Jeanne Favret-Saada, ethnologue
Jeanne Favret-Saada, ethnologue
Jeanne Favret-Saada, ethnologue ©Radio France - Sylvain Bourmeau
Jeanne Favret-Saada, ethnologue ©Radio France - Sylvain Bourmeau
Jeanne Favret-Saada, ethnologue ©Radio France - Sylvain Bourmeau
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Résumé

En 1978, dans "Les Lundis de l’histoire", l'ethnologue Jeanne Favret-Saada raconte l’enquête qu’elle a menée sur la sorcellerie dans le bocage mayennais durant deux ans, en immersion totale, au point d’être considérée par des habitants comme désenvouteuse et même d’être ensorcelée à son tour !

avec :

Emmanuel Le Roy Ladurie (du Collège de France), Yvonne Verdier (Ethnologue et sociologue), Jeanne Favret-Saada, Marc Augé (anthropologue et écrivain).

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Jeanne Favret-Saada est une figure centrale de l’ethnographie française. Son livre Les Mots, la mort, les sorts, issu de son immersion complète dans les pratiques de sorcellerie du bocage mayennais, transgresse toutes les conventions ethnographiques ainsi que les attentes des lecteurs et des lectrices.

Loin d’un ouvrage se voulant objectif, scientifique au sens positiviste du terme, ce livre met immédiatement de côté l’exigence de neutralité du chercheur ou de la chercheuse : pour comprendre la sorcellerie, il faut parler la même langue que ceux qui la pratiquent, et donc, sans singer ni imiter, rentrer soi-même en sorcellerie. C’est ce que raconte au cours de cette émission Jeanne Favret-Saada, qui, pendant un entretien avec un fermier et sa femme, se rend compte qu’ils la prennent pour une désenvouteuse, possédant le pouvoir de défaire le mauvais sort qui leur a été jeté, ce même sort jugé responsable de la destruction de leur activité professionnelle et de leur vie de couple. "Le psychiatre local m’a fait rencontrer des cultivateurs qui se disaient ensorcelés (...) J’ai été chez eux et je me suis aperçu un peu tard qu’ils considéraient que j’étais une désenvouteuse et qu’ils voulaient me demander de les désenvouter. J’ai compris à ce moment-là une chose centrale, c’est qu’on ne parle de sorcellerie qu’à quelqu’un qui est 'pris' comme on dit là-bas, soit comme ensorcelé, soit comme désenvouteur."

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Et d’ailleurs, l’histoire de Jeanne Favret-Saada ne s’arrêta pas là. Quelques temps plus tard, elle fut elle-même diagnostiquée comme envoutée ! Ces deux étapes furent essentielles à son travail, lui permettant d’étudier la sorcellerie à la fois en se présentant comme désenvouteuse, puis comme ensorcelée. "La deuxième grande étape a été quand un cultivateur a posé sur moi un diagnostic de sorcellerie et m’a emmenée chez sa désenvouteuse chez qui j’ai subi une très longue cure de désenvoutement qui a duré près de trois ans (...) Cela a eu pour moi l’avantage que je pouvais me présenter comme ensorcelée (…) Mais c’est totalement inconfortable car il s’agit d’être pris dans une série de malheurs... J’ai étais prise dans des maux corporels, dans des accidents de voiture, mes enfants ont eu des maladies…"

Confrontée à d’autres chercheurs autour de cette table ronde, Jeanne Favret-Saada pouvait également évoquer les spécificités des pratiques de la sorcellerie qu'elle avait étudiées en Mayenne. Elle expliquait notamment en quoi elles se différenciaient de celles pratiquées dans son pays natal, la Tunisie. Elle pouvait également mettre en regard ses études avec celles réalisées par Marc Augé, ethnologue ayant étudié la sorcellerie africaine. "Contrairement à ce que des africanistes m’ont dit qu’ils avaient rencontré en Afrique, on n’a jamais entendu quelqu’un dans le bocage avouer qu’il était sorcier. Les camarades africanistes m’ont dit qu’à l’hôpital psychiatrique, ça fait tout-à-fait partie des délires de dire 'je suis sorcier' ; dans le bocage, jamais."

Entourée d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Marc Augé et Yvonne Verdier, Jeanne Favret-Saada réexplique, décortique et parfois défend ses méthodes et ses prises de positions dans une émission dont la richesse intellectuelle et le ton font honneur à l’une des œuvres les plus importantes et étonnantes du paysage intellectuel français.

  • Par Jacques le Goff
  • Avec Jeanne Favret-Saada, Emmanuel Le Roy Ladurie, Marc Augé et Yvonne Verdier
  • Les lundis de l’histoire - L’homme qui condamna Jeanne (1ère diffusion : 06/03/1978, France Culture)
  • Indexation web : Etienne Rouch, Documentation Sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France
Références

L'équipe

Antoine Dhulster
Production déléguée
Hassane M'Béchour
Collaboration
Virginie Mourthé
Réalisation
Anne de Biran
Collaboration
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Mathias Le Gargasson
Production déléguée