Diorama à la Prison Hỏa Lò, à Hanoï (Vietnam). A l'ère indochinoise, le système colonial français y détenait les militants anticolonialistes. ©Getty -  John S Lander
Diorama à la Prison Hỏa Lò, à Hanoï (Vietnam). A l'ère indochinoise, le système colonial français y détenait les militants anticolonialistes. ©Getty - John S Lander
Diorama à la Prison Hỏa Lò, à Hanoï (Vietnam). A l'ère indochinoise, le système colonial français y détenait les militants anticolonialistes. ©Getty - John S Lander
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Résumé

Après ses dures années dans la Résistance, Madeleine Riffaud découvre l'Asie, et s'engage dans une nouvelle cause : celle de l'anticolonialisme. Elle raconte ses premiers reportages en Indochine, sa rencontre avec Hô Chi Minh, son témoignage de la guerre civile vietnamienne.

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Madeleine Riffaud (Grand reporter de guerre pour le compte de L'Humanité, écrivaine, poète et Résistante pendant la Seconde Guerre mondiale).

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"C'était en droite ligne avec mon activité de Résistante pour moi, l'anticolonialisme. Je ne voulais pas que ma patrie se conduise dans la patrie d'un autre comme les nazis s'étaient conduits chez nous". En 1993, Madeleine Riffaud se confiait, au micro de France Culture, au cours de dix entretiens, dix volets sur sa vie. Le premier racontait son enfance et son engagement dans la Résistance. Le deuxième, la Libération de Paris et ses débuts dans le journalisme. Un journalisme de témoignage. 

Le troisième volet met cette question au goût du jour : veut-elle repeindre le monde en rouge ? "Rainer", la Résistante, a définitivement laissé la place à Madeleine Riffaud, la grand-reporter. Témoigner, c'est aussi lutter, notamment contre les guerres coloniales. Au début, les Français ne s'intéressent guère à ces conflits, ou ne se rendent pas compte. De sa rencontre avec Hô Chi Minh à son premier reportage en Indochine, écoutez la suite du récit de la vie engagée de Madeleine Riffaud.

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Soutenue et parrainée par Paul Éluard, Louis Aragon et Elsa Triolet, Madeleine Riffaud est devenue journaliste. De 1946 à 1955, ce sont les années de son entrée dans la nuit coloniale, les années aussi des premières amours vietnamiennes - indochinoises, aurait-on dit alors.

51 min

Entrevues de cultures

C'est lorsque la grande journaliste Andrée Viollis, autrice de l'ouvrage Indochine S.O.S. (1935), l'a prise sous son aile que la jeune Madeleine Riffaud a pu rencontrer Hô Chi Minh, alors Président de la République démocratique du Vietnam, lors d'une conférence de presse à Fontainebleau. 

Le premier qui m'a dit d'apprendre mon métier, c'était Hô Chi Minh. Madeleine Riffaud

Quelques années plus tard, la journaliste voyage en Asie et le militant anticolonialiste vietnamien ravive cette rencontre. Elle se souvient d'un petit-déjeuner pris en sa compagnie, lors duquel il lui racontait ses anecdotes parisiennes, lorsqu'il vivait dans la capitale française en tant que journaliste.

Madeleine Riffaud conte également son rapprochement avec le poète vietnamien Nguyen Dinh Thi, à Berlin : "Nos deux pays sont en guerre, il me semble que nous pourrions faire quelque chose, vous et moi, pour faire connaître ce qu'est vraiment le peuple vietnamien." lui adressa-t-il.

C'est à ce moment là que je suis tombée amoureuse du Vietnam parce que j'ai découvert que dans ce pays, d'une culture plurimillénaire où les gens étaient presque tous analphabètes, la poésie était le véhicule pour transmettre les nouvelles, et la poésie satirique pour faire de la politique contre le féodal. Madeleine Riffaud

Journalisme anti-colonial

Alors que la journaliste s'éprend de la culture vietnamienne lors de ses voyages, en France, la guerre d'Indochine fait des ravages. La lutte de la population française contre les guerres coloniales s'organise. Madeleine Riffaud salue l'engagement du marin Henri Martin, célèbre militant. Elle aussi faisait partie du cercle militant, à sa façon, en tant que "journaliste anti-coloniale" : 

C'était par amour pour la France. C'était en droite ligne avec mon activité de Résistante pour moi, l'anticolonialisme. Je ne voulais pas que ma patrie se conduise dans la patrie d'un autre comme les nazis s'étaient conduits chez nous. Je n'avais pas combattu pour ça. Madeleine Riffaud

Signés le 20 juillet 1954, les accords de Genève marquent la fin de la guerre d'Indochine, concèdent sa souveraineté au Vietnam, tout en élaborant sa division en deux entités séparées par une ligne fixée sur le dix-septième parallèle : la République démocratique du Vietnam (ou Vietnam du Nord), dirigée par le parti d'Hô Chi Minh, et la République du Vietnam (ou Vietnam du Sud), menée par Ngô Dinh Diêm. La réunification de ces deux Vietnams est hypothétiquement prévue par l'organisation d'élections deux ans plus tard. Ces élections n'eurent jamais lieu, et les deux parties du pays s'engouffrèrent dans une longue et déchirante guerre civile. Dans le récit de ses premiers reportages au Vietnam, la journaliste raconte cette période en ces mots :

Les Américains ont arrangé les élections de la famille Diêm, grands propriétaires terriens à leur solde, et une terreur s'est instaurée au sud. Dès le début, il y a eu la chasse aux résistants. Les hommes de Diêm ont commencé à exterminer tous ceux qui étaient nationalistes, et ceux qui se réclamaient du Viêt Minh. Madeleine Riffaud

À réécouter : La Rivière des parfums
59 min
  • Une série d'entretiens menés par Ludovic Sellier 
  • Réalisation : Marie-Christine Clauzet 
  • Première diffusion le 4 août 1993
Références

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Hassane M'Béchour
Collaboration
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Christine Goémé
Production déléguée
Virginie Mourthé
Réalisation