Paul Veyne : "Le métier d'historien, c'est une parade à la névrose"

Paul Veyne en juillet 1993.
Paul Veyne en juillet 1993. ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
Paul Veyne en juillet 1993. ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
Paul Veyne en juillet 1993. ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
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Spécialiste de la Rome antique, longtemps professeur au Collège de France, auteur d'ouvrages majeurs, Paul Veyne est considéré comme l'un des historiens les plus érudits, les plus indépendants et les plus importants du XXe siècle, il était l'invité du Bon plaisir en 1985.

Avec
  • Paul Veyne Historien, spécialiste de l'Antiquité romaine

En 1985, c'était à Bédoin, dans le Vaucluse, là où il vivait alors, que se déplaçait Paule Chavasse pour "Le Bon plaisir" de Paul Veyne. Trois heures et demie en compagnie de Paul Veyne et de ses invités, durant lesquelles, volubile et passionné, l'historien revenait sur son parcours et ses objets d'études, évoquait ses enthousiasmes intellectuels et artistiques, et parlait de ses amitiés, en particulier de celle qu'il avait entretenue avec Michel Foucault, "l'une des deux ou trois personnes que j'aurais le plus aimé en ce monde".

Au cours de cet après-midi d'entretien, il revient sur quelques éléments biographiques, et brièvement sur ses années de jeunesse, lui qui est né en 1930 : "Pour qui a vécu les terribles années d'abord de la venue de la guerre qui approche comme un monstre, et surtout l'extraordinaire sentiment d'impuissance dans une France complètement paralysée, lâche, molle, déjà complaisante à Hitler, déjà à moitié fasciste, l'antisémitisme, la xénophobie, puis les années épouvantable de guerre, j'ai l'impression qu'à part l'épisode long et atroce de la guerre d'Algérie, on vit depuis 1945 dans un monde où enfin on respire à l'aise !"

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Après avoir été pendant quatorze ans professeur à l'Université de Provence, il devient professeur au Collège de France. Ce qui l'a marqué dans cette expérience professionnelle ? "Le fait de n'avoir plus de copies à corriger !", répond-il toujours avec humour et d'ajouter, "c'est une institution très peu pesante, le Collège de France, très légère..."

Immense historien de l'Antiquité, il minimise pourtant l'importance des idées en Histoire. "L'Histoire n'est rien de plus que le phénomène de la compréhension d'autrui que nous pratiquons toute la journée." Mais pour cela, encore faut-il accepter qu'autrui puisse penser différemment de nous.

Auteur de nombreux ouvrages de référence, il observe qu'écrire un livre l'apaise, le tranquillise. Une fois terminé, il passe à autre chose : "C'est le souvenir d'un cauchemar qu'il faut oublier." Il considère ses livres comme des étapes dans une psychanalyse. "Je pense que le métier d'historien naît toujours d'un certain malaise. Il y a des comptes à régler avec soi-même et c'est un métier qu'on fait peut-être pour ne pas succomber à des drames caractériels. C'est une parade à la névrose le métier d'historien."

  • Le bon plaisir de Paul Veyne
  • Par Paule Chavasse
  • Réalisation Annie Delers
  • Avec Paul Veyne (historien, spécialiste de la Rome antique, professeur au Collège de France), Françoise Héritier (ethnologue, professeur au Collège de France), Claude Jaccoux (guide de haute-montagne), Jacques Le Goff (historien, professeur à l’EHESS) et Jean-Claude Passeron (sociologue, professeur à l’EHESS) et les voix de René Char, Michel Foucault et Paul Valéry
  • Première diffusion :  04/05/1985
À voix nue
21 min

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