Paulette Nardal (1896-1985) femme de lettres martiniquaise, journaliste, théoricienne de la négritude.
Paulette Nardal (1896-1985) femme de lettres martiniquaise, journaliste, théoricienne de la négritude.
Paulette Nardal (1896-1985) femme de lettres martiniquaise, journaliste, théoricienne de la négritude. - via wikipédia
Paulette Nardal (1896-1985) femme de lettres martiniquaise, journaliste, théoricienne de la négritude. - via wikipédia
Paulette Nardal (1896-1985) femme de lettres martiniquaise, journaliste, théoricienne de la négritude. - via wikipédia
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Résumé

La Nuit des féminismes 1/2 : "Quelques pionnières..." - Pour cette première Nuit d'archives consacrée aux féminismes, nous recevons Florence Rochefort, spécialiste des féminismes du XIXème siècle et co-auteure de "Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours".

avec :

Florence Rochefort (Historienne des femmes et du genre).

En savoir plus

En guise d’introduction à ce parcours d’archives sur les traces de quelques pionnières du féminisme, Mathlide Wagman a rencontré Florence Rochefort. Historienne et chercheuse au CNRS, auteure de nombreux ouvrages sur l’histoire du féminisme notamment sous la IIIème République, elle est coauteure avec Bibia Pavard et Michelle Zancarini-Fournel de l'ouvrage Ne nous libérez pas, on s'en charge : une histoire des féminismes de 1789 à nos jours paru à La Découverte.

Elle explique la genèse de ce projet, sa démarche sociologique et historique dans le but de replacer l’histoire des féminismes dans des contextes politiques et historiques très précis, pour éviter une forme d’anhistoricité et les anachronismes. 

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Elle revient sur l’origine du mot "féminisme" :

L’origine du terme féminisme est médicale, il désignait des hommes qui était anormalement efféminés (...). Puis Alexandre Dumas fils reprend ce terme de façon dépréciative contre les hommes qui avaient pris parti pour les droits des femmes, il l’utilise comme on dirait des "femmelettes".

Et la façon dont Hubertine Auclert s’en empare dans les années 1880 : 

Hubertine Auclert, journaliste à la plume acérée, polémiste de talent, reprend le mot. On appelle cela dans le jargon sociologique le "renversement du stigmate"’, on prend le mot de l’adversaire pour lui donner une connotation positive. Elle utilise ce mot pour désigner le combat des partisans et partisanes de l’égalité des sexes. Il a un succès fou, est repris et sera adopté dans plusieurs langues. 

Hubertine Auclert (1848-1914), journaliste, écrivaine et militante féministe française. Photo de 1910.
Hubertine Auclert (1848-1914), journaliste, écrivaine et militante féministe française. Photo de 1910.
- Photographie de presse /Agence Rol, via Gallica, BNF, domaine public

Florence Rochefort explique le choix de faire démarrer cette histoire du féminisme à 1789. L'interrogation commune des actrices de cette Histoire : une interrogation sur les normes de genre, la révolte contre l’injustice, la volonté d’avoir accès à la culture, à l’éducation mais aussi une réponse à la misogynie et une critique des préjugés : "il faut montrer la capacité des femmes pour que celles-ci en soient persuadées". 

La période du premier XIXème siècle est marquée par les utopies socialistes et saint-simoniennes, mais les femmes y trouvent peu de place. Il y a alors une prise en charge de leur émancipation avec la création de journaux, l’utilisation du "je" et l’idée de l’amour libre qui émerge.

Sur la mise en avant du terme intersectionnalité dans le livre :

Le terme intersectionnalité est au départ une proposition d’une juriste américaine qui voulait défendre des femmes noires pauvres et montrer que leur oppression était vécue comme quelque chose de syncrétique. Elles ne sont pas d’un côté femmes, d’un côté noires, d’un côté pauvres, d’où ce terme d’intersectionnalité. (...) C’est un terme juridique, mais aussi politique, important pour des combats qui veulent entremêler la lutte contre le capitalisme, le sexisme et le racisme.

Ainsi, "avec l’intersectionnalité, on peut donner un récit de l’histoire du féminisme plus inclusif où s’entremêlent les oppressions de sexe, de genre, de race et de classe".  Il s’agit aussi de mettre en avant des figures nouvelles. Les sœurs Nardal (Jeanne et Paulette Nardal), dans le Paris des années trente, sont des pionnières d’une conscience de genre et de race, tandis qu'en Algérie Djamila Debèche, lance, à l’intérieur du cadre colonial, une revue consacrée aux problèmes des femmes.
Florence Rochefort conclut ainsi :  

Quand on met un "s" à féminisme, c’est que le féminisme existe aussi à plusieurs échelles, dans plusieurs cadres de pensées, mais il fait toujours jouer cette idée d’égalité, de liberté et d’émancipation.

  • Par Mathilde Wagman 
  • Réalisation : Virginie Mourthé
  • Avec la collaboration de Hassane M'Béchour 
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France
  • La Nuit des féminismes 1/2 : Quelques pionnières - Entretien 1/3 avec Florence Rochefort (1ère diffusion : 07/02/2020)

À réécouter : Martial Poirson : "Il y a un impensé de la violence des femmes en Occident : c'est un angle mort de l’Histoire du féminisme"

À réécouter : Florence Rochefort : "Toute une jeune génération s’engage aujourd'hui dans le féminisme avec fougue pour changer la vie et les comportements"

Références

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Hassane M'Béchour
Collaboration
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Virginie Mourthé
Réalisation
Mathilde Wagman
Production déléguée