cubiste espagnol Juan Gris proposé aux enchères à Christie's à Londres en février 2012. ©AFP - Carl COURT
Un tableau du peintre cubiste espagnol Juan Gris proposé aux enchères à Christie's à Londres en février 2012. ©AFP - Carl COURT
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Dans le cadre d'une série intitulée "Entretiens avec Daniel-Henry Kahnweiler", deux volets évoquent, pour le premier, la période "De 1912 à l'armistice" et, le second, son métier de marchand (1ère diffusion : 09 et 16/05/1961 France III Nationale).

Avec

En 1961, le marchand d'art et galeriste Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979) donnait une série de huit entretiens à Francis Crémieux. 

Dans le volet intitulé De 1912 à l'armistice il évoquait les rameaux du Cubisme, à savoir les descendants de Léger et Picasso, mais aussi les artistes du Surréalisme, dans les années 20 à 30. 

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Il y a ce phénomène constant des fils qui  s'élèvent contre les pères, les surréalistes se sont élevés contre les cubistes. Ils croyaient faire absolument autre chose. 

Ce qui caractérise la peinture populaire, c'est qu'elle n'est pas fixée dans une époque, il donne donne comme exemple Henri Rousseau dit "Le Douanier Rousseau". 

Il revient sur ses activités en Suisse pendant la guerre de 1914-1918. Quand le conflit explose, il refuse de combattre son pays d’adoption, il se refugie alors en Suisse et sera déclaré déserteur par l'Allemagne, sa patrie d'origine. 

Je m'empresse de vous dire que nous tous, mes amis comme moi, nous pensions que la guerre serait terminée vers Noël 1914, ce qui était évidemment d'une naïveté parfaite. 

Il sera de retour à Paris en 1920, et ne pourra pas récupérer ses tableaux, saisis pendant la guerre par le gouvernement français. Il seront mis en vente à l'hôtel Drouot. 

Dans le volet intitulé Mon métier de marchand, Daniel-Henry Kahnweiler poursuit l'histoire de sa vie de galeriste expliquant ses rapports avec Picasso, Vlaminck, Derain, Braque, Léger, Juan Gris et ses démêlés avec le marchand concurrent, Paul Rosenberg, qui offrait à certains peintres le double de ce que lui-même donnait. 

Les marchands de tableaux ont toujours essayé de se chiper les peintres qui se vendaient.

Il raconte une histoire à propos des "faux Picasso" : 

C'est une plaisanterie de Picasso à qui je disais "Mais enfin, vous devriez porter plainte avec tous ces faux". Picasso me répond : "Comment voulez-vous ? Mais je ne peux pas. Je sais bien ce qui va arriver,  je serai chez le juge d'instruction et on introduira le criminel menottes aux poings et ce sera un de mes amis". En effet, les Espagnols sont très habiles aux faux comme à la peinture en général, et je suis convaincu qu'il y a des amis de Picasso qui ont fabriqué des faux Picasso. Et, en fait, il y a d'innombrables tableaux qui ne sont pas véritablement des faux, qui sont des tableaux d'autres peintres qu'on attribue à tort aux peintres célèbres. Il y a des travaux de tous les copains de Picasso des années 1896, 1899 à Barcelone qui passent pour des Picasso...

  • Par Francis Crémieux
  • Entretiens avec Daniel-Henry Kahnweiler : De 1912 à l'armistice, Mon métier de marchand (1ère diffusion : 09 et 16/05/1961 France III Nationale)
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